Education.
Le président Moubarak a inauguré cette semaine la première
Conférence nationale pour la réforme de l’enseignement
secondaire. Le système « intouchable » du baccalauréat est
au cœur du débat.
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«
Nous avons besoin d’un enseignement secondaire qui réponde
aux évolutions actuelles et aux exigences du marché de
l’emploi », a déclaré samedi le président Moubarak lors de
l’ouverture de la Conférence nationale pour la réforme de
l’enseignement secondaire tenue au Palais des congrès de
l’Université d’Al-Azhar. Pendant trois jours, les
conférenciers ont discuté des stratégies à adopter pour
parvenir à cette fin. Les ministres de l’Education et de
l’Enseignement supérieur ainsi qu’un grand nombre
d’intellectuels et de spécialistes en pédagogie ont pris
part aux débats.
Cette conférence qui a été organisée à la demande du
président Moubarak s’est notamment penchée sur le système
d’évaluation au baccalauréat et d’admission aux universités.
Le nouveau système proposé lors de cette conférence est le
fruit de cinq ans d’études mises au point par la commission
de l’enseignement dépendant du PND en coordination avec les
deux ministères concernés, les commissions de l’enseignement
à l’Assemblée du peuple et au Conseil consultatif, et les
conseils nationaux spécialisés. L’objectif était de
soumettre ce système à une large discussion de la part des
spécialistes. Ce système, au cas où il serait adopté par
l’Assemblée du peuple, devrait être appliqué dès la rentrée
scolaire 2010/2011.
Le système d’évaluation appliqué actuellement au
baccalauréat repose uniquement sur les examens écrits que
les lycéens passent à la fin de l’année. Alors que le
nouveau système propose une évaluation continue qui
s’étendrait sur les trois années du cycle secondaire. «
D’autres critères seront également pris en considération,
comme les talents des lycéens dans les diverses disciplines,
notamment le sport, la musique ou les diverses activités,
mais aussi la participation en classe et la discipline »,
explique Mohamad Al-Mofti, membre de la commission de
l’enseignement au PND.
En fait, la répartition des notes proposée n’accorderait aux
examens écrits et oraux que 30 % de la note totale, laissant
70 % aux activités, à la participation et la « discipline ».
Des notions assez vagues pour conquérir la confiance de ceux
qui défendent le système classique qui immunise les élèves
contre les estimations ou les avis personnels des
professeurs. En outre, les lycéens auront le droit de
choisir entre plusieurs matières en fonction de la nature
des études qu’ils souhaitent poursuivre. Leur orientation
sera assurée à titre individuel par des pédagogues
professionnels, prévoit-on.
Un système très efficace selon un groupe de spécialistes qui
pensent qu’il contribue à soulager les élèves de la pression
des examens écrits, qui ont été jusqu’ici le seul moyen
d’évaluation, et à mettre fin aux scènes dramatiques qui
marquent la saison du bac telles que les cas de suicide et
d’évanouissement dans les salles d’examens. Les défenseurs
du nouveau système pensent également qu’il aidera à lutter
contre les cours particuliers qui pompent les revenus des
parents.
D’autres spécialistes se montrent plus sceptiques. C’est le
cas de Mohamad Abdel-Zaher, pédagogue qui a participé à la
conférence. « Comment peut-on parler de participation et
d’activités dans des classes qui comptent 60 ou 70 élèves.
Ce système peut s’appliquer dans des classes qui comptent
une vingtaine d’élèves. Les professeurs peuvent dans ce cas
être en contact direct avec les élèves, ce qui lui permet
d’évaluer les points faibles et les points forts de chacun
», critique Abdel-Zaher. Hanane Hafez, professeure à la
faculté de pédagogie de l’Université de Aïn-Chams, qui a
également participé à la conférence, rejoint son point de
vue. Elle note que le système d’évaluation proposé risque,
au contraire, de favoriser le phénomène des cours privés. «
Les notes d’évaluation dépendront de l’enseignant. Il sera
donc très facile de prendre une leçon particulière pour
avoir la cote du prof et gagner ses faveurs »,
prévient-elle. L’introduction des examens oraux représente
d’après certains une autre « faille ». « Ce genre de tests
ouvre la porte au piston, surtout dans les examens oraux,
c’est une atteinte à l’égalité des chances », assure
Abdel-Salam Abdel-Ghaffar, pédagogue.
Outre la question épineuse du bac, le plan de réforme
proposé envisage également de faire en sorte de lier
l’enseignement secondaire aux besoins du marché de l’emploi.
Les lycéens seront informés de ces besoins et des débouchés
possibles dans le but de les aider à choisir des spécialités
qui leur garantissent une chance d’emploi et non pas
uniquement des facultés de prestige. D’où le besoin de
réformer le secteur de l’enseignement technique, qui est
toujours considéré par la majorité des jeunes comme un
enseignement de troisième catégorie. Aujourd’hui, près de
900 000 lycéens sont inscrits dans des lycées appartenant à
ce genre d’enseignement. Les trois grandes spécialisations
sont l’industrie, le commerce et l’agriculture. « Le plan de
réforme consiste à signer une coopération avec le ministère
du Commerce et de l’Industrie et avec l’Union des industries
afin de moderniser les programmes de façon à répondre aux
exigences du marché de l’emploi et aider également ces
écoles à se procurer les équipements nécessaires et à
organiser des stages de formation pratique dans les usines
», assure Abdel-Samie Hamza, du ministère de l’Education.
Réforme ambitieuse mais reste à savoir si elle réussira à
changer les mentalités qui visiblement ne sont pas encore
prêtes à digérer les changements radicaux.
Mirande Youssef