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 Semaine du 21 au 27 mai 2008, numéro 715

 

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Monde

Pakistan. Le pays est à nouveau ensanglanté par un attentat attribué aux Talibans, dont les négociations avec le gouvernement risquent d’être compromises par la politique de Washington.  

Immixtion américaine 

Le Pakistan est à nouveau confronté à une violence meurtrière. Au moins, 13 personnes ont été tuées dimanche dans un attentat suicide revendiqué par les Talibans pakistanais, dans la localité de Mardan (nord-ouest), dans un secteur qui a subi plusieurs attaques attribuées aux mêmes Talibans au cours des derniers mois. Un responsable de la police, Tahir Khan, a indiqué que 19 personnes avaient été blessées dans l’explosion. Quatre membres des forces armées figurent parmi les victimes. L’attentat a eu lieu près du centre des régiments du Penjab, qui abrite les troupes impliquées dans les opérations contre les militants des régions tribales frontalières de l’Afghanistan.

Selon Bashir Bilour, ministre de la Province du nord-ouest, l’attentat pourrait avoir eu pour objectif de compromettre les pourparlers de paix dans les régions tribales frontalières de l’Afghanistan entre les rebelles talibans et le gouvernement pakistanais. Ces négociations avaient permis une relative accalmie après une série d’attentats ayant fait quelque 1 000 morts dans le pays l’an passé. « Il pourrait s’agir d’une tentative de compromettre les pourparlers de paix ou d’une réaction à Damadola », a déclaré le ministre, faisant allusion à l’attaque aux missiles attribuée aux forces de la coalition déployées en Afghanistan qui a fait au moins 12 morts le 14 mai dans ce village des zones tribales du nord-ouest.

L’attaque du dimanche survient en dépit de récents minces progrès dans les pourparlers entre les rebelles talibans et le nouveau gouvernement de coalition, arrivé au pouvoir en mars après avoir défait les alliés du président Pervez Musharraf. Pour faire aboutir ces négociations, l’armée s’est même dit prête à se « redéployer » à la lisière des zones tribales du nord-ouest du Pakistan dans le cadre d’un éventuel accord de paix entre le nouveau gouvernement et les Talibans réputés proches d’Al-Qaëda, ont assuré dimanche des commandants sur place. Mais les combattants islamistes exigent, eux, un « retrait » total de l’armée des zones tribales et au-delà même de leurs lisières.

« Il n’y a pas de retrait, nous repositionnerons nos troupes et nous resterons non loin, sur les hauteurs, prêts à revenir à tout moment s’il le faut », a assuré le général Tariq Khan, commandant des forces qui ont lancé en janvier une offensive à Spinkaï, dans le district tribal du Waziristan du sud. Le district est situé en plein cœur d’un des bastions de ces Talibans pakistanais, dont le chef, Baïtullah Mehsud, est considéré par Islamabad et Washington comme le chef d’Al-Qaëda au Pakistan. L’offensive n’a duré que quelques jours en janvier. A Spinkaï seulement, des quelque 600 combattants qui leur ont opposé une résistance fugace, seuls 25 ont été tués et six capturés, explique le général Ali Abbass. Les autres ont pu se réfugier, sûrement au cœur des territoires de la tribu des Mehsud, dont Baïtullah est le chef, à quelques dizaines de km plus au nord. « Nous ne pouvons pas porter la guerre là-bas, au beau milieu de la population civile », plaide le général Athar Abbass, qui assure : « Ce sont les opérations de l’armée qui l’ont forcé (Baïtullah Mehsud) à s’asseoir à la table des négociations ».

 

Critiques de Washington

Les pourparlers avec le Mouvement des Talibans du Pakistan (TTP) de Mehsud piétinent depuis quelques semaines. Par cette nouvelle politique de négociation, le nouveau gouvernement espère infléchir la stratégie de l’offensive militaire qu’avait privilégiée le président Musharraf, l’un des alliés-clés de Washington qui s’est dit « inquiet » et presse Islamabad de ne pas négocier avec ceux des islamistes qui étaient proches d’Al-Qaëda ou des Talibans afghans, lesquels combattent les forces internationales de l’autre côté de la frontière, en Afghanistan.

Le nouveau gouvernement pakistanais a seulement promis de ne pas négocier avec les rebelles « étrangers », essentiellement les Talibans afghans proches d’Al-Qaëda, mais qu’il discuterait avec les tribus fondamentalistes pro-talibans qui souhaitent la réconciliation. Parmi ces Talibans pakistanais se trouve le chef de tribu Baïtullah Mehsud, qui a fait allégeance à Al-Qaëda et est recherché par les autorités depuis qu’il a été formellement accusé d’être responsable de la vague d’attentats récents, en particulier celui qui a coûté la vie à l’ex-premier ministre Benazir Bhutto le 27 décembre.

Contrariés par la politique du nouveau premier ministre pakistanais, Yousouf Raza Gilani, les Etats-Unis ne ménagent pas leurs critiques à l’égard de ces négociations menées par le gouvernement issu des législatives du 18 février, qui ont vu la victoire écrasante de l’ex-opposition au président Pervez Musharraf, allié-clé de Washington dans sa « guerre contre le terrorisme ». Le commandant des Talibans pakistanais a cependant rompu les négociations avec le gouvernement, tout en assurant maintenir le cessez-le-feu, laissant la porte ouverte à une reprise des pourparlers. Or, les Etats-Unis, principal pourvoyeur de fonds du Pakistan et de son armée, restent sceptiques sur un accord qui concerne une zone qu’ils considèrent comme le refuge de combattants d’Al-Qaëda et de Talibans qui y préparent leurs attaques en Afghanistan. Ils ont répété, par la voie du département d’Etat, qu’ils considéraient les zones tribales du nord-ouest pakistanais comme le « nouveau paradis » et le « refuge » d’Al-Qaëda et des Talibans afghans, qui y ont reconstitué, selon eux, « leur capacité opérationnelle » à perpétrer des attentats dans les pays occidentaux.

C’est pour cette raison que l’armée américaine a attaqué aux missiles, le 14 mai, le village de Damadola, dans le district tribal et très montagneux de Bajaur. Les missiles tirés apparemment par des avions sans pilote de type drone, dont seule est équipée, dans la région, l’armée américaine qui combat les Talibans dans l’Afghanistan voisin, ont détruit entièrement deux maisons dans ce village tout proche de la frontière afghane, tuant au moins 12 islamistes présumés. Les frappes américaines ciblées, jamais avouées par Washington et toujours démenties par Islamabad, sont relativement fréquentes dans les zones tribales. Une fois n’est pas coutume, Islamabad, visiblement exaspéré par la politique de Washington, a accusé les forces internationales qui combattent les Talibans dans l’Afghanistan voisin d’avoir tiré les deux missiles du 14 mai. Les frappes américaines risquent en effet de faire capoter la politique du nouveau gouvernement de négociation avec les Talibans, dont un éventuel accord avec Islamabad ne tiendra que s’il recueille le soutien des Etats-Unis et de leurs alliés de l’Otan.

Hicham Mourad

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