Zimbabwe.
Malgré sa participation au second tour de la présidentielle,
qui l’opposera au président Robert Mugabe, le chef de
l’opposition Morgan Tsvangirai a reporté son retour au pays
pour des questions de sécurité.
Début de campagne sans Tsvangirai
Après
la découverte d’une tentative d’assassinat contre le chef de
l’opposition Morgan Tsvangirai, le leader du Mouvement pour
le changement démocratique (MDC), ce dernier a retardé son
retour au pays prévu samedi dernier. Absent du Zimbabwe
depuis début avril, Tsvangirai doit affronter au second tour
de la présidentielle, le 27 juin, le président Robert
Mugabe, qu’il a battu au premier tour le 29 mars sans, selon
les résultats officiels, obtenir la majorité absolue requise
pour être élu. La question de la sécurité du leader de
l’opposition, sévèrement battu par la police en mars 2007 et
menacé d’être accusé de trahison, était mise en avant pour
expliquer ce report.
Confiant de sa victoire au second tour, Tsvangirai continue
la course alors que les conditions qu’il a posées à sa
participation ont été rejetées par le régime, notamment un
scrutin avant le 23 mai et l’acceptation d’observateurs
occidentaux. Cette dernière revendication est le point
d’achoppement entre les deux camps. Le régime a confirmé
qu’il n’inviterait pas de nouveaux observateurs, rejetant
les appels de la communauté internationale : « Les
invitations que nous avons lancées au début restent
valables. Il n’y (en) aura pas d’autres », a déclaré le
ministre des Affaires étrangères, Simbarashe Mumbengegwi. Un
réseau indépendant d’observateurs a déclaré que des dizaines
de ses membres avaient été attaqués par de présumés
partisans de M. Mugabe depuis les élections et que beaucoup
étaient maintenant trop effrayés pour surveiller le second
tour. Aucun observateur occidental n’avait pu assister au
premier tour. Le Zimbabwe n’avait invité que 47 équipes
d’observateurs d’organisations régionales et de pays comme
la Chine, la Russie et l’Iran avec lesquels le président
Robert Mugabe entretient de bonnes relations. Les
observateurs régionaux de la Communauté de développement
d’Afrique australe (SADC) et de l’Union Africaine (UA) ont
été largement critiqués pour avoir donné leur aval au
scrutin. Le gouvernement zimbabwéen a déjà annoncé qu’il
interdirait la présence d’observateurs des pays occidentaux
et de l’Onu au second tour de la présidentielle, à moins que
les sanctions à son encontre, imposées après sa réélection
controversée en 2002, ne soient levées.
S’ajoutant à ces revendications refusées, la question de la
sécurité des membres de l’opposition notamment son chef
plane sur la scène politique. A cause de cette question,
l’opposition a demandé à la SADC de l’aider à garantir la
sécurité de Tsvangirai. A cet égard, des « consultations à
un haut niveau » concernant ce problème avec Tsvangirai
allaient commencer au cours de cette semaine. Cette
question a éclaté après la découverte d’une tentative
d’assassinat contre Tsvangirai. « Nous avons eu ce matin des
informations émanant d’une source crédible sur une tentative
d’assassinat planifiée contre le président Tsvangirai. Nous
ne pouvons pas dire si des acteurs gouvernementaux sont liés
ou non à cette menace », a déclaré son porte-parole George
Shibotshiwe en soulignant que l’ancien syndicaliste était «
déterminé à rentrer à la première occasion ». Cependant, le
porte-parole de la police, Oliver Mandipaka, a affirmé que
les craintes de l’opposition visaient à « créer une peur
injustifiée ».
Si les élections législatives et présidentielles se sont
déroulées pacifiquement, le Zimbabwe a été depuis le théâtre
d’une forte montée de la violence. Des centaines de
personnes ont été arrêtées et des associations font état de
milliers de blessés et de déplacés. Le MDC affirme que 40 de
ses partisans ont été tués par des sympathisants de Mugabe
et accuse le régime d’orchestrer une campagne de violence
pour l’emporter au second tour. Mugabe a fait porter au MDC
la responsabilité des actes de violences. Mugabe, 84 ans,
dont 28 au pouvoir, a reconnu que le résultat du premier
tour avait été « désastreux ». Le plus vieux président
d’Afrique a débuté dès samedi sa campagne pour le second
tour avec des publicités dans la presse d’Etat. Quant à
Tsvangirai, il avait rendu hommage aux victimes des
violences politiques post-électorales et déclaré : « C’est
pour eux que je dois rentrer au Zimbabwe, pour être avec
eux, pour les sauver de ces ténèbres qui imprègnent nos vies
».
Maha
Salem