Le Liban ... un été chaud
Salama A. Salama
Voilà les premières étincelles de la seconde guerre civile
au Liban, vingt ans après la première qui s’est prolongée de
1975 à 1990. Cette guerre survient alors que le monde arabe
est encore plus divisé et plus faible que lors de la
première guerre civile libanaise. En effet, de nombreuses
conjonctures arabes ne jouissent d’aucune légitimité que ce
soit au niveau des dirigeants ou de l’opposition. Les lignes
séparant l’action pour l’intérêt public et l’action pour les
intérêts privés ont complètement disparu. Tout est mis au
service du parti, du groupe confessionnel ou de la doctrine.
Le Liban ressemble à tous les pays arabes, comme s’il
n’avait pas profité des expériences amères du passé. Ses
hommes politiques n’ont pas atteint la maturité et
n’exercent pas l’action politique en tant que processus
pacifique visant à réaliser la concorde entre les
différentes forces de la société pour réaliser l’intérêt
national.
Pour cette raison, on ne peut blâmer une partie sans blâmer
l’autre. On ne peut pas prétendre non plus que l’explosion
de la violence au Liban est un plan syro-iranien pour
enflammer la situation ou empêcher la mise à mal de
l’influence iranienne. On ne peut pas prétendre non plus que
c’est le Hezbollah qui a orchestré les faits qui ont mené au
déclenchement des heurts entre la majorité et l’opposition.
Tous les préludes indiquaient que toutes les parties étaient
impliquées dans le refus du compromis. Ce qui a conduit à
l’échec des efforts énormes déployés par le secrétaire
général de la Ligue arabe, Amr Moussa.
Dans ce contexte, on ne peut parler d’un renversement contre
la légitimité.
En
réalité, c’est l’absence de légitimité dans le monde arabe
qui a fait que le Liban a perdu ses caractéristiques en tant
qu’Etat depuis que les différentes parties ont échoué
pendant plus d’un an à choisir un président. Elles ont aussi
raté le passage vers l’Etat des institutions au cours duquel
les forces politiques seraient redistribuées selon des
élections. Par conséquent, le Liban s’est transformé en
entités partisanes confessionnelles fragiles qui changent
constamment de positions et qui cherchent le soutien de
l’étranger et dont la volonté dépend des forces étrangères.
Le fait qui a aboli la légitimité du régime au Liban.
Etait-il
possible d’empêcher l’explosion, si les parties en conflit
avaient préservé le point critique dans les équations
existantes et si le gouvernement et les forces de la
majorité n’avaient pas soulevé la question du réseau de
communication ?
Les pays
arabes sont divisés en pays favorisant l’ingérence auprès de
la majorité avec le soutien des Etats-Unis et de la France
et en pays, comme la Syrie et le Qatar qui estiment la
nécessité de revenir au dialogue pour que les Libanais
résolvent eux-mêmes leurs problèmes. Cette division ne
prédit pas que les choses s’arrêteront là, surtout que les
forces du Hezbollah ont imposé leur pouvoir sur Beyrouth. On
craint en effet que ce soit le début d’une guerre sur les
divers fronts de la région. Les Etats-Unis l’espèrent et
Israël œuvre de toutes ses forces pour que cette guerre se
déclenche afin de frapper l’Iran. Nous sommes donc aux
portes d’un été chaud et sanglant.