Médicaments.
Le Syndicat des pharmaciens essaye d’imposer une réduction
de prix sur une quarantaine de produits pour contrer les
retombées d’un accord conclu entre le ministère de la Santé
et des multinationales pharmaceutiques.
Le remède introuvable
Le Syndicat des pharmaciens a publié une liste comprenant «
les nouveaux prix » de 36 médicaments produits par des
firmes internationales. Les pharmaciens sont appelés à ne
pas traiter avec les firmes qui refusent de « respecter » la
décision du syndicat. La démarche est estimée pas très
légale, puisque c’est le ministère de la Santé qui a
l’autorité de fixer les prix des médicaments. Les
pharmaciens, eux, sont divisés, certains affirment leur
intention de suivre la décision de leur syndicat, d’autres
sont plus pragmatiques et pensent que la démarche syndicale
n’aura aucun effet sur le terrain. En effet, la décision du
syndicat de mettre les firmes pharmaceutiques devant le fait
accompli en réduisant unilatéralement le prix de leurs
produits est intervenue à la suite de l’accord conclu entre
le ministère de la Santé et certaines firmes multinationales
pour fournir à l’Organisme d’assurance médicale 107
médicaments à des réductions de près de 40 %. Ces
médicaments qui ne seraient vendus qu’à certaines pharmacies
désignées par l’Organisme d’assurance sont destinés aux
citoyens bénéficiaires du système de couverture médicale qui
vise notamment les fonctionnaires et les étudiants entre
autres catégories. Ces 107 médicaments qui seront introduits
sur le marché traitent notamment le diabète, la cirrhose du
foie, les maladies des reins et certains cancers. Cet accord
impose une concurrence « injuste » aux sociétés
pharmaceutiques locales, ainsi qu’aux pharmacies qui ne font
pas partie du système d’assurance.
Les répercussions de cet accord ont été considérables.
Depuis, c’est la grogne qui règne au sein des sociétés
pharmaceutiques nationales et dans les milieux syndicaux.
Les pharmaciens ont tenu plusieurs réunions où ils ont
exprimé leur rejet de cet accord qu’ils estiment menaçant
pour leurs intérêts.
Dans une tentative de les apaiser, le ministre de la Santé a
décidé de limiter la réduction des prix de ces médicaments à
26 % (au lieu de 40 %), une décision qui a été jugée
insuffisante par le syndicat. « C’est du bluff. Nous
n’accepterons que l’annulation pure et simple de cet accord
», explique Mahmoud Abdel-Maqsoud,
secrétaire général du syndicat. « L’Organisme d’assurance
médicale est une instance qui vise à donner un service
médical et non à acheter et vendre des médicaments. Ces
médicaments doivent être vendus dans toutes les pharmacies
au même prix », ajoute Abdel-Maqsoud.
L’Organisme d’assurance médicale est une instance
gouvernementale dépendant du ministère de la Santé. Deux
adjudications y sont lancées chaque année pour choisir les
fournisseurs. D’habitude, ce sont des sociétés nationales
qui gagnent les appels d’offre. Cependant, le ministre de la
Santé, Hatem Al-Gabali, a désigné des multinationales qui
avaient proposé de grandes réductions en dehors des
adjudications habituelles.
« Les sociétés étrangères ont trouvé qu’elles avaient perdu
le marché égyptien, alors elles ont décidé de présenter des
réductions incroyables qui auront certainement un impact
négatif sur nous », explique le Dr Ezzat, un responsable
dans une société locale. Mais, selon les responsables de
l’Organisme d’assurance, cette décision est avant tout prise
en faveur des clients et ne vise point à désavantager les
sociétés nationales. « Nous avons reçu plusieurs plaintes de
la part des bénéficiaires de notre service pour élargir le
panel des médicaments inclus dans le système d’assurance.
Grâce à cet accord, les bénéficiaires auront droit à une
amélioration du service », affirme Saïd Rateb, PDG de
l’organisme. « Nous comptons primordialement sur les
produits pharmaceutiques locaux », insiste Rateb. Pour lui,
créer une concurrence pour avoir les meilleurs prix est une
mesure légitime adoptée dans le monde entier pour le profit
des citoyens.
Mais les pharmaciens se sont engagés dans une surenchère en
revendiquant qu’une réduction semblable soit adoptée en
faveur de tous les citoyens et non seulement ceux d’entre
eux couverts par la sécurité médicale.
Entre la décision du ministère de limiter la réduction des
prix à 26 % et celle du syndicat d’imposer une réduction
sans consulter les producteurs, la crise semble loin d’être
réglée.
Sabah
Sabet