Natation en Eau Libre.
Mohamad Al-Zanati s’est qualifié pour les JO de Pékin dans
le 10 km après avoir occupé la première place africaine au
classement des 5es Championnats du monde, qui se sont
achevés le 8 mai en Espagne. Portrait.
Une place au soleil
Dans
la rivière de Guadalquiver, à Séville (Espagne), du 3 au 8
mai, se sont déroulés les Championnats du monde de natation
en eau libre, qualificatifs pour les Jeux Olympiques (JO) de
Pékin 2008 pour le 10 km (le 10 km sera une épreuve
olympique pour la première fois aux JO). Les 10 premiers au
classement final sont qualifiés pour les JO outre les
premiers de chaque continent. Ainsi, malgré une 19e place à
la course, Mohamad Al-Zanati a décroché son ticket olympique
en tant que premier nageur africain au classement final des
Mondiaux avec un temps de 1:54:36.4. « Je suis très heureux
et soulagé. Ce ticket n’était pas facile à obtenir, la
course était très dure », souligne le jeune Egyptien. La
course du 10 km fut en effet très spectaculaire, avec la
présence des meilleurs nageurs du monde qui ont fait de leur
mieux afin de décrocher le ticket olympique. Le nombre des
participants dans le 10 km a réalisé un record avec 52
nageurs. Durant la course par ailleurs, le niveau des
nageurs était très rapproché. Lors de la finale, en effet,
la différence de temps entre le premier et le 44e était
seulement de 6 minutes. Le premier arrivé étant le Russe
Vladimir Dyatchin (1:53:21.0), suivi par le Britannique
Thomas Lurz (1:53:21.3) et l’Allemand David Davies
(1:53:27.2). En fait, la différence entre Al-Zanati et le
médaillé d’or est d’une minute et 33 secondes. « J’ai bien
commencé la course, jusqu’au 5e km, j’étais à la 5e place,
mais durant le sprint final, mon classement a été relégué à
la 19e place », raconte Al-Zanati, avant d’ajouter que «
l’eau était calme, sans vagues, ce qui représente une
mauvaise chose pour moi pour cette distance, car en eau
calme sur 10 km, les nageurs rapides possèdent une meilleure
chance de gagner ».
Al-Zanati n’est pas un nageur spécialiste du 10 km. Depuis
ses débuts, il s’est consacré aux 25 km, 36 km et 88 km.
Après la décision du Comité olympique international
d’intégrer le 10 km aux JO de Pékin, le jeune Egyptien
commence à s’intéresser au 10 km.
Donc, il commence à s’entraîner pour cette distance juste
avant les Championnats du monde de Melbourne en avril 2007.
A la grande surprise, il se distingue très vite. Lors des
Mondiaux 2007, il termine à la 4e place du 10 km pour
réaliser la meilleure performance égyptienne de la
discipline. De plus, dans la même compétition, il surprend
tout le monde en remportant la médaille de bronze du 25 km,
devenant ainsi le premier Egyptien à remporter une médaille
aux Mondiaux. « Cette performance est très précieuse pour
moi. Avant de disputer ces Championnats du monde de
Melbourne, j’étais triste à cause de la Fédération
égyptienne de natation. J’avais beaucoup de problèmes avec
les responsables égyptiens qui s’attendaient à ma chute
durant ces Mondiaux. Cette médaille tombe donc au bon moment
pour répondre à tous ceux qui ont douté de moi », se
défend-il. Un mois avant Melbourne, la Fédération égyptienne
avait décidé de changer l’entraîneur de la sélection
nationale pour la natation en eau libre, le Russe Boris, et
avait désigné l’Egyptien Hassan Béchir à sa place. A ce
moment, Al-Zanati a refusé d’obéir à la Fédération et s’est
dirigé vers Hassan Saqr, président du Comité national des
sports.
Enthousiasme et volonté de fer
Après l’intervention de ce dernier, Al-Zanati a eu
l’autorisation de continuer à travailler avec son entraîneur
russe, qui possède une grande expérience, à condition de
terminer dans le top 10 des Mondiaux. Mais à la surprise
générale, il remporte une médaille de bronze en 25 km et une
4e place en 10 km. Après avoir réalisé cet exploit à
Melbourne, Al-Zanati commence sa nouvelle préparation, plein
d’enthousiasme. Le premier stage de préparation a eu lieu en
Espagne, durant lequel il tombe malade et arrête
l’entraînement pendant 3 mois, puis il subit une blessure à
l’épaule. En janvier, il reprend du poil de la bête et
commence sa préparation par un stage au Brésil pendant 25
jours, puis rentre en Egypte avant de partir à nouveau le 21
mars pour disputer la Coupe du monde de Doubaï où il termine
à la 14e place. Enfin, il effectue un dernier stage en
Espagne, en altitude à plus de 3 500 m. « Le stage en
altitude a été très bénéfique pour moi. Durant ce stage,
j’ai entraîné le souffle afin d’améliorer l’endurance »,
affirme le jeune homme.
Ainsi, cette année, son niveau a connu un progrès
considérable, grâce à la bonne préparation de la Fédération
égyptienne mais surtout grâce au soutien de ses parents.
Malgré sa médaille aux Mondiaux, aucun sponsor ne s’occupe
de ce nageur talentueux qui dépend jusqu’à maintenant de
l’aide de ses parents. C’est donc surtout grâce à sa volonté
de fer et au soutien financier de ses parents que Mohamad a
amélioré son niveau au fil des compétitions. « Depuis mon
enfance, je pratique la natation. Tout mon temps libre a été
consacré à mes entraînements », se souvient-il. Il a
commencé au club Ahli, et décroché le titre de champion d’Egypte
et meilleur nageur égyptien de 1995 à 1999 en natation.
Puis, il a rejoint le club Al-Seid. En 2001, à 17 ans, il
prend la décision audacieuse de s’orienter vers la nage en
eau libre. Une bonne décision. Car en 2003, il obtient la
troisième place du 32 km de la Coupe du monde au Canada
(7:49:13), derrière le champion du monde bulgare Peter
Stoychev et l’ex-champion du monde français Stéphane Lecat.
« C’est cette course, la plus importante à mes yeux, qui a
fait ma réputation internationale », affirme Mohamad. Il
n’oublie cependant pas sa grande victoire de 2004, lorsqu’il
a obtenu la médaille d’or du 15 km de la Coupe du monde de
Chine (10:15:09). « C’est la course la plus difficile et la
plus longue, car elle était censée durer 5 heures. Mais elle
a duré 10h15 à cause des fortes vagues et des courants
dangereux. J’ai quand même remporté la première place ! »,
confie le jeune homme.
D’ici aux JO, il aura besoin de plus d’intérêt afin de se
concentrer sur son rêve, la médaille olympique. « Si durant
ces 3 prochains mois, tout va bien, je crois que je pourrai
réaliser un exploit à Pékin », conclut-il.
Doaa
Badr