Hôtellerie.
La décision du propriétaire saoudien de l’hôtel Grand Hyatt,
sur la corniche du Nil, d’interdire les boissons
alcoolisées, a suscité des échos non seulement au sein de la
société internationale de gestion, mais dans tout le milieu
touristique égyptien.
Une tempête dans un verre de vin ?
Soudainement
et sans donner la moindre alerte, Ibrahim Al-Ibrahimy, le
grand homme d’affaires saoudien et propriétaire de l’hôtel
Grand Hyatt, situé sur la corniche du Nil, au Caire, a
décidé la semaine dernière de fermer le bar et d’interdire
de servir à ses clients des boissons alcoolisées. Il a de
même détruit tous les stocks de boissons alcoolisées se
trouvant dans l’hôtel et dont le coût s’élève à plus de 8
millions de L.E. Une décision qui a entraîné de vives
critiques à plusieurs niveaux. La direction qui a été
choquée par une telle mesure a donné un délai au
propriétaire saoudien afin de revenir sur sa décision, sinon
elle prendra les mesures juridiques nécessaires. Bien que ce
délai ait pris fin il y a quelques jours, le propriétaire
n’a pas changé d’avis. « La société Grand Hyatt compte
intenter un procès pour garantir ses droits, puisque c’est
le propriétaire qui a rompu une des clauses du contrat signé
entre eux », explique un expert hôtelier qui a requis
l’anonymat.
Pour sa part, le ministère du Tourisme assure qu’il existe
depuis 1982 des critères précisant le niveau des étoiles et
selon lesquels il reçoit son rang hôtelier. « Un hôtel qui
ne respecte pas les critères selon lesquels il a reçu sa
licence sera déclassé », assure Ahmad Attiya, vice-ministre
du Tourisme pour le secteur des hôtels. Grand Hyatt ne sera
donc plus un hôtel 5 étoiles. Il ajoute que jusqu’à présent
le ministère n’a pas pris part au problème entre le
propriétaire de l’hôtel et la société internationale de
direction. « Personne n’a demandé notre intervention et on
ne le fera que s’il y a une plainte officielle présentée
auprès du ministère, surtout que c’est la première fois en
Egypte qu’un hôtel cinq étoiles prend une telle décision »,
poursuit-il.
« Je m’étonne de la situation du cheikh Ibrahim, puisque je
sais qu’au départ il a commencé un projet et il a accepté
que le Hyatt le dirige et surtout aussi qu’il ne perçoit ni
le revenu du bar ni celui de la vente des boissons
alcoolisées. C’est la société de direction qui s’en charge
et en prend les revenus. Où est donc le problème ? »,
affirme Nagui Eriane, membre de la Chambre égyptienne des
hôtels. Il reprend qu’un tel acte n’est pas faisable et que
le fait d’être propriétaire de l’hôtel ne donne aucun droit
au cheikh de prendre une telle décision. « Pourquoi une
telle décision maintenant, après 5 ans de contrat ? Il n’est
pas du tout libre, puisque c’est son hôtel et non pas sa
demeure privée. Ce qu’il compte faire de cet hôtel, qui est
malheureusement un des plus beaux de l’Egypte grâce à sa
localisation au milieu de l’île Al-Roda directement sur le
Nil en face du quartier de Garden City, est contraire
à l’éthique hôtelière, puisque hôtellerie est synonyme
d’hospitalité et le premier principe de cette hospitalité
réside dans le fait de répondre à toutes les demandes des
clients tant qu’elles sont légales. S’il estime que c’est
contraire à la religion, qu’il investisse dans n’importe
quel autre domaine que le tourisme », reprend Eriane.
Le problème touche les clients qui ont déjà réservé leurs
chambres d’avance. « Même s’il veut appliquer le système des
hôtels dits familiaux ou islamiques qui commencent à se
répandre dans quelques pays, il devait avant tout avertir à
l’avance et le ministère du Tourisme et la société de
direction Hyatt qui a des contrats avec les touristes et qui
doit les respecter surtout que cette société américaine est
l’une des plus grandes chaînes hôtelières dans le monde
entier, elle a une réputation qu’elle doit défendre »,
explique Wessal Alameddine, professeur d’étude touristique à
la faculté de tourisme et d’hôtellerie, de l’Université de
Hélouan.
Il est à noter que ce même cheikh saoudien, qui possède deux
autres grands hôtels en Egypte, à Charm Al-Cheikh et à
Hurghada, était le propriétaire de Grand Hyatt Tunis dans la
capitale tunisienne et a affronté le même problème suite à
la même décision. Mais, il a dû laisser cet hôtel en
décembre 2006 après de grands problèmes avec Hyatt ainsi
qu’avec le ministère tunisien du Tourisme.
Dalia
Farouk