Al-Ahram Hebdo, Opinion | La Syrie et le temps qui passe
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 Semaine du 14 au 20 mai 2008, numéro 714

 

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Opinion
 

La Syrie et le temps qui passe

Radwan Ziyada

 

L’ex-président syrien Hafez Al-Assad disait toujours : « Le temps est le meilleur conseiller pour la Syrie ». Et en effet, les événements ont toujours prouvé la justesse de ces paroles. A vrai dire, la majorité des régimes arabes comptent sur le facteur du temps parce qu’il constitue toujours la carte gagnante. Par exemple, Al-Assad a été exposé à des pressions intérieures, régionales et internationales exceptionnelles pendant les années 1980. Partant du conflit sur le pouvoir entre les 2 frères Hafez et Réfaat Al-Assad, puis le conflit armé avec les Frères musulmans au début des années 1980. Vient ensuite l’invasion militaire israélienne du Liban qui a été suivie par une crise économique grave en 1986, au point qu’il n’y avait plus aucune devise étrangère dans les banques syriennes et même la farine nécessaire pour le pain n’était pas disponible. Puis la Syrie a été exposée à un blocus international étouffant parce qu’elle avait été accusée de soutenir le terrorisme en 1987 et il y a eu une rupture des relations diplomatiques avec l’Angleterre. Cependant, Al-Assad a résisté à toutes les crises s’appuyant sur le facteur du temps qui passe, jusqu’à l’invasion de Saddam Hussein du Koweït. Ce qui a été pour lui l’occasion propice pour la réhabilitation du régime syrien aux niveaux arabe et international.

Par la suite, plus le temps passait plus Al-Assad gagnait, naturellement selon leurs propres critères. Il est vrai que l’économie et la société syriennes perdaient chaque jour un peu plus au niveau de l’économie, des connaissances et de l’enseignement, mais Al-Assad renforçait de plus en plus sa position et ses relations régionales et internationales.

Il est clair que le président actuel Bachar Al-Assad est très influencé par l’expérience de son père. En effet, la Syrie ne souffre pas uniquement d’un isolement régional et international ainsi que d’un nombre de résolutions internationales promulguées par le Conseil de sécurité et que la Syrie doit respecter. Mais il y a aussi un tribunal international qui insiste à enquêter dans l’implication probable de la Syrie dans l’assassinat de l’ex-premier ministre libanais Rafiq Al-Hariri. De même qu’il ne faut pas oublier les crises économiques perpétuelles et le renforcement de l’opposition en croissance qui a une capacité d’influence sur la communauté internationale dans certaines limites.

Or, Bachar Al-Assad ne semble pas être dans l’urgence de changer tout cela, attendant que le temps joue en sa faveur. La question est : pourquoi le temps est-il toujours un facteur gagnant selon les normes des régimes arabes ? Ceci revient à deux vérités stables. Premièrement, les forces existantes sont toujours plus fortes. C’est la raison pour laquelle le Hezbollah, l’Iran et l’Iraq semblent être beaucoup plus puissants face aux pressions américaines, puisque les Etats-Unis n’ont pas le pouvoir absolu de changer les règles en dehors de l’intervention militaire. Et l’expérience iraqienne a prouvé l’échec total de ce choix selon toutes les normes, mêmes les normes américaines et internationales.

La seconde vérité est que la conjoncture mondiale est en évolution constante. C’est pour cela que le renouvellement continu de l’élite politique dans les Etats européens et aux Etats-Unis est un résultat naturel de l’activation politique dans ces Etats. Ce qui impose continuellement de nouveaux défis avec lesquels il faut traiter afin de réaliser ses objectifs. Par exemple, l’Administration américaine actuelle a suivi une politique de sanctions et d’isolement qu’elle a imposée au régime syrien et a mis en application une série de décisions et de pressions régionales et internationales pour réaliser cet objectif. Mais aujourd’hui, une grande part de l’élite politique américaine, en particulier dans les centres de recherches et dans les directions du Parti démocratique, ainsi qu’un certain nombre de Républicains, voient que cette politique n’a pas réalisé les intérêts des Etats-Unis dans la région, dont une des priorités était de réaliser la stabilité. C’est pour cela que ceux-ci attaquent sévèrement la politique actuelle et proposent une autre politique basée sur les négociations et l’encouragement dans l’objectif de réaliser les intérêts américains, mais d’une autre façon.

Où est donc le problème ? L’élite politique syrienne comprend que ceci signifie que sa politique était la bonne, contrairement à la politique américaine. Or, d’un autre côté, une élite politique syrienne émergeante réclame de changer cette politique. Et c’est là que réside le problème dans la politique syrienne. En effet, cette dernière n’est pas consciente du fait que le changement aux Etats-Unis pousse l’élite à penser sans cesse à de nouveaux moyens pour réaliser les intérêts américains. La preuve est qu’un noir et une femme débattent actuellement pour le plus haut poste aux Etats-Unis.

De plus, il n’y a aucun espoir de voir une nouvelle élite politique prendre le dessus. Il n’y a aucun espoir d’organiser des élections qui introduiraient un nouveau sang dans la vie politique, il n’y a aucun espoir qu’une ouverture économique réelle se réalisera. L’espoir réside dans les prochaines élections américaines pouvant permettre à la Syrie d’être présente dans la vie politique régionale et internationale.

D’où une déception amère chez les Syriens, puisque les solutions viennent toutes de l’extérieur. Y aura-t-il une paix israélo-syrienne, ou une entente internationale au profit des Syriens ? C’est ainsi qu’entre les rêves et les théories du complot, le destin des Syriens reste inconnu.

Il est vrai que le temps ne joue pas toujours en faveur du front syrien, la preuve est que les élections françaises qui ont amené Sarkozy à la présidence en France n’ont amené aucun vent de changement comme l’espérait le régime syrien. Mais à long terme, et tant que les deux vérités restent les mêmes, le changement ne viendra malheureusement que de l’autre rive, qu’il soit positif ou négatif.

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