Al-Ahram Hebdo, Egypte | Le silence autour d’une vague d’expropriations
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 14 au 20 mai 2008, numéro 714

 

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Egypte

Réaménagement. Un mystérieux projet de construction d’hôtels et de centres d’affaires dans la zone située entre Maspéro et Boulaq Aboul-Ela soulève les craintes des habitants.  

Le silence autour d’une vague d’expropriations 

A proximité de la corniche du Nil, à l’ouest du gouvernorat du Caire, se situent les régions de Maspéro et de Boulaq Aboul-Ela. Depuis quelques semaines, les habitants de ces deux régions vivent dans l’angoisse. Les habitants ont été surpris par la visite de représentants d’une société mystérieuse (la société Maspéro d’investissement immobilier), leur proposant l’achat de leurs maisons, leurs kiosques et leurs terrains. Selon les rumeurs, la région entière serait ensuite vendue à des hommes d’affaires et des investisseurs qui projettent de la réaménager et d’y construire des hôtels et un complexe de loisirs.

Située sur une superficie de 43 feddans, la région en question s’étend sous forme d’un triangle. Elle est limitée à l’ouest par la corniche du Nil, à l’Est par la rue commerciale du 26 Juillet et au sud par la rue Al-Galaa. C’est une région très vitale qui englobe entre autres le fameux bâtiment de la Radio et de la Télévision, le ministère de l’Information, et les imprimeries de la fondation Dar Al-Maaref. Dans les années 1960, plus précisément après la défaite de 1967, des familles venues du Delta s’y installent pour fuir la pauvreté et le chômage, dont la famille Abdel-Salam et celle d’Al-Chorafa. Pour eux, c’était une région idéale car située à proximité de l’autoroute qui mène à leurs villes natales dans le Delta et à proximité du centre-ville. Ces habitants ont racheté les terrains situés dans la zone et y ont construit des maisons et de petites échoppes. Aujourd’hui, la plupart des habitants sont de simples commerçants et des ouvriers journaliers. Les autres sont des immigrés venus du Delta et qui se sont installés dans la région après avoir passé des années à la recherche d’un emploi. Ils vivent dans de vieilles maisons composées de deux ou trois étages. « Nous possédons les terrains et les maisons avec des contrats authentifiés. Nous payons les taxes foncières, ce qui prouve que nos habitations sont légales et ne sont pas des zones sauvages », explique Abou-Ramadan qui possède 1 500 m2 sur lesquels il a construit 6 maisons.

Mais la vie des habitants s’est subitement transformée en cauchemar. « Le représentant de la société de Maspéro nous a exprimé l’intention de sa société de racheter les terrains. Mais nous refusons strictement de quitter les lieux », affirme Al-Sayed Mahmoud, un des habitants. D’après lui, la somme proposée est dérisoire comparée à la localisation de cette région tout proche du Nil. La société propose 3 000 L.E. par mètre carré de terrain. Or, les habitants estiment le prix du mètre à environ 15 000 L.E. « On nous dit que la société va nous faire partir pour vendre les lieux à des investisseurs arabes et construire un complexe hôtelier et de loisirs, ainsi que des centres d’affaires. Notre présence ici face au Nil semble déranger certains hommes d’affaires. Nous virer d’ici semble être la solution », lâche Oum Ahmad, habitante de la région, âgée de 65 ans et originaire de Ménoufiya. Les représentants de la société ont informé les habitants qu’il s’agit d’un projet de réaménagement et qu’ils devaient accepter les 3 000 L.E. sous peine de se voir confisquer les terrains pour utilité publique. Mais de quel plan de réaménagment s’agit-il ? Et pour le compte de qui agit cette société Maspéro ?

 

Black-out médiatique

L’affaire remonte en fait à 1999. A l’époque, le gouvernorat du Caire met en place un plan de réaménagement de la rive ouest de la corniche du Nil et de la région de Maspéro. Le plan en question prévoit la suppression des zones sauvages situées dans la région et la construction d’une zone résidentielle de luxe avec un centre commercial, un musée et un parking, ainsi qu’un complexe hôtelier et de loisirs. La société Maspéro, chargée aujourd’hui de la mise en œuvre de ce projet, est en réalité un consortium comprenant la Banque nationale, la banque Misr et la société Misr des assurances. Elle a été créée il y a deux mois en vertu de la loi 8/97 avec un capital de 150 millions de L.E. pour développer ces terrains.

Les habitants, quant à eux, ont peur. « Nous avons entendu dire que les imprimeries de la fondation Dar Al-Maaref et de l’imprimerie du magazine Octobre vont être fermées prochainement et que le bâtiment de la Radio et de la Télévision sera déplacé vers la cité du 6 Octobre. Quel sera donc notre sort ? Les responsables estiment que notre région est une zone sauvage ! », s’interroge Eid Abdel-Nabi, un des habitants. Ces craintes des habitants sont d’autant plus accrues que le projet dans son ensemble est enveloppé d’un black-out médiatique. Un responsable de la compagnie Maspéro, contacté au téléphone par Al-Ahram Hebdo, a refusé de parler, affirmant qu’il « n’avait aucune information à livrer ».

Les habitants, eux, se sont adressés aux députés de la circonscription. « Il y a un plan de réaménagement, mais il n’est pas question que les habitants soient expropriés ou déplacés sans leur approbation », a simplement répondu Hicham Moustapha Khalil, député du PND. Et d’ajouter : « La compagnie Maspéro doit trouver un arrangement avec les habitants et leur verser des indemnités égales à la valeur réelle des terrains et des bâtiments, même si certains ont construit des maisons non-réglementaires. Elle doit garantir aux habitants des logements et des infrastructures dans d’autres régions ». Les habitants, qui ne s’en tiendront pas à ces paroles, ont décidé d’organiser des manifestations si les autorités interviennent pour les obliger à quitter les lieux pour intérêt public. « Nous ne voulons ni argent ni appartements. Nous sommes des gens modestes, on n’a pas de piston. Notre seul moyen est de manifester notre colère ».

Héba Nasreddine

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