Forum Economique Mondial.
Ahmad Galal,
directeur du Forum (égyptien) de recherche économique, fait
le point sur les défis qu’affronte le Moyen-Orient.
« Nous n’arrivons pas à diriger
le processus économique afin
de générer
plus d’intérêt pour la région »
Al-Ahram
Hebdo : Pensez-vous que grâce aux revenus pétroliers en
hausse et à l’excès de liquidité, la région est à l’abri
d’une crise économique ?
Ahmad Galal :
Le pétrole seul ne garantit pas la réussite du processus de
développement. Car les ressources naturelles ralentissent
parfois les efforts de développement. Les pays qui en
possèdent dépendent d’elles pour se développer et
s’enrichir. Et cela n’est pas adéquat. Ce qui compte, c’est
l’installation de règles politiques et institutionnelles qui
dirigent l’économie. Le fait, donc, de répéter que la région
du Moyen-Orient est actuellement stable et sécurisée en
raison du pétrole qu’elle possède est un argument incorrect.
Le Moyen-Orient n’est pas détaché du monde. L’économie
américaine, avec son volume énorme, est liée à la grande
majorité des économies du monde, les pays de la région ne
font pas exception.
— Alors comment faire pour affronter cette crise mondiale ?
— D’abord, nous ne pouvons pas placer tous les pays de la
région dans un seul panier. Leurs économies ne sont pas
identiques. Chaque pays de ce groupe doit agir selon ses
conditions.
— D’accord, mais comment ?
— Les pays pétroliers doivent varier leur production. La
grande part du PIB de ces pays provient des ressources
pétrolières, un véritable risque, car ces ressources
s’épuiseront. De plus, ils ne possèdent pas la main-d’œuvre
nécessaire au développement. Il y a un autre groupe pauvre
en ressources naturelles, mais qui possède une grande
richesse de main-d’œuvre comme l’Egypte, le Maroc, la
Jordanie et la Syrie. Le défi est de réaliser une croissance
capable de créer des emplois. Au début des réformes, ce qui
comptait était le volume d’investissement mais maintenant,
il faut s’intéresser à d’autres questions plus importantes,
à savoir le lieu — dans le Delta ou dans la Haute-Egypte —
et s’ils sont capables de générer des offres d’emplois ou
non, et ainsi de suite. Pour l’Algérie et l’Iraq, il faut
régler la crise politique.
— Le niveau de l’éducation dans la région est encore
faible. Est-ce un obstacle pour les afflux des
investissements ?
— Je dois d’abord signaler que la région du Moyen-Orient a
beaucoup investi dans l’enseignement au cours des trente
dernières années. Le taux des dépenses gouvernementales dans
l’enseignement dans la région a atteint 5 % du PIB, alors
que la moyenne mondiale s’aligne à 3 %. Et selon les
statistiques officielles, même dans les périodes où les
revenus ont chuté, les dépenses dans l’enseignement n’ont
pas chuté. Et le nombre des filles recevant une éducation a
dépassé celui des garçons, même
en Arabie saoudite. Or, il n’y a pas eu de résultats
positifs pour cette performance. Pas de croissance, pas
d’amélioration des revenus et pas de réduction du taux de
pauvreté. C’est pourquoi les investissements risquent de ne
plus venir dans la région.
— Alors que manque-t-il à la région pour devenir une
force compétitive dans le monde ?
— Les capacités du Moyen-Orient sont beaucoup plus élevées
que ce qu’il a pu réaliser jusqu’à maintenant. Nous
possédons les ressources naturelles et la main-d’œuvre
qualifiée, mais nous n’arrivons pas à diriger le processus
économique dans la région afin de générer plus d’intérêt
pour la région. On doit profiter des expériences des autres
pays. Et le plus important est qu’il ne faut pas
s’intéresser seulement à réaliser la croissance. Il faut
aussi s’intéresser plus aux résultats de cette croissance.
Propos recueillis par
Névine
Kamel