Alexandrie.
Le commerce et la navigation à l’époque médiévale dans cette
cité portuaire méditerranéenne étaient le thème d’un
colloque international qui a eu lieu récemment sous les
auspices du Centre d’Etudes Alexandrines (CEAlex).
Chez les négociants de l’Alexandrie médiévale
Alexandrie
existe par son port. Elle est exclusivement adonnée au
commerce. Au cours des siècles d’histoire médiévale, la
ville a connu une évolution tout à fait singulière. Elle
devenait progressivement un carrefour essentiel de réseaux
commerciaux étendus et un des grands ports de la
Méditerranée.
Depuis plusieurs décennies, l’étude de la navigation et du
commerce en Alexandrie médiévale a été renouvelée par un
travail systématique sur les sources littéraires,
biographiques, juridiques ... L’archéologie a par ailleurs
apporté de nombreuses données concrètes sur ce port, son
évolution, les monuments spécifiques qu’on y trouvait, et
certains des produits qui y étaient échangés. « Alexandrie
et le commerce de la Méditerranée médiévale » était le sujet
d’un colloque international dont les travaux ont eu lieu du
25 au 27 avril dernier sous les auspices du Centre d’Etudes
Alexandrines (CEAlex). Ce colloque vient en fait dans le
cadre des Quatrièmes Journées sur l’Alexandrie médiévale
(lire encadré). Sous la direction scientifique de Christian
Décobert, directeur de recherche au CNRS, ce programme a été
conceptualisé et réalisé par un groupe de chercheurs de
plusieurs universités ainsi que des membres du CNRS
travaillant tous sur l’histoire médiévale, le commerce et
les échanges maritimes en Méditerranée médiévale, afin de
réunir et de rendre accessible le maximum de données sur
cette question. Le colloque a été accueilli dans son premier
jour à la Bibliotheca Alexandrina et les deux autres au
Centre culturel français d’Alexandrie (CCFA) et au CEAlex.
Organisé par le CEAlex, ce colloque historique et
archivistique est financé entre autres par le Centre
National de la Recherche Scientifique (CNRS).
Les
participants ont traversé presque toute la période médiévale
: partant de l’époque byzantine et jusqu’à l’époque
ottomane. « Ce qui est intéressant justement dans ce thème,
c’est de voir comment la Méditerranée a toujours influencé
de diverses manières l’histoire d’Alexandrie, et comment le
commerce entre mer Rouge, Nil et Méditerranée a façonné la
ville d’Alexandrie. C’est aussi pour mieux connaître cette
ville et ce qu’elle a été au Moyen Age, en allant vers les
ports de la Méditerranée et en examinant les connexions, on
arrive à faire ressortir beaucoup mieux son histoire »,
indique Christophe Picard, professeur d’histoire médiévale à
l’Université de Paris I Sorbonne. C’est une masse
d’informations qui permettra d’affiner les connaissances sur
le monde maritime médiéval, les ports, les itinéraires qui
les reliaient, les marchandises, les réseaux de distribution
et leur évolution, tout un système contrôlé de façon
variable selon le temps et les lieux par des communautés
marchandes ou des pouvoirs institutionnalisés.
Parmi les thèmes abordés lors du colloque figurent les
commerçants et voyageurs dans l’Alexandrie médiévale.
Certes, les activités commerciales, artisanales et
portuaires ont attiré vers Alexandrie des populations venues
non seulement de l’arrière-pays égyptien, mais aussi de tout
le pourtour de la Méditerranée. Les familles venues du
Maghreb et de l’Andalousie se renforcèrent encore. Ce sont
elles qui imprimèrent à la ville une légère touche
maghrébine et andalouse, encore perceptible de nos jours
aussi bien dans l’architecture que dans les activités du
marché ou dans la toponymie. Les liens séculaires que la
ville avait entretenus avec les ports européens connurent
eux aussi une importante réactivation. Ces liens ont assuré
le développement de communautés marchandes européennes,
venues en particulier d’Italie ou de Provence. Alexandrie
était aussi une étape incontournable du commerce entre la
Méditerranée et l’océan Indien ; ceci est bien connu par les
textes historiques et les récits de voyageurs.
« C’est ce que révèle aussi l’étude de la céramique d’époque
médiévale retrouvée dans cette ville portuaire. Ces
découvertes rendent compte de la grande variété des
productions égyptiennes (un peu plus de la moitié du
matériel), mais aussi occidentales, orientales et
extrême-orientales. Elles illustrent les principales
techniques utilisées par les potiers, qu’ils soient
chrétiens ou musulmans, et leurs styles décoratifs propres,
du IXe au XVe siècles », explique Véronique François, dans
son ouvrage Céramiques médiévales à Alexandrie, Contribution
à l’histoire économique de la ville.
Les intervenants au colloque ont affirmé que la plupart des
documents qu’on a sur le Moyen Age viennent des ports
latins. Ils étaient conservés par des marchands, ce qui
n’est pas le cas pour les Etats musulmans à l’époque. « On a
des documents, des lettres de marchands arabes et étrangers,
des documents du Yémen par exemple, et on découvre d’autres
documents. La grande richesse, le grand gisement des
archives musulmanes sont des archives familiales. L’Egypte
pourtant est une exception, puisqu’elle possède plus
d’archives ailleurs dans le monde musulman. Les Mamelouks
ont été les premiers à conserver des archives liées aux
aspects religieux et qui ont aussi des implications
économiques. Il faudra attendre l’époque ottomane pour qu’il
y ait des archives d’Etat très classiques », indique
Christophe Picard.
Toutes les communications qui ont été présentées au colloque
doivent être rendues avant la fin de l’année 2008. Après
correction, c’est l’Institut Français d’Archéologie
Orientale (IFAO) du Caire qui va publier, soit en 2009 ou en
2010, les actes qui seront les numéros 4 dans la série
Alexandrie médiévale des Etudes alexandrines. Les deux
premiers numéros ont été déjà publiés et le troisième
sortira dans quelques mois.
Le programme sur l’Alexandrie médiévale a été inauguré au
Caire, en 1996, dans le cadre de l’IFAO et avait pour thème
la topographie d’Alexandrie. Le deuxième était donné à
Alexandrie en 1999 sur les thèmes de rapport entre les
institutions religieuses et l’économie. Et le troisième a eu
lieu en 2002, sur les relations intercommunautaires au début
de l’époque chrétienne.
Amira
Samir