Liban. La crise
politique a pris de nouvelles dimensions avec les combats entre les partisans
de la majorité et ceux de l’opposition. Les appels au calme se multiplient pour
éviter un enlisement aux conséquences dangereuses.
Alerte à l’engrenage
La
capitale libanaise, Beyrouth, ainsi que d’autres villes du pays ont vécu ces
derniers jours un scénario qui rappelle les années de la guerre civile. Car la
tension est extrême dans le pays du Cèdre. Et malgré les appels à la retenue et
le retour au calme depuis lundi à Beyrouth, les risques d’un enlisement restent
sérieux. Sans président depuis novembre dernier et avec une impossible entente
entre la majorité gouvernementale et l’opposition, le Liban fait aujourd’hui
face au pire des dangers depuis la fin de la guerre civile, en 1990.
Cette
fois-ci, l’affrontement a opposé deux piliers de la vie politique libanaise :
le Hezbollah de Hassan Nasrallah, soutenu par la Syrie et l’Iran, et le
Rassemblement démocratique du druze Walid Joumblatt ; le premier rassemblant
avec lui le reste de l’opposition, dont il est la principale figure, et le
deuxième représentant la majorité gouvernementale soutenue par la communauté
internationale.
Le
bras de fer qui oppose les deux parties depuis 17 mois est en fait monté d’un
cran depuis la semaine dernière, lorsque le gouvernement de Siniora a accusé le
Hezbollah d’atteinte à la souveraineté du Liban en entretenant un réseau de
télécommunications parallèle à celui de l’Etat et d’avoir installé des caméras
d’espionnage à l’aéroport. Après quoi les affrontements ont éclaté à Beyrouth
ainsi que dans le nord et l’Est du pays, à la suite de l’insurrection du
Hezbollah, qui a jugé que le gouvernement pro-occidental de Siniora lui avait
déclaré la guerre.
Après
la prise de contrôle de Beyrouth-Ouest, fief de la majorité sunnite qui domine
le gouvernement, par les miliciens chiites qui ont défait leurs adversaires
moins bien armés et entraînés, Siniora a demandé à l’armée, religieusement
composite mais jusque-là neutre, d’intervenir. Son entrée en scène a permis le
retour au calme à Beyrouth. Elle a décidé de s’occuper elle-même de l’affaire
du réseau de télécommunications parallèles du Hezbollah, promettant de
concilier les intérêts de l’Etat et la sécurité du mouvement chiite de
résistance et a décidé de revenir sur le limogeage de l’officier chiite chargé
de la sécurité de l’aéroport de Beyrouth.
Mais
le reste du pays est toujours sous haute tension. De nouveaux combats ont
éclaté dimanche dans le nord et dans des régions druzes proches de Beyrouth.
Les Arabes tentent une nouvelle
médiation
Face à
cette escalade, la Ligue arabe, impuissante depuis le début de la crise malgré
ses multiples tentatives de médiation, a décidé une nouvelle fois l’envoi d’une
délégation ministérielle à Beyrouth pour des discussions avec les dirigeants
libanais, lors d’une réunion extraordinaire au Caire consacrée à la situation
au Liban. Dans une résolution rendue publique à l’issue de la réunion, les
ministres ont appelé les dirigeants politiques libanais « à participer à une
réunion avec une délégation ministérielle (de la Ligue arabe) ... afin de
discuter de la situation dangereuse au Liban et élaborer une feuille de route
urgente afin de mettre en œuvre l’initiative arabe ». La réunion à Beyrouth
rassemblerait le premier ministre Fouad Siniora, le dirigeant sunnite Saad
Hariri et l’ancien président chrétien Amine Gemayel (majorité antisyrienne), le
président du Parlement Nabih Berri, le dirigeant chrétien Michel Aoun et le
chef du Hezbollah Hassan Nasrallah (opposition). La délégation arabe sera
présidée par le Qatar. Elle ne comprendra pas l’Egypte et l’Arabie saoudite,
qui soutiennent le gouvernement de Fouad Siniora, ni la Syrie, alliée du
Hezbollah.
Ils
ont réitéré leur soutien à l’initiative arabe sur le Liban présentée en janvier
par la Ligue arabe. Cette initiative prévoit l’élection du candidat de
consensus, le général Michel Sleimane, comme président, sans conditions
préalables, un gouvernement d’union nationale pour le Liban et l’élaboration
d’une loi électorale agréée par toutes les parties en vue des prochaines
élections générales de 2009. Mais c’est justement à ce sujet que les
différentes parties libanaises n’arrivent pas à s’entendre depuis des mois.
Pour
éviter l’engrenage, Walid Joumblatt, comme son rival druze Talal Arslan, allié
de l’opposition, ont appelé leurs partisans à déposer les armes. De son côté,
le Hezbollah, même s’il a accepté de remettre à l’armée le front de mer et
Beyrouth-Ouest, ses militants politiques maintiennent leur campagne de
désobéissance civile lancée mercredi dernier à la faveur d’une grève générale
pour obtenir satisfaction de leurs revendications politiques. Quant au premier
ministre Fouad Siniora, il a annoncé que le gouvernement qu’il dirige — soutenu
notamment par l’Arabie saoudite et les Etats-Unis — se réunirait sous peu pour
débattre des initiatives prises par l’armée et des exigences politiques du
Hezbollah. Celui-ci et ses alliés chiites d’Amal et chrétiens du Courant
patriotique de l’ancien général Michel Aoun bloquent depuis des mois l’élection
d’un nouveau président de la République faute d’obtenir l’engagement d’une
minorité de blocage dans un futur gouvernement d’unité. L’on se retrouve donc à
la case départ. Et si le consensus, sur lequel les différentes parties n’ont
pas réussi à s’entendre jusque-là, reste introuvable, le pire est à envisager.
Abir Taleb