Théâtre.
Le chorégraphe et metteur en scène Walid Aouni puise dans le
monde des Mille et une Nuits, et dans la peinture de Léonard
De Vinci, reproduisant une Schéhérazade qui campe toutes les
femmes conquérantes pour narrer notre époque.
Les multiples faces d’Eve
De
nouveau, Walid Aouni reproduit Schéhérazade dans une
modernité exquise. En 2000, dans son spectacle donné au
théâtre Mahka de la Citadelle de Salaheddine, elle était ce
personnage mythique des Mille et une Nuits avec ses habits,
ses accessoires et ses couleurs. Aujourd’hui, Schéhérazade
est plutôt une jeune femme contemporaine inspirée de la
figure légendaire de la Monalisa. Elle est vivante, réelle,
émergeant de notre vie quotidienne. « Rien ne nous empêche
d’actualiser notre époque. Les contes de Schéhérézade
recèlent une vérité et des événements valables pour tous les
temps. Le bien et le mal existent encore : Les guerres, la
politique, la violence, le sexe, le terrorisme, la haine, la
jalousie, la supériorité, la vengeance et la justice »,
déclare Aouni. Un café populaire sert de décor au spectacle.
Une jeune fille, secouant un tapis de son balcon, incarne
Schéhérazade. Shahryar campe un macho en chemise et
pantalon, et son serviteur Masrour arbore un pistolet. Le
Djinn et sa lanterne et une foule de gens ordinaires sont de
la partie ? Les danseurs ne sont que ces gens qui
fréquentent toujours les cafés du centre-ville.
Au milieu de cet aspect quotidien, La Joconde, femme
énigmatique de Léonard De Vinci occupe le centre de
l’arrière-fond pour commenter l’action se déroulant sous ses
yeux. Son sourire mystérieux évoque un certain consentement
ou ironise sur les actes de Schéhérazade. Les portraits de
vedettes de renommée telles Hind Rostom, Nadia Lotfi,
Marilyn Monroe, Diana, Rita Hayworth, Brigitte Bardot, etc.,
essaimés des deux bords de la scène confèrent des traits
riches en sens à la scène. Schéhérazade emprunte tantôt
sourire et mystère à la Joconde, retrouve dans un geste de
Monroe le secret de la séduction. Tantôt, elle réfléchit. Un
érotisme à la Hoda Sultan, ou encore du romantisme
caractéristique de la princesse Diana ou l’actrice Nadia
Lotfi, etc. « De la Monalisa à Marilyn Monroe, de Hind
Rostom à Diana, toutes ces femmes prennent corps dans la
gestuelle de Schéhérazade », souligne Aouni.
La composition originale de Schéhérazade signée par Rimsky
Korsakov donne au spectacle un air du passé. L’introduction
nous place dans l’atmosphère de la narration et sous-entend
la fameuse phrase « il était une fois ». Cependant, Aouni se
sert de la musique de Korsakov pour décliner avec une
chorégraphie adéquate le conflit entre Shahryar et son
serviteur, le bourreau Masrour, qui menace Schéhérazade avec
son pistolet. Quelques rythmes répétitifs associés à des
cadences agitées reproduisent la vigueur du mouvement des
danseurs.
Avec Korsakov, Schéhérazade du passé est présente. Mais
Aouni ajoute d’autres morceaux puisant dans la musique
orientale. Ainsi, il mixe les voix de la Turque Anyur, de la
Tunisienne Nabiha Karawli, les compositions de l’album
Oriental Garden ou du groupe iranien Niyaz. L’ensemble fait
ressortir le jeu de séduction entre Schéhérazade et Shahryar,
etc. Sur un air très oriental et une voix très douce,
Schéhérazade, un arc dans la main, simule une sensualité à
dessein. Elle joue la proie pour se transformer ensuite en
un chasseur et cible son amant : Shahryar. L’éclairage
rougeâtre ajoute à cette chorégraphie plus de chaleur et
d’intimité.
Walid porte cette épopée aux confins de l’Extrême-Orient, de
l’Inde jusqu’en Chine, où d’autres couples inclinent la même
romance, dans des couleurs et accessoires locaux. Dans un
élan de liberté, les danseurs portent de grandes ailes.
Schéhérazade et Shahryar se libèrent, portent les ailes et
accueillent les couples chinois et indiens.
Schéhérazade réussit dans sa mission, mais cette fois-ci non
pas avec ses contes, mais avec ses danses. Elle écrase
Masrour, gagne sa vie et maintient l’amour de son roi.
Dans une scène finale, Schéhérazade reprend ses habits
arabes d’autrefois. Shahryar s’installe sur son trône doré.
Aouni fait défiler les personnages et les héros des contes
de Schéhérazade … Tout un monde mythique se concrétise. Mais
de nouveau, on revient au café et d’autres histoires de
danses sont prêtes à être narrées.
May
Sélim