La Syrie et le temps qui passe
Radwan Ziyada
L’ex-président syrien Hafez Al-Assad disait toujours : « Le
temps est le meilleur conseiller pour la Syrie ». Et en
effet, les événements ont toujours prouvé la justesse de ces
paroles. A vrai dire, la majorité des régimes arabes
comptent sur le facteur du temps parce qu’il constitue
toujours la carte gagnante. Par exemple, Al-Assad a été
exposé à des pressions intérieures, régionales et
internationales exceptionnelles pendant les années 1980.
Partant du conflit sur le pouvoir entre les 2 frères Hafez
et Réfaat Al-Assad, puis le conflit armé avec les Frères
musulmans au début des années 1980. Vient ensuite l’invasion
militaire israélienne du Liban qui a été suivie par une
crise économique grave en 1986, au point qu’il n’y avait
plus aucune devise étrangère dans les banques syriennes et
même la farine nécessaire pour le pain n’était pas
disponible. Puis la Syrie a été exposée à un blocus
international étouffant parce qu’elle avait été accusée de
soutenir le terrorisme en 1987 et il y a eu une rupture des
relations diplomatiques avec l’Angleterre. Cependant,
Al-Assad a résisté à toutes les crises s’appuyant sur le
facteur du temps qui passe, jusqu’à l’invasion de Saddam
Hussein du Koweït. Ce qui a été pour lui l’occasion propice
pour la réhabilitation du régime syrien aux niveaux arabe et
international.
Par la suite, plus le temps passait plus Al-Assad gagnait,
naturellement selon leurs propres critères. Il est vrai que
l’économie et la société syriennes perdaient chaque jour un
peu plus au niveau de l’économie, des connaissances et de
l’enseignement, mais Al-Assad renforçait de plus en plus sa
position et ses relations régionales et internationales.
Il est clair que le président actuel Bachar Al-Assad est
très influencé par l’expérience de son père. En effet, la
Syrie ne souffre pas uniquement d’un isolement régional et
international ainsi que d’un nombre de résolutions
internationales promulguées par le Conseil de sécurité et
que la Syrie doit respecter. Mais il y a aussi un tribunal
international qui insiste à enquêter dans l’implication
probable de la Syrie dans l’assassinat de l’ex-premier
ministre libanais Rafiq Al-Hariri. De même qu’il ne faut pas
oublier les crises économiques perpétuelles et le
renforcement de l’opposition en croissance qui a une
capacité d’influence sur la communauté internationale dans
certaines limites.
Or, Bachar Al-Assad ne semble pas être dans l’urgence de
changer tout cela, attendant que le temps joue en sa faveur.
La question est : pourquoi le temps est-il toujours un
facteur gagnant selon les normes des régimes arabes ? Ceci
revient à deux vérités stables. Premièrement, les forces
existantes sont toujours plus fortes. C’est la raison pour
laquelle le Hezbollah, l’Iran et l’Iraq semblent être
beaucoup plus puissants face aux pressions américaines,
puisque les Etats-Unis n’ont pas le pouvoir absolu de
changer les règles en dehors de l’intervention militaire. Et
l’expérience iraqienne a prouvé l’échec total de ce choix
selon toutes les normes, mêmes les normes américaines et
internationales.
La seconde vérité est que la conjoncture mondiale est en
évolution constante. C’est pour cela que le renouvellement
continu de l’élite politique dans les Etats européens et aux
Etats-Unis est un résultat naturel de l’activation politique
dans ces Etats. Ce qui impose continuellement de nouveaux
défis avec lesquels il faut traiter afin de réaliser ses
objectifs. Par exemple, l’Administration américaine actuelle
a suivi une politique de sanctions et d’isolement qu’elle a
imposée au régime syrien et a mis en application une série
de décisions et de pressions régionales et internationales
pour réaliser cet objectif. Mais aujourd’hui, une grande
part de l’élite politique américaine, en particulier dans
les centres de recherches et dans les directions du Parti
démocratique, ainsi qu’un certain nombre de Républicains,
voient que cette politique n’a pas réalisé les intérêts des
Etats-Unis dans la région, dont une des priorités était de
réaliser la stabilité. C’est pour cela que ceux-ci attaquent
sévèrement la politique actuelle et proposent une autre
politique basée sur les négociations et l’encouragement dans
l’objectif de réaliser les intérêts américains, mais d’une
autre façon.
Où est donc le problème ? L’élite politique syrienne
comprend que ceci signifie que sa politique était la bonne,
contrairement à la politique américaine. Or, d’un autre
côté, une élite politique syrienne émergeante réclame de
changer cette politique. Et c’est là que réside le problème
dans la politique syrienne. En effet, cette dernière n’est
pas consciente du fait que le changement aux Etats-Unis
pousse l’élite à penser sans cesse à de nouveaux moyens pour
réaliser les intérêts américains. La preuve est qu’un noir
et une femme débattent actuellement pour le plus haut poste
aux Etats-Unis.
De plus, il n’y a aucun espoir de voir une nouvelle élite
politique prendre le dessus. Il n’y a aucun espoir
d’organiser des élections qui introduiraient un nouveau sang
dans la vie politique, il n’y a aucun espoir qu’une
ouverture économique réelle se réalisera. L’espoir réside
dans les prochaines élections américaines pouvant permettre
à la Syrie d’être présente dans la vie politique régionale
et internationale.
D’où une déception amère chez les Syriens, puisque les
solutions viennent toutes de l’extérieur. Y aura-t-il une
paix israélo-syrienne, ou une entente internationale au
profit des Syriens ? C’est ainsi qu’entre les rêves et les
théories du complot, le destin des Syriens reste inconnu.
Il est vrai que le temps ne joue pas toujours en faveur du
front syrien, la preuve est que les élections françaises qui
ont amené Sarkozy à la présidence en France n’ont amené
aucun vent de changement comme l’espérait le régime syrien.
Mais à long terme, et tant que les deux vérités restent les
mêmes, le changement ne viendra malheureusement que de
l’autre rive, qu’il soit positif ou négatif.