Al-Ahram Hebdo, Voyages | Joyaux en péril
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 Semaine du 14 au 20 mai 2008, numéro 714

 

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Voyages

Archéologie. La grotte principale de Djebel Al-Taïr, située aux environs de la ville Kharga, souffre d’une grave détérioration ainsi que d’un manque d’intérêt touristique malgré son importance historique. Etat des lieux. 

Joyaux en péril 

Il est 10h du matin. Le soleil darde encore de ses rayons brûlants le sable jaune du désert qui entoure la ville Kharga, la capitale du gouvernorat d’Al-Wadi Al-Guédid (la Nouvelle Vallée), situé à 750 km au sud-ouest du Caire. A cet emplacement, les montagnes de calcaire qui s’enchaînent sont interrompues par d’étroites plaines. Ce merveilleux paysage incite le visiteur à explorer, voire à escalader ces montagnes dont le sein renferme plusieurs secrets des anciens habitants du site et des voyageurs qui y sont passés au fil du temps. Il s’agit de Djebel Al-Taïr ou la montagne des oiseaux qui s’éloigne quelque 6 km au nord de la ville Kharga. La région de Djebel Al-Taïr, aux yeux des experts, est l’un des plus importants sites archéologiques de l’oasis Kharga. Celle-ci comprend beaucoup de lieux qui renferment à leur tour d’intéressantes traces livrées par les ancêtres. Mais dont la plupart souffre d’une grave détérioration. La galerie principale de la région en est l’exemple par excellence.

Il faut escalader quelques mètres pour l’atteindre. C’est une vaste galerie creusée dans le calcaire dont les mesures vont de 15 mètres de large et 2,5 mètres de hauteur. A première vue, des signatures en langue arabe accompagnées de date couvrent tout le mur, sans oublier les effets néfastes des abîmeurs qui ont effacé quelques scènes archéologiques. Mais l’observation fine délivre beaucoup de secrets historiques. Une telle galerie a été exploitée durant 5 000 ans sans la moindre interruption dès l’âge préhistorique jusqu’à l’époque moderne en passant par les périodes pharaonique, gréco-romaine, copte et islamique.

 

Carrefour des époques

En effet, au cours de l’époque préhistorique, l’actuel désert qui renfermait Djebel Al-Taïr était une vallée pluvieuse couverte de la végétation nécessaire sur laquelle se nourrissaient les animaux de l’époque. Quant à la grotte, étant au sein de la montagne qui bordait cette vallée, celle-ci abritait les animaux que chassait l’homme de cette époque reculée. A son tour, celui-ci a « gravé sur les murs de la grotte des scènes qui représentaient la chasse et dont la date est estimée au néolithique », commente Khaled Saad, directeur du département de la préhistoire auprès du Conseil Suprême des Antiquités (CSA). Selon lui, c’est la première utilisation de la grotte en question.

Mais ce n’est pas l’unique phénomène. Les graffitis s’y sont multipliés au fil des siècles. On y voit d’ailleurs la déesse Hathor, symbolisée sous forme de vache, « et dont l’âge remonte à l’Ancien Empire selon le style artistique », explique l’archéologue Mahmoud Youssef. Selon lui, cette vallée a été transformée, sous l’Ancien Empire, en un pâturage propice où l’Ancien Egyptien gardait les animaux domestiques. D’ailleurs, la grotte était utilisée aussi pendant le Nouvel Empire représentée par une gravure colorée d’une divinité ailée qui a pris la forme du disque solaire. « Peut-être c’est Anubis, dieu local du site, qui y est représenté », commente l’archéologue.

Cette grotte ne cesse de satisfaire les amateurs de l’âge pharaonique, notamment ceux qui s’intéressent à la relation entre l’aspect religieux et celui des coutumes et des traditions. Un tel lien est reflété par plusieurs inscriptions hiératiques et démotiques qui ont été entamées au cours de la Basse-Epoque. A cet âge, Djebel Al-Taïr et sa vallée ont été transformés en une demeure permanente pour la société égyptienne. Il y a eu une sorte de combinaison entre les croyances religieuses et les coutumes répandues de cet âge. Par chance, les habitants ont enregistré leurs pensées sur les murs de la grotte en hiératique et en démotique que le visiteur peut contempler aujourd’hui.

