Al-Ahram Hebdo, Egypte | Le remède introuvable
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 Semaine du 14 au 20 mai 2008, numéro 714

 

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Egypte

Médicaments. Le Syndicat des pharmaciens essaye d’imposer une réduction de prix sur une quarantaine de produits pour contrer les retombées d’un accord conclu entre le ministère de la Santé et des multinationales pharmaceutiques.  

Le remède introuvable 

Le Syndicat des pharmaciens a publié une liste comprenant « les nouveaux prix » de 36 médicaments produits par des firmes internationales. Les pharmaciens sont appelés à ne pas traiter avec les firmes qui refusent de « respecter » la décision du syndicat. La démarche est estimée pas très légale, puisque c’est le ministère de la Santé qui a l’autorité de fixer les prix des médicaments. Les pharmaciens, eux, sont divisés, certains affirment leur intention de suivre la décision de leur syndicat, d’autres sont plus pragmatiques et pensent que la démarche syndicale n’aura aucun effet sur le terrain. En effet, la décision du syndicat de mettre les firmes pharmaceutiques devant le fait accompli en réduisant unilatéralement le prix de leurs produits est intervenue à la suite de l’accord conclu entre le ministère de la Santé et certaines firmes multinationales pour fournir à l’Organisme d’assurance médicale 107 médicaments à des réductions de près de 40 %. Ces médicaments qui ne seraient vendus qu’à certaines pharmacies désignées par l’Organisme d’assurance sont destinés aux citoyens bénéficiaires du système de couverture médicale qui vise notamment les fonctionnaires et les étudiants entre autres catégories. Ces 107 médicaments qui seront introduits sur le marché traitent notamment le diabète, la cirrhose du foie, les maladies des reins et certains cancers. Cet accord impose une concurrence « injuste » aux sociétés pharmaceutiques locales, ainsi qu’aux pharmacies qui ne font pas partie du système d’assurance.

Les répercussions de cet accord ont été considérables. Depuis, c’est la grogne qui règne au sein des sociétés pharmaceutiques nationales et dans les milieux syndicaux. Les pharmaciens ont tenu plusieurs réunions où ils ont exprimé leur rejet de cet accord qu’ils estiment menaçant pour leurs intérêts.

Dans une tentative de les apaiser, le ministre de la Santé a décidé de limiter la réduction des prix de ces médicaments à 26 % (au lieu de 40 %), une décision qui a été jugée insuffisante par le syndicat. « C’est du bluff. Nous n’accepterons que l’annulation pure et simple de cet accord », explique Mahmoud Abdel-Maqsoud, secrétaire général du syndicat. « L’Organisme d’assurance médicale est une instance qui vise à donner un service médical et non à acheter et vendre des médicaments. Ces médicaments doivent être vendus dans toutes les pharmacies au même prix », ajoute Abdel-Maqsoud.

L’Organisme d’assurance médicale est une instance gouvernementale dépendant du ministère de la Santé. Deux adjudications y sont lancées chaque année pour choisir les fournisseurs. D’habitude, ce sont des sociétés nationales qui gagnent les appels d’offre. Cependant, le ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, a désigné des multinationales qui avaient proposé de grandes réductions en dehors des adjudications habituelles.

« Les sociétés étrangères ont trouvé qu’elles avaient perdu le marché égyptien, alors elles ont décidé de présenter des réductions incroyables qui auront certainement un impact négatif sur nous », explique le Dr Ezzat, un responsable dans une société locale. Mais, selon les responsables de l’Organisme d’assurance, cette décision est avant tout prise en faveur des clients et ne vise point à désavantager les sociétés nationales. « Nous avons reçu plusieurs plaintes de la part des bénéficiaires de notre service pour élargir le panel des médicaments inclus dans le système d’assurance. Grâce à cet accord, les bénéficiaires auront droit à une amélioration du service », affirme Saïd Rateb, PDG de l’organisme. « Nous comptons primordialement sur les produits pharmaceutiques locaux », insiste Rateb. Pour lui, créer une concurrence pour avoir les meilleurs prix est une mesure légitime adoptée dans le monde entier pour le profit des citoyens.

Mais les pharmaciens se sont engagés dans une surenchère en revendiquant qu’une réduction semblable soit adoptée en faveur de tous les citoyens et non seulement ceux d’entre eux couverts par la sécurité médicale.

Entre la décision du ministère de limiter la réduction des prix à 26 % et celle du syndicat d’imposer une réduction sans consulter les producteurs, la crise semble loin d’être réglée.

Sabah Sabet

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