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Recettes Fiscales.
Plusieurs alternatives se présentaient au gouvernement avant
de décider d’augmenter le prix des carburants pour alimenter
son budget. De quoi avoir déclenché une polémique.
Régime inadapté ?
Comme
prévu, la hausse des prix des carburants, décidée la semaine
dernière, a eu un effet domino sur les prix d’un grand
nombre de biens et services. Si le gouvernement souligne que
c’est le meilleur choix qui s’offrait à lui, des économistes
indépendants ont l’imagination plus fertile. C’est pourquoi
une polémique s’est déclenchée la semaine dernière sur les
alternatives susceptibles de frapper moins durement la
classe moyenne. « Au lieu d’augmenter le prix du gasoil, le
gouvernement pouvait tout aussi bien augmenter les impôts
sur les plus riches », suggère Abdallah Chéhata, professeur
de finances publiques à l’Université du Caire, en
commentaire à la récente hausse des prix des carburants. Un
point de vue que défendent plusieurs économistes, surtout
après la hausse des prix des différentes marchandises sur le
marché égyptien, contrairement aux affirmations du
gouvernement (voir encadré). « Le gouvernement voulait
diminuer les subventions à l’énergie depuis longtemps. Ce
qui est justifié. Mais de cette manière-là, il affecte
considérablement le niveau de vie des Egyptiens. Alors qu’en
augmentant l’impôt sur les sociétés de 5 à 10 %, cela aurait
engendré autant de recettes », estime Chéhata. « Avec une
augmentation des impôts de 10 % sur les grandes entreprises,
le secteur des télécommunications à lui seul pourrait
engendrer des recettes de 1 milliard de L.E. par an »,
renchérit Achraf Badreddine, membre de la Commission du plan
et du budget à l’Assemblée du peuple.
Il y a quelques semaines, la Commission de l’industrie et de
l’énergie au Conseil consultatif avait aussi suggéré la
hausse de l’impôt sur le revenu. Le comité présidé par une
importante figure du monde d’affaires, Mohamad Farid Khamis,
a en effet recommandé une révision de la loi de l’impôt sur
le revenu, qui touche ceux gagnant plus de 5 millions de
L.E. par an. Il a proposé d’élever le plafond de l’impôt à
25 % au lieu de 20 % actuellement. Ainsi, les personnes
disposant de plus de 5 millions de L.E. par an auraient été
imposées à 22 % et gagnant plus de 50 millions, à 25 %. « Le
gouvernement aurait pu taxer les transactions boursières,
qui sont actuellement exonérées. Ou agrandir le réseau de
gaz naturel dans les foyers et gagner les 12 milliards qu’il
paye en subventions aux bonbonnes de gaz. Il aurait aussi pu
chercher à récupérer ses arriérés fiscaux auprès des
contribuables qui s’élèvent à 37 milliards de L.E. »,
suggère également Badreddine.
Plusieurs économistes ont parallèlement critiqué la nouvelle
loi sur les impôts, promulguée en 2005. Celle-ci a diminué à
20 % l’impôt sur les sociétés qui s’élevait avant à 40 %.
Elle a de plus mis sur le pied d’égalité celui qui gagne à
peine 40 000 L.E. par an et celui dont les revenus se
chiffrent en milliards. Tout en abaissant le plafond de
l’impôt sur le revenu de 40 % à 20 %. La nouvelle loi a de
même pour la première fois imposé les employés sans contrat
de travail. « Désormais, ce sont les salariés qui payent le
plus d’impôts, le budget le révèle », note Badreddine. Il
explique que dans le budget 2007/2008, les impôts sur les
salaires devraient atteindre 8 milliards de L.E. « Cette
somme est presque le double des recettes fiscales payées de
l’activité commerciale et industrielle (4,5 milliards), et
seulement la moitié des impôts que payent l’ensemble des
entreprises », lance Badreddine.
Stabilité pour les investisseurs
Mais pour refuser de modifier cette loi, le gouvernement
avance l’argument de la stabilité fiscale. Car, selon le
ministre des Finances, Youssef Boutros-Ghali, c’est un
facteur important pour les investisseurs étrangers. D’autant
plus que la loi actuelle est âgée à peine de trois ans. Hani
Qadri, conseiller du ministre des Finances, lors d’une
interview avec l’Hebdo, a écarté la possibilité d’une
révision de la loi des impôts sur le revenu au moins sur le
court terme. « Il faut attendre au moins cinq ans avant de
procéder à un tel changement. Nous avons l’intention de
modifier la loi, mais il s’agit de modifications techniques,
afin de diminuer les possibilités de fraude fiscale. Ou bien
la modification de certaines clauses qui ne sont pas claires
», explique-t-il. Opinion partagée par Abdel-Fattah
Al-Guébali, ex-conseiller du ministre des Finances et membre
du Haut Conseil des salaires. « Pourquoi insister à
augmenter les impôts sur le revenu ? Il y a d’autres droits
et impôts décidés par le gouvernement qui seront assumés par
les riches, comme la hausse de la vignette automobile et
l’annulation des exonérations fiscales sur les profits de
l’enseignement privée », estime Al-Guébali. Des idées qui
ont du mal à passer. Tout d’abord, selon les contestataires,
parce que ces mesures marginales ne vont engendrer que des
recettes marginales, à savoir moins de 2 milliards de L.E.
Par ailleurs, « la majorité de ces mesures affecteront
surtout la classe moyenne et non pas la classe des trop
riches qui devient phénoménale », résume Badreddine,
touchant ainsi une profonde plaie de l’économie égyptienne.
Marwa
Hussein
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La Banque Centrale conteste
La Banque Centrale s’est montrée critique à l’égard du
gouvernement et sa manière de gérer la crise inflationniste.
« Malgré le fléchissement relatif des prix internationaux du
blé, il est prévu que l’inflation locale augmente à cause
des dernières modifications des prix (des carburants) en
Egypte », a souligné un communiqué de presse de la Banque
Centrale Egyptienne (BCE), diffusé le vendredi 9 mai. Car
l’inflation en Egypte est en augmentation continue, et cela
avant même la hausse des prix des carburants. L’Organisme
central de mobilisation publique et des statistiques
(CAPMAS) a annoncé cette semaine une hausse de l’inflation
annuelle en avril 2008 pour atteindre 16,4 % contre 14,4 %
en mars 2008. De plus, un rapport de la maison de courtage
CIBC estime que l’inflation s’élèverait à 18,5 % en juin
prochain, à cause de la hausse des prix des carburants.
Par ailleurs, le rapport assure que les hauts profits
réalisés par les industries consommant lourdement de
l’énergie ne seront pas touchés. Ces industries, qui sont
visées par les mesures gouvernementales, sont des
entreprises de ciment et de production de fer et d’acier et
d’engrais. Car d’abord la demande sur ces matières de
constructions demeure élevée. Et ensuite, parce que ces
entreprises bénéficient de situations fortes sur le marché
et donc peuvent répercuter sur le consommateur la hausse des
coûts, sous forme de prix plus chers. « Une inflation
galopante neutralisera partiellement la hausse de 30 % des
salaires des Egyptiens, et ainsi réduira leur pouvoir
d’achat », conclut le rapport. Une tournée aux marchés
assure cette conclusion. Ainsi les moyens de transports ont
connu des hausses de 25-50 piastres. En ce qui concerne les
produits alimentaires, le kilo de fèves a passé de 4,5 L.E.
à 6,5 L.E., les fromages ont augmenté enre 4 et 6 L.E. le
kilo et enfin les poulets de 4 L.E., le kilo.
Marwa
Hussein
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