Une idéologie sioniste à reconsidérer
Morsi Attalla
Il
existe des signes confirmant qu’Israël désire actuellement
être reconnu en tant qu’Etat purement sioniste. Il voit dans
la célébration mondiale en grande pompe du 60e anniversaire
de sa création la meilleure occasion pour réaliser son
ancien rêve qui a précédé son existence de dix ans. Il faut
noter que ce rêve est ancien et ne date pas de 2004, comme
d’aucuns ont l’habitude de le considérer, lorsque Bush a
prononcé son discours à Aqaba dans lequel il a évoqué le
droit des juifs à disposer d’un Etat.
Celui qui croit que le refus d’Israël de discuter le droit
du retour est lié aux conséquences qui peuvent en découler,
c’est-à-dire la récupération par les réfugiés de leurs
demeures et de leurs propriétés spoliées, aurait tort.
Tel-Aviv est terrifié par l’idée que le droit du retour
frappe au cœur l’idéologie sioniste sur laquelle est bâti l’Etat
d’Israël.
L’expulsion des Palestiniens de la terre de Palestine fut
l’un des piliers de l’idéologie sioniste à laquelle a appelé
Theodor Herzl il y a plus de 100 ans. Lorsqu’il a écrit, le
12 juillet 1895 : « Nous essayerons d’expulser les démunis
en dehors des frontières, en leur trouvant des opportunités
d’emplois là-bas et en même temps on leur interdira de
travailler dans notre pays ».
Avec le même esprit de Herzl, le sioniste fanatique Israël
Zaoui a écrit en 1905 : « Nous devons nous préparer à
expulser les tribus arabes par l’épée, comme l’ont fait nos
aïeux ». Tel était leur plan qui date de plus d’un siècle,
alors que nous sommes préoccupés jusqu’à aujourd’hui par la
lutte opposant le Fatah et le Hamas. Le danger réel réside
dans le fait que ceux qui suspectent le droit au retour des
Palestiniens expulsés en 1948, conformément aux résolutions
des Nations-Unies, ignorent intentionnellement une série de
réalités. Au moment de la nakba, lorsque les Palestiniens
furent victimes de la résolution de partage de 1947 et de la
guerre de 1948, les propriétés des juifs à cette date en
Palestine ne représentaient que 8 % de la totalité de la
superficie. Alors que 92 % des territoires étaient la
propriété du peuple palestinien et des Waqfs islamiques qui
remontaient à l’époque ottomane.
Ce jour-là, le plus atroce crime politique et humain a eu
lieu. Lorsqu’une minorité étrangère a envahi la Palestine, a
expulsé ses habitants et a mis en place l’Etat hébreu sur
les décombres de 531 villes et villages.
A mon avis, le fait de se résigner aux plans israéliens de
suspicions soutenus par les Etats-Unis représente le plus
grand danger pour le dossier des réfugiés. D’autant plus
qu’il n’est pas du ressort de n’importe quelle autorité
palestinienne de renoncer à ce droit. Car c’est un droit
authentique aux réfugiés et ils n’ont mandaté personne pour
le négocier à leur place. Le droit au retour est un droit
élémentaire et non pas une simple licence qui expire avec le
temps. En réalité, cette suspicion est sans fondement parce
qu’elle autorise les réfugiés à regagner leurs demeures à
condition de ne pas toucher aux habitants juifs. Cependant,
c’est le contraire qui est vrai. Le retour peut être
enrichissant par exemple au niveau de l’économie
israélienne, notamment dans le domaine agricole qui souffre
d’un sous-effectif.
Malheureusement pour la cause palestinienne, nous vivons un
moment exceptionnel de l’Histoire où prévaut uniquement la
loi du plus fort. Il est évident, en référence à des
témoignages qui datent de 60 ans, que le projet sioniste
avait pour visée de mettre en place un Etat enclavé au cœur
du monde musulman séparant l’aile asiatique de l’aile
africaine. L’objectif étant non pas uniquement d’empêcher
son unité, mais de garantir sa faiblesse et sa dislocation.
Ainsi, l’expérience de 60 ans d’Israël démontre que ceux qui
ont soutenu le projet sioniste avaient pour objectif de
saper n’importe quelle croissance civilisationnelle des
Arabes et des musulmans qui sont préoccupés par des
problèmes chroniques qui épuisent leurs énergies et leurs
efforts. Le danger actuel menace toute la région et non pas
seulement la cause palestinienne ou le droit des réfugiés
palestiniens à retrouver leurs terres. Si Israël ne possède
pas le courage de reconsidérer son idéologie sioniste
expansionniste et si les Etats-Unis, en tant que principal
allié, ne s’aperçoivent pas que le mouvement de l’Histoire
prendra en fin de compte son cours normal, la région ne
vivra jamais en paix et ne connaîtra jamais la stabilité.