Essence.
L’augmentation des prix a entraîné une hausse simultanée des tarifs des moyens
de transports et donné lieu à des altercations entre chauffeurs des transports
en commun et usagers.
Surchauffe sur les routes
Dans
une station d’essence à Madinet Nasr au Caire, une file d’attente de plusieurs
véhicules. Ce sont des chauffeurs de taxis venus s’approvisionner en essence 80
octanes. « De l’essence 80 octanes ? Nous n’en avons pas. Allez voir la station
de la rue voisine », leur dit l’employé de la station. Les chauffeurs,
frustrés, protestent et haussent la voix. Certains font marche arrière pour
rebrousser chemin et la pagaille s’installe. Cette scène s’est répétée tout au
long de la semaine. Depuis l’annonce par le gouvernement de la hausse des prix
de l’essence 90, 92 et 95 octanes, les chauffeurs de taxis et de microbus se
sont rabattus sur l’essence 80 octanes, la seule exclue de la hausse. Mais
celle-ci est quasiment introuvable. « Le gouvernement nous prend, semble-t-il,
pour des imbéciles ? Très peu de stations-services vendent encore la 80 octanes
», lance Mohamad chauffeur de taxis.
Le 6
mai, le gouvernement annonce une série de mesures afin de fournir les
ressources nécessaires à la hausse des salaires de 30 % décidée par le
président Moubarak, le 1er mai. Parmi ces mesures, une augmentation des prix de
certains produits, comme les cigarettes et les produits pétroliers. Ainsi, le
gasoil et le kérosène ont augmenté de 35 piastres (par litre). Ils sont vendus
à 110 piastres au lieu de 75 piastres. Ces deux variétés de carburants sont
utilisés par les microbus, les camions et les autobus de transport public. L’essence
90 et 92 octanes a connu une hausse de 45 piastres. Un litre de 90 octanes est
vendu aujourd’hui à 175 piastres au lieu de 130 et la 92 est vendue à 185
piastres. Quant à l’essence 95 octanes, utilisée par les voitures de luxe, elle
est vendue 275 piastres au lieu de 175 piastres.
Du
coup, dans les quelques stations-services qui vendent la 80 octanes, des files
d’attente de véhicules de transport en commun se forment dès 6h du matin. Ces
stations se transforment en véritable champ de bataille. « Après la hausse des
prix, beaucoup de chauffeurs se sont rabattus sur la 80 octanes, mais les
quantités dont nous disposons sont limitées », affirme le propriétaire de l’une
de ces stations. « De grandes quantités de cette essence sont consommées par
les véhicules du gouvernement comme les véhicules de police et les forces
armées afin de ne pas augmenter le budget de ces institutions », ajoute le
propriétaire de la station, en expliquant qu’avant le 6 mai, la station était
approvisionnée par 400 000 litres par jour : « Aujourd’hui, on ne reçoit que
200 000 litres, et parfois, on ne les obtient pas ».
Face à
cette pénurie, toutes les astuces sont bonnes pour les chauffeurs de taxis. Certains
d’entre eux n’hésitent pas à donner de l’argent aux employés des
stations-services pour qu’ils leur vendent de l’essence 80 sans être obligés de
faire la queue. D’autres chauffeurs envisagent d’équiper leurs véhicules en gaz
naturel. L’augmentation des prix des produits pétroliers a provoqué une hausse
des prix des tarifs des transports publics. Les usagers des autobus publics
paient désormais 10 à 25 piastres de plus. Pour les minibus, l’augmentation est
de 50 piastres pour les longs trajets. Le ticket d’autobus climatisé est passé
de 2 à 3 L.E. Quant aux usagers des microbus, ils paient de 10 % à 20 % de plus
selon l’itinéraire.
« Pour
faire 5 fois le chemin Ramsès-Haram et vice versa, j’ai besoin de 50 litres de
gasoil. Autrefois, je payais 38 L.E. Aujourd’hui, je dois payer 55 L.E. »,
assure Hassan, conducteur de microbus. Du côté des usagers, on se plaint de la
hausse des prix. « Nous avons été surpris par ces tarifs. Nous n’avons pas
encore touché la prime de 30 % promise par le gouvernement », s’insurge Fatma,
fonctionnaire qui touche un salaire mensuel de 500 L.E. Des accrochages entre
chauffeurs et usagers ont éclaté à l’issue de ces augmentations. Le
gouvernement avait annoncé que l’effet causé par la hausse des prix des
carburants ne sera pas ressenti par la population étant donné qu’en
contrepartie il y a une hausse de 30 % des salaires.
Des
députés ont mis en garde contre la hausse incessante des prix. « Les gens ne
supporteront pas infiniment cette hausse. Et on peut s’attendre à une nouvelle
hausse des prix à l’occasion du mois du jeûne, le Ramadan. Les citoyens
n’auront alors aucune autre solution que se révolter à l’instar de ce qui s’est
passé en 1977 », estiment les députés.
Héba Nasreddine