Soudan.
Les troupes gouvernementales ont repoussé cette semaine
l’attaque d’un groupe d’insurgés du Darfour contre la
capitale. L’incident reste cependant un développement
alarmant dans ce conflitqui perdure.
Les
rebelles frappent au cœur de Khartoum
Depuis cinq ans, c’est-à-dire depuis le déclenchement du
conflit au Darfour, jamais les combats n’avaient atteint les
portes de la capitale soudanaise, Khartoum. Après des mois
de statu quo, le conflit est ainsi passé à un nouveau stade,
les rebelles ayant clairement montré leur intention de
renverser le régime du président Omar Al-Béchir. Les
rebelles du Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), le
plus puissant militairement des groupes d’insurgés du
Darfour, ont affronté samedi les forces gouvernementales
soudanaises à Omdourman, un faubourg de Khartoum, et ils ont
fait savoir que leur objectif était de prendre le contrôle
de la capitale, mais le gouvernement a affirmé que les
assaillants avaient été vaincus. C’est la première fois que
les combats atteignent la capitale en plusieurs décennies de
conflits entre le gouvernement central à dominante arabe et
des rebelles affirmant que leurs régions périphériques sont
négligées. Des tirs nourris ont retenti à Omdourman, située
sur une rive du Nil opposée à celle où se trouve Khartoum,
et des hélicoptères ainsi que des véhicules militaires ont
été dépêchés sur les lieux des affrontements tandis qu’un
couvre-feu a été imposé à Khatoum pendant plusieurs heures,
et l’est toujours à Omdourman. « Le principal but de cette
attaque de sabotage terroriste avortée était de provoquer
une couverture médiatique et de faire croire aux gens qu’ils
étaient parvenus à pénétrer dans Khartoum », a déclaré à la
télévision nationale Mandour Al-Mahdi, secrétaire politique
du Parti du Congrès national, au pouvoir. Tout en ajoutant
que « cette tentative a été complètement vaincue ». Selon un
responsable gouvernemental soudanais et une source au sein
des services de sécurité, les derniers
combattants rebelles ont quitté dimanche Omdourman.
Du côté des rebelles, Souleïman Sandal, un chef militaire du
JEM, avait déclaré à Reuters dans la nuit de samedi à
dimanche : « Si Dieu le veut, nous renverserons Omar
Al-Béchir lui-même ». Les rebelles ne se sont pas manifestés
depuis.
Suite aux événements de samedi dernier, le Soudan a offert
en récompense plus de 120 millions de dollars à quiconque
permettrait de capturer le chef du JEM, Khalil Ibrahim,
d’après l’agence officielle Suna. Selon elle, l’armée a tué,
en repoussant l’attaque de samedi, un commandant du JEM et a
pourchassé, combattu et éliminé une force rebelle de 45
hommes à une cinquantaine de kilomètres d’Omdourman. Elle a
aussi arrêté 300 rebelles. Une chasse à l’homme a été lancée
par les troupes dans la capitale et dans les régions
voisines, où des armes et des explosifs ont été saisis,
selon les médias d’Etat. Une réunion d’urgence du
gouvernement a examiné les rapports des ministères de la
Défense et de l’Intérieur « qui ont expliqué qu’une
cinquième colonne de l’intérieur était impliquée dans la
tentative de sabotage », a encore
dit Suna. Le leader du JEM a été dans le passé un partisan
du chef de l’opposition islamiste Hassan Tourabi, qui a été
arrêté lundi, lui et plusieurs cadres de son parti. Les
autorités estiment en effet que les deux hommes coordonnent
toujours leurs activités, ce que Khalil Ibrahim et Hassan
Tourabi ont toujours nié.
Outre les conséquences de ces récents événements sur le
conflit du Darfour, les développements ont aussi pris une
proportion régionale. Le Soudan a rompu dimanche ses
relations diplomatiques avec le Tchad, qu’il accuse d’avoir
appuyé l’attaque de samedi. « Les forces (derrière cette
attaque) sont toutes, fondamentalement, des forces
tchadiennes appuyées et préparées par le Tchad », a dit le
numéro un soudanais Omar Hassan Al-Béchir à la télévision
nationale. Khartoum estime en effet que le raid des rebelles
avait été conduit par le chef du JEM, Khalil Ibrahim, qui
appartient au même groupe ethnique que Déby. Le gouvernement
tchadien a toutefois démenti toute implication « dans cette
aventure qu’il condamne », a déclaré Mahamat Hissène,
ministre des Communications et porte-parole du gouvernement.
Des analystes estiment cependant que N’Djamena a pu apporter
son soutien au JEM en représailles à l’attaque qui a eu lieu
il y a trois mois contre la capitale tchadienne. « Il semble
s’agir pour partie de représailles contre le NCP (Parti
national du Congrès, au pouvoir au Soudan) pour son soutien
aux rebelles au Tchad qui ont failli renverser le
gouvernement là-bas il y a trois mois », a déclaré Amjad
Atallah, membre de la coalition Sauvons le Darfour.
Depuis cinq ans, le conflit du Darfour a envenimé les
relations entre les deux voisins. Récemment interrogé par
l’AFP, un diplomate occidental en poste dans la région
estimait que Khartoum « verrait d’un bon œil la chute pure
et simple d’Idriss Déby. Avec un allié au pouvoir à
N’Djamena, le Soudan pourrait priver les rebelles du Darfour
de leur base arrière ».
Pour l’heure, la diplomatie africaine mise, pour ramener le
calme, sur une très hypothétique « force d’observation pour
la sécurisation de la frontière Tchad-Soudan » et au
déploiement d’une force hybride dans la province du Darfour.
Ni l’une ni l’autre de ces deux mesures n’ont été pour
l’heure concrétisées.
Abir
Taleb