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 Semaine du 21 au 27 mai 2008, numéro 715

 

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Kosovo. La mission civile européenne qui devait se déployer dans le pays en vue de relayer la mission onusienne se voit reportée en raison du blocage de la Serbie et de la Russie qui se refusent à reconnaître l’indépendance du jeune Etat. 

Difficile passation de pouvoir 

L’Union européenne a reconnu cette semaine que le relais qu’elle devait prendre, comme prévu le 15 juin prochain en vue de remplacer la mission de l’Organisation des Nations-Unies, reste incertain.

Lorsque l’indépendance du Kosovo a été proclamée le 17 février dernier, le gouvernement albanophone avait recommandé à ce que les forces de l’Eulex (European Union Rule of Law Mission In Kosovo) se déploient aussitôt, relayant ainsi les forces onusiennes de la Minuk.

Aujourd’hui, la Russie qui s’entête à contester cette indépendance obstrue complètement le processus qui vise à passer du mandat de la Minuk à celui de l’Eulex.

En effet, dès l’annonce de la proclamation de l’indépendance du Kosovo, la Russie s’est montrée fermement opposée à reconnaître le Kosovo en tant qu’Etat libre et indépendant au même titre que la Serbie. La Russie a toujours exprimé sa méfiance quant à la menace que pourrait représenter cette indépendance dans les territoires sécessionnistes du Caucase ou en Transnistrie moldave.

Par conséquent, de nombreux diplomates se montrent très septiques quant au maintien du calendrier prévu initialement pour le 15 juin prochain, un calendrier qui semble désormais obsolète. « Nous sommes conscients qu’il sera très difficile pour nous de nous déployer et d’être totalement opérationnels à la date du 15 juin (…). Dire qu’il y aura un délai de un, deux, trois ou quatre mois à ce stade n’est que pure spéculation. La mission doit commencer dans les meilleures conditions possibles », a déclaré Victor Reuter, porte-parole de l’Eulex.

Le déploiement de l’Eulex fait partie des propositions du plan de l’envoyé spécial de l’Onu, Martti Ahtisaari, et prévoyait la signature d’un pacte entre les représentants du Kosovo et le représentant de l’Union européenne. Un haut représentant européen devrait succéder au représentant spécial du secrétaire général des Nations-Unies et mettre ainsi le Kosovo sous contrôle européen.

L’équipe de préparation de cette mission de l’Union a été créée le 15 septembre 2006 et a été plusieurs fois renouvelée en raison de l’échec des négociations sur le futur statut de la province. Le déploiement de la mission devrait s’étaler sur quatre mois ; la durée du premier mandat étant de deux ans pourra être reconductible. Ainsi, l’indépendance du pays sera sous surveillance pendant une période indéterminée en se basant sur la justice, la lutte contre la criminalité et la corruption au sein des institutions. La mission européenne aura entre autres objectifs celui de garantir le caractère multi-ethnique de la province et de veiller aux principes démocratiques, respectant les droits et libertés fondamentaux qui sont internationalement reconnus.

La future mission de l’Union européenne devra être un exemple et servir de modèle pour la réputation des institutions internationales. En effet, la mission de l’Onu, fortement critiquée de part et d’autre du fait du manque de surveillance de sa police, devra céder la place à une des missions les plus ambitieuses de l’histoire de l’Union européenne.

« La future mission internationale au Kosovo conduite par l’Union européenne doit soumettre son bilan en matière de droits humains à une observation et à une responsabilité bien plus grandes que la mission des Nations-Unies qui l’a précédée », a fait remarquer Human Rights Watch (HRW), le 14 juin 2007. « S’agissant des droits humains au Kosovo, l’UE et l’Otan devraient donner l’exemple. (…) Une surveillance indépendante sérieuse de leurs opérations au Kosovo augmenterait fortement les chances de réussite », avait déclaré Holly Cartner, directrice de la division Europe et Asie Centrale à HRW.

La mission européenne est censée déployer 2 200 policiers, magistrats et administrateurs civils dans le pays et mettre un terme à la mission de l’Onu qui administre le Kosovo depuis la fin du conflit de 1998-1999.

Les difficultés pour le déploiement de la mission européenne en raison de ceux qui s’entêtent à contester son indépendance font qu’aujourd’hui, l’indépendance du Kosovo reste encore très formelle. Une chose est certes bien palpable : nul ne sait quand la mission européenne va effectivement se déployer au Kosovo, ni comment elle articulera son action avec la Minuk, toujours présente.

Lynda Kartout

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