Archéologie.
La grotte principale de Djebel Al-Taïr, située aux environs
de la ville Kharga, souffre d’une grave détérioration ainsi
que d’un manque d’intérêt touristique malgré son importance
historique. Etat des lieux.
Joyaux en péril
Il
est 10h du matin. Le soleil darde encore de ses rayons
brûlants le sable jaune du désert qui entoure la ville
Kharga, la capitale du gouvernorat d’Al-Wadi Al-Guédid (la
Nouvelle Vallée), situé à 750 km au sud-ouest du Caire. A
cet emplacement, les montagnes de calcaire qui s’enchaînent
sont interrompues par d’étroites plaines. Ce merveilleux
paysage incite le visiteur à explorer, voire à escalader ces
montagnes dont le sein renferme plusieurs secrets des
anciens habitants du site et des voyageurs qui y sont passés
au fil du temps. Il s’agit de Djebel Al-Taïr ou la montagne
des oiseaux qui s’éloigne quelque 6 km au nord de la ville
Kharga. La région de Djebel Al-Taïr, aux yeux des experts,
est l’un des plus importants sites archéologiques de l’oasis
Kharga. Celle-ci comprend beaucoup de lieux qui renferment à
leur tour d’intéressantes traces livrées par les ancêtres.
Mais dont la plupart souffre d’une grave détérioration. La
galerie principale de la région en est l’exemple par
excellence.
Il faut escalader quelques mètres pour l’atteindre. C’est
une vaste galerie creusée dans le calcaire dont les mesures
vont de 15 mètres de large et 2,5 mètres de hauteur. A
première vue, des signatures en langue arabe accompagnées de
date couvrent tout le mur, sans oublier les effets néfastes
des abîmeurs qui ont effacé quelques scènes archéologiques.
Mais l’observation fine délivre beaucoup de secrets
historiques. Une telle galerie a été exploitée durant 5 000
ans sans la moindre interruption dès l’âge préhistorique
jusqu’à l’époque moderne en passant par les périodes
pharaonique, gréco-romaine, copte et islamique.
Carrefour des époques
En
effet, au cours de l’époque préhistorique, l’actuel désert
qui renfermait Djebel Al-Taïr était une vallée pluvieuse
couverte de la végétation nécessaire sur laquelle se
nourrissaient les animaux de l’époque. Quant à la grotte,
étant au sein de la montagne qui bordait cette vallée,
celle-ci abritait les animaux que chassait l’homme de cette
époque reculée. A son tour, celui-ci a « gravé sur les murs
de la grotte des scènes qui représentaient la chasse et dont
la date est estimée au néolithique », commente Khaled Saad,
directeur du département de la préhistoire auprès du Conseil
Suprême des Antiquités (CSA). Selon lui, c’est la première
utilisation de la grotte en question.
Mais ce n’est pas l’unique phénomène. Les graffitis s’y sont
multipliés au fil des siècles. On y voit d’ailleurs la
déesse Hathor, symbolisée sous forme de vache, « et dont
l’âge remonte à l’Ancien Empire selon le style artistique »,
explique l’archéologue Mahmoud Youssef. Selon lui, cette
vallée a été transformée, sous l’Ancien Empire, en un
pâturage propice où l’Ancien Egyptien gardait les animaux
domestiques. D’ailleurs, la grotte était utilisée aussi
pendant le Nouvel Empire représentée par une gravure colorée
d’une divinité ailée qui a pris la forme du disque solaire.
« Peut-être c’est Anubis, dieu local du site, qui y est
représenté », commente l’archéologue.
Cette
grotte ne cesse de satisfaire les amateurs de l’âge
pharaonique, notamment ceux qui s’intéressent à la relation
entre l’aspect religieux et celui des coutumes et des
traditions. Un tel lien est reflété par plusieurs
inscriptions hiératiques et démotiques qui ont été entamées
au cours de la Basse-Epoque. A cet âge, Djebel Al-Taïr et sa
vallée ont été transformés en une demeure permanente pour la
société égyptienne. Il y a eu une sorte de combinaison entre
les croyances religieuses et les coutumes répandues de cet
âge. Par chance, les habitants ont enregistré leurs pensées
sur les murs de la grotte en hiératique et en démotique que
le visiteur peut contempler aujourd’hui.
L’occupation du site n’a pas duré pour longtemps à cause de
l’aridité du climat qui a commencé à envahir toute la région
et la désertifier. Par ailleurs, cet emplacement n’a pas
perdu d’ampleur. Cette aridité, ayant isolé le site de la
communauté sociale, l’avait transformé en un refuge pour les
premiers chrétiens persécutés, et notamment la galerie.
Celle-ci avait vécu, aux yeux des experts, les premières
étapes du mouvement monastique en Egypte, puisque la région
de Djebel Al-Taïr comprend un monastère antique qui se
dresse à 1 km de la grotte en question.
Site en péril
Après tous ces siècles, la grotte a modifié encore une fois
de fonction pendant l’époque islamique jusqu’aux débuts du
XIXe siècle. Etant sur la tête des plus importantes vallées
liées à la fameuse route commerciale, Darb Al-Arbéïne (route
des quarante), cette grotte est devenue l’une des
importantes stations où les voyageurs se reposaient et
s’enrichissaient des fournitures nécessaires lors de leur
arrivée du Soudan avant de continuer leur excursion pour la
vallée du Nil.
Malgré toute cette importance archéologique et touristique,
l’amateur de la culture et de la nature contemple
difficilement un tel paysage qui souffre d’une grave
détérioration. Ce péril a atteint la grotte vers la fin du
XIXe siècle jusqu’à la moitié du XXe siècle. A cette époque,
certains membres des caravanes enregistraient leur passage,
daté et accompagné de leurs noms. Pire encore. Cette
mauvaise tradition a été diffusée parmi les mineurs qui
ciselaient les pierres des montagnes du site. On peut voir
alors beaucoup d’écritures arabes répandues sur le mur de la
grotte antique, dissimulant en fait les perles
archéologiques, sans oublier les effets néfastes qui ont
détérioré quelques scènes.
Peu sont les touristes de nos jours qui fréquentent ce lieu
qui n’est pas signalé sur la carte touristique. Djebel
Al-Taïr n’est qu’un exemple représentatif des milliers
joyaux archéologiques de la Nouvelle Vallée et de leurs
difficultés.
Doaa
Elhami