Al-Ahram Hebdo, Voyages | Chez les négociants de l’Alexandrie médiévale
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 Semaine du 14 au 20 mai 2008, numéro 714

 

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Alexandrie. Le commerce et la navigation à l’époque médiévale dans cette cité portuaire méditerranéenne étaient le thème d’un colloque international qui a eu lieu récemment sous les auspices du Centre d’Etudes Alexandrines (CEAlex).  

Chez les négociants de l’Alexandrie médiévale 

Alexandrie existe par son port. Elle est exclusivement adonnée au commerce. Au cours des siècles d’histoire médiévale, la ville a connu une évolution tout à fait singulière. Elle devenait progressivement un carrefour essentiel de réseaux commerciaux étendus et un des grands ports de la Méditerranée.

Depuis plusieurs décennies, l’étude de la navigation et du commerce en Alexandrie médiévale a été renouvelée par un travail systématique sur les sources littéraires, biographiques, juridiques ... L’archéologie a par ailleurs apporté de nombreuses données concrètes sur ce port, son évolution, les monuments spécifiques qu’on y trouvait, et certains des produits qui y étaient échangés. « Alexandrie et le commerce de la Méditerranée médiévale » était le sujet d’un colloque international dont les travaux ont eu lieu du 25 au 27 avril dernier sous les auspices du Centre d’Etudes Alexandrines (CEAlex). Ce colloque vient en fait dans le cadre des Quatrièmes Journées sur l’Alexandrie médiévale (lire encadré). Sous la direction scientifique de Christian Décobert, directeur de recherche au CNRS, ce programme a été conceptualisé et réalisé par un groupe de chercheurs de plusieurs universités ainsi que des membres du CNRS travaillant tous sur l’histoire médiévale, le commerce et les échanges maritimes en Méditerranée médiévale, afin de réunir et de rendre accessible le maximum de données sur cette question. Le colloque a été accueilli dans son premier jour à la Bibliotheca Alexandrina et les deux autres au Centre culturel français d’Alexandrie (CCFA) et au CEAlex. Organisé par le CEAlex, ce colloque historique et archivistique est financé entre autres par le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS).

Les participants ont traversé presque toute la période médiévale : partant de l’époque byzantine et jusqu’à l’époque ottomane. « Ce qui est intéressant justement dans ce thème, c’est de voir comment la Méditerranée a toujours influencé de diverses manières l’histoire d’Alexandrie, et comment le commerce entre mer Rouge, Nil et Méditerranée a façonné la ville d’Alexandrie. C’est aussi pour mieux connaître cette ville et ce qu’elle a été au Moyen Age, en allant vers les ports de la Méditerranée et en examinant les connexions, on arrive à faire ressortir beaucoup mieux son histoire », indique Christophe Picard, professeur d’histoire médiévale à l’Université de Paris I Sorbonne. C’est une masse d’informations qui permettra d’affiner les connaissances sur le monde maritime médiéval, les ports, les itinéraires qui les reliaient, les marchandises, les réseaux de distribution et leur évolution, tout un système contrôlé de façon variable selon le temps et les lieux par des communautés marchandes ou des pouvoirs institutionnalisés.

Parmi les thèmes abordés lors du colloque figurent les commerçants et voyageurs dans l’Alexandrie médiévale. Certes, les activités commerciales, artisanales et portuaires ont attiré vers Alexandrie des populations venues non seulement de l’arrière-pays égyptien, mais aussi de tout le pourtour de la Méditerranée. Les familles venues du Maghreb et de l’Andalousie se renforcèrent encore. Ce sont elles qui imprimèrent à la ville une légère touche maghrébine et andalouse, encore perceptible de nos jours aussi bien dans l’architecture que dans les activités du marché ou dans la toponymie. Les liens séculaires que la ville avait entretenus avec les ports européens connurent eux aussi une importante réactivation. Ces liens ont assuré le développement de communautés marchandes européennes, venues en particulier d’Italie ou de Provence. Alexandrie était aussi une étape incontournable du commerce entre la Méditerranée et l’océan Indien ; ceci est bien connu par les textes historiques et les récits de voyageurs.

« C’est ce que révèle aussi l’étude de la céramique d’époque médiévale retrouvée dans cette ville portuaire. Ces découvertes rendent compte de la grande variété des productions égyptiennes (un peu plus de la moitié du matériel), mais aussi occidentales, orientales et extrême-orientales. Elles illustrent les principales techniques utilisées par les potiers, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, et leurs styles décoratifs propres, du IXe au XVe siècles », explique Véronique François, dans son ouvrage Céramiques médiévales à Alexandrie, Contribution à l’histoire économique de la ville.

Les intervenants au colloque ont affirmé que la plupart des documents qu’on a sur le Moyen Age viennent des ports latins. Ils étaient conservés par des marchands, ce qui n’est pas le cas pour les Etats musulmans à l’époque. « On a des documents, des lettres de marchands arabes et étrangers, des documents du Yémen par exemple, et on découvre d’autres documents. La grande richesse, le grand gisement des archives musulmanes sont des archives familiales. L’Egypte pourtant est une exception, puisqu’elle possède plus d’archives ailleurs dans le monde musulman. Les Mamelouks ont été les premiers à conserver des archives liées aux aspects religieux et qui ont aussi des implications économiques. Il faudra attendre l’époque ottomane pour qu’il y ait des archives d’Etat très classiques », indique Christophe Picard.

Toutes les communications qui ont été présentées au colloque doivent être rendues avant la fin de l’année 2008. Après correction, c’est l’Institut Français d’Archéologie Orientale (IFAO) du Caire qui va publier, soit en 2009 ou en 2010, les actes qui seront les numéros 4 dans la série Alexandrie médiévale des Etudes alexandrines. Les deux premiers numéros ont été déjà publiés et le troisième sortira dans quelques mois.

Le programme sur l’Alexandrie médiévale a été inauguré au Caire, en 1996, dans le cadre de l’IFAO et avait pour thème la topographie d’Alexandrie. Le deuxième était donné à Alexandrie en 1999 sur les thèmes de rapport entre les institutions religieuses et l’économie. Et le troisième a eu lieu en 2002, sur les relations intercommunautaires au début de l’époque chrétienne.

Amira Samir

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