L’occupation du site n’a pas duré pour longtemps à cause de l’aridité du climat qui a commencé à envahir toute la région et la désertifier. Par ailleurs, cet emplacement n’a pas perdu d’ampleur. Cette aridité, ayant isolé le site de la communauté sociale, l’avait transformé en un refuge pour les premiers chrétiens persécutés, et notamment la galerie. Celle-ci avait vécu, aux yeux des experts, les premières étapes du mouvement monastique en Egypte, puisque la région de Djebel Al-Taïr comprend un monastère antique qui se dresse à 1 km de la grotte en question.

 

Site en péril

Après tous ces siècles, la grotte a modifié encore une fois de fonction pendant l’époque islamique jusqu’aux débuts du XIXe siècle. Etant sur la tête des plus importantes vallées liées à la fameuse route commerciale, Darb Al-Arbéïne (route des quarante), cette grotte est devenue l’une des importantes stations où les voyageurs se reposaient et s’enrichissaient des fournitures nécessaires lors de leur arrivée du Soudan avant de continuer leur excursion pour la vallée du Nil.

Malgré toute cette importance archéologique et touristique, l’amateur de la culture et de la nature contemple difficilement un tel paysage qui souffre d’une grave détérioration. Ce péril a atteint la grotte vers la fin du XIXe siècle jusqu’à la moitié du XXe siècle. A cette époque, certains membres des caravanes enregistraient leur passage, daté et accompagné de leurs noms. Pire encore. Cette mauvaise tradition a été diffusée parmi les mineurs qui ciselaient les pierres des montagnes du site. On peut voir alors beaucoup d’écritures arabes répandues sur le mur de la grotte antique, dissimulant en fait les perles archéologiques, sans oublier les effets néfastes qui ont détérioré quelques scènes.

Peu sont les touristes de nos jours qui fréquentent ce lieu qui n’est pas signalé sur la carte touristique. Djebel Al-Taïr n’est qu’un exemple représentatif des milliers joyaux archéologiques de la Nouvelle Vallée et de leurs difficultés.

Doaa Elhami

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Le désert observé par l’Unesco 

Les sites de Wadi Aïn Al-Labakha, Aïn Amour et Al-Manawer sont des sites préhistoriques que « l’Unesco examine actuellement dans les environs de la ville de Kharga, capitale du gouvernorat d’Al-Wadi Al-Guédid, pour les inscrire sur la liste du patrimoine mondial », affirme Véronique Dauge, chef de la section des Etats arabes auprès de l’Unseco. Un tel intérêt pour ces sites parvient de la rareté des monuments qui s’y trouvent. En effet, les objets archéologiques en question sont hors de la classification mondiale déjà connue. Par ailleurs, les régions égyptiennes en question étaient exploitées pour de longues durées. L’homme préhistorique y laissait ses outils qui indiquent son existence. D’ailleurs, ces sites comprennent une grande diversité d’outils lithiques, graffitis ainsi que quelques monumentsm à l’instar des vestiges des maisons découvertes récemment. Tous ces éléments qui retracent l’occupation de l’homme préhistorique de ces lieux les ont rendus incomparables au monde entier.

Pour toutes ces raisons, le Conseil Suprême des Antiquités (CSA) a décidé de continuer les relevés archéologiques pour mettre en évidence l’importance majeure de ces sites.

D’autre part, ces emplacements seront mis sur la carte touristique parmi les lieux archéologiques subsahariens, dont la clientèle augmente au fur et à mesure. Il est à noter que le nombre des amateurs des endroits préhistoriques situés en plein désert est en croissance, jour après jour. Raison pour laquelle beaucoup d’agences de voyage, notamment celle du safari, ont organisé désormais des programmes touristiques destinés à ces lieux préhistoriques ainsi qu’aux régions subsahariennes.

Doaa Elhami

 




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