Kosovo.
La mission civile européenne qui devait se déployer dans le
pays en vue de relayer la mission onusienne se voit reportée
en raison du blocage de la Serbie et de la Russie qui se
refusent à reconnaître l’indépendance du jeune Etat.
Difficile passation de pouvoir
L’Union européenne a reconnu cette semaine que le relais
qu’elle devait prendre, comme prévu le 15 juin prochain en
vue de remplacer la mission de l’Organisation des
Nations-Unies, reste incertain.
Lorsque l’indépendance du Kosovo a été proclamée le 17
février dernier, le gouvernement albanophone avait
recommandé à ce que les forces de l’Eulex (European Union
Rule of Law Mission In Kosovo) se déploient aussitôt,
relayant ainsi les forces onusiennes de la Minuk.
Aujourd’hui, la Russie qui s’entête à contester cette
indépendance obstrue complètement le processus qui vise à
passer du mandat de la Minuk à celui de l’Eulex.
En effet, dès l’annonce de la proclamation de l’indépendance
du Kosovo, la Russie s’est montrée fermement opposée à
reconnaître le Kosovo en tant qu’Etat libre et indépendant
au même titre que la Serbie. La Russie a toujours exprimé sa
méfiance quant à la menace que pourrait représenter cette
indépendance dans les territoires sécessionnistes du Caucase
ou en Transnistrie moldave.
Par conséquent, de nombreux diplomates se montrent très
septiques quant au maintien du calendrier prévu initialement
pour le 15 juin prochain, un calendrier qui semble désormais
obsolète. « Nous sommes conscients qu’il sera très difficile
pour nous de nous déployer et d’être totalement
opérationnels à la date du 15 juin (…). Dire qu’il y aura un
délai de un, deux, trois ou quatre mois à ce stade n’est que
pure spéculation. La mission doit commencer dans les
meilleures conditions possibles », a déclaré Victor Reuter,
porte-parole de l’Eulex.
Le déploiement de l’Eulex fait partie des propositions du
plan de l’envoyé spécial de l’Onu, Martti Ahtisaari, et
prévoyait la signature d’un pacte entre les représentants du
Kosovo et le représentant de l’Union européenne. Un haut
représentant européen devrait succéder au représentant
spécial du secrétaire général des Nations-Unies et mettre
ainsi le Kosovo sous contrôle européen.
L’équipe de préparation de cette mission de l’Union a été
créée le 15 septembre 2006 et a été plusieurs fois
renouvelée en raison de l’échec des négociations sur le
futur statut de la province. Le déploiement de la mission
devrait s’étaler sur quatre mois ; la durée du premier
mandat étant de deux ans pourra être reconductible. Ainsi,
l’indépendance du pays sera sous surveillance pendant une
période indéterminée en se basant sur la justice, la lutte
contre la criminalité et la corruption au sein des
institutions. La mission européenne aura entre autres
objectifs celui de garantir le caractère multi-ethnique de
la province et de veiller aux principes démocratiques,
respectant les droits et libertés fondamentaux qui sont
internationalement reconnus.
La future mission de l’Union européenne devra être un
exemple et servir de modèle pour la réputation des
institutions internationales. En effet, la mission de l’Onu,
fortement critiquée de part et d’autre du fait du manque de
surveillance de sa police, devra céder la place à une des
missions les plus ambitieuses de l’histoire de l’Union
européenne.
« La future mission internationale au Kosovo conduite par
l’Union européenne doit soumettre son bilan en matière de
droits humains à une observation et à une responsabilité
bien plus grandes que la mission des Nations-Unies qui l’a
précédée », a fait remarquer Human Rights Watch (HRW), le 14
juin 2007. « S’agissant des droits humains au Kosovo, l’UE
et l’Otan devraient donner l’exemple. (…) Une surveillance
indépendante sérieuse de leurs opérations au Kosovo
augmenterait fortement les chances de réussite », avait
déclaré Holly Cartner, directrice de la division Europe et
Asie Centrale à HRW.
La mission européenne est censée déployer 2 200 policiers,
magistrats et administrateurs civils dans le pays et mettre
un terme à la mission de l’Onu qui administre le Kosovo
depuis la fin du conflit de 1998-1999.
Les difficultés pour le déploiement de la mission européenne
en raison de ceux qui s’entêtent à contester son
indépendance font qu’aujourd’hui, l’indépendance du Kosovo
reste encore très formelle. Une chose est certes bien
palpable : nul ne sait quand la mission européenne va
effectivement se déployer au Kosovo, ni comment elle
articulera son action avec la Minuk, toujours présente.
Lynda
Kartout