Société. Une de nos lectrices exprime son inquiétude face à la flambée des prix, notamment ceux de l’essence, qui risquent d’entraîner une augmentation du prix de nombreux produits.

 

Faux semblants

 

A l’occasion de la Fête du travail, le président Moubarak a annoncé que la prime annuelle pour les employés du gouvernement serait augmentée de 30 %, ceci pour que les citoyens puissent affronter la hausse monstrueuse des prix. Au début, j’étais bien contente de cette décision, mais après peu de temps, ce sentiment a disparu. J’étais en effet un peu sceptique, je savais qu’avec cette augmentation des salaires, une autre augmentation aurait lieu, mais dans les prix et peut-être la hausse des prix dépasserait cette somme offerte par l’Etat. Et lundi soir, mes soupçons sont devenus réels : le premier ministre, Ahmad Nazif, a annoncé une augmentation des prix de l’essence, une augmentation des taxes sur les écoles et les universités privées et les cigarettes, ainsi que sur les vignettes automobiles. Le gouvernement a expliqué que cette augmentation était nécessaire pour pouvoir financer des primes annoncées par le président de la République. Le premier ministre a indiqué que cette augmentation ne toucherait pas les pauvres. « C’est un moyen de prendre aux riches pour donner aux pauvres », a-t-il annoncé. Mais est-ce que vraiment les pauvres ont été épargnés ? J’affirme que non, car le fait d’augmenter les prix de l’essence implique une augmentation du prix des microbus, qui sont le moyen de transport des pauvres, et des frais de transport sur les marchandises. Donc, les marchands vont augmenter le prix des légumes et des fruits. Chaque jour, l’on risquera d’entendre une autre augmentation d’autres produits. A mon avis, je crois que la classe moyenne est la plus touchée par cette augmentation, les gens appartenant à cette catégorie vont souffrir, car la plupart d’eux ont des voitures, et dans la plupart des cas, les propriétaires l’ont achetée à crédit. Ainsi, ils ne peuvent pas supporter d’autres augmentations de prix. Je crois que si la situation persiste, la classe moyenne va disparaître et il ne restera que les plus riches et les plus pauvres.

Pourquoi le gouvernement n’impose-t-il pas les grandes usines qui monopolisent certaines matières, ou les grands projets touristiques et immobiliers ? On doit trouver des remèdes, et je pense qu’un contrôle bien ferme sur les marchés est indispensable pour éviter que des marchands avides profitent de la situation. Les journaux devraient publier les prix déterminés par le gouvernement pour chaque produit. Ensuite, je demande aux hommes d’affaires, surtout ceux qui monopolisent certains produits, d’avoir pitié du peuple qui souffre pour obtenir quelques galettes de pain.

Gamila Hassan,
Alexandrie.

 

 

 

Incompréhension

 

La lettre Le principe de la réciprocité, au numéro 711, de votre lecteur Ashraf Sabri, m’a infiniment touchée. Ces contrôles sont incompréhensibles d’autant plus qu’il s’agit d’une si grande personnalité. Je voudrais simplement dire à ce lecteur que nous, Suisses, qui ne sommes pas dans l’Europe, nous trouvons dans la file, souvent très longue, des voyageurs n’en faisant partie. Nous sommes contrôlés tout autant que ceux que vous appelez « nous les Arabes ».

Je lis votre journal en ligne avec un immense intérêt, étant une fervente amie de votre peuple et de votre pays. Je suis en conséquence tout à fait solidaire avec votre lecteur et quelque part heureuse que certains aéroports nous traitent, nous les Suisses, de la même façon que vous.

Roberta Nordmann,
Lausanne.

 

 

Le social avant tout

 

Ma ville natale est Mit Salsil, dans le gouvernorat de Daqahliya. La ville est nommée « le pays de la science », elle compte près de 30 mosquées et dans chacune d’elles, il y a un comité chargé de l’aumône, qui fait une étude sociale sur chaque famille pour lui offrir les services nécessaires et des revenus mensuels.

Le rôle de ces comités consiste aussi à financer les frais de certaines opérations chirurgicales qui dépassent les capacités des familles. Nos mosquées ont aidé plusieurs personnes à trouver un emploi. Dans les domaines des frais de scolarité, des sommes d’argent sont allouées à l’achat de livres scolaires et de vêtements. Des cours particuliers sont organisés gratuitement pour les élèves. Durant le mois sacré de Ramadan et à l’occasion du petit et du grand Baïram, ces mosquées offrent des produits alimentaires. Pour conclure, je souhaite que les activités de charité pratiquées dans ma ville se répètent dans les autres mosquées et tout autre lieu qui a la capacité de jouer le même rôle.

Ossama Badawi,
Nouveau Caire.

 

 

Le Nord n’est pas l’eldorado

 

Sans aucun doute, l’immigration est un phénomène humain et un droit licite pour quiconque, et que les peuples de la Terre ont connu depuis longtemps. Mais aujourd’hui, la situation est totalement différente. Il s’agit de l’immigration illégale dont certains pays européens et d’autres régions souffrent fortement depuis des années. Des milliers de jeunes Arabes et Africains quittent leur pays chaque année, partant en voyage si risqué et prenant la destination du nord. En effet, en ces voyages rien n’est garanti, au contraire, ils risquent tout. Même s’ils y arrivent enfin, ce n’est pas fini, parce que ces clandestins pourraient tout simplement être arrêtés, et partir reconduits dans leur patrie. Quelle déception ! Oui, car à ce moment-là, la plupart des revenants préfèrent la mort au retour honteux.

Je ne veux pas parler des motifs très connus de l’immigration, mais j’ai une petite question : qui en est vraiment responsable dès le début ? En vérité, je crois que la réponse remonte à une époque qui n’est pas loin. Je veux dire que les pays colonisateurs européens, qui subissent actuellement les effets de ce phénomène, assument eux-mêmes une grande partie de cette responsabilité, et c’était clair après avoir quitté les pays colonisés à titre d’exemple en Afrique, tout absorbé dans leurs soucis et leurs problèmes permanents, tels que la pauvreté, l’ignorance et l’absence de sécurité dans quelques pays où règnent toujours les conflits, et c’est pourquoi le jeune Africain part en Europe dans l’espoir de réaliser ses rêves, à la recherche de sécurité et de stabilité. En conséquence, après la longue période d’occupation et d’exploitation des richesses et des fortunes de ces pays. Je crois que l’Europe a envers ces pays une immense dette. Mais ce qui est très lamentable, c’est le départ de penseurs, de chercheurs et de scientifiques africains en Europe et aux Etats-Unis, tandis que leur continent est actuellement dans un besoin pressant d’esprits créatifs.

Les pays développés du Nord ne sont ni le paradis ni l’eldorado. Il y a toujours tant d’obstacles que l’immigrant devra confronter pour qu’il puisse enfin s’accommoder à sa nouvelle vie. Il faut que l’on se tourne vers sa patrie, à laquelle on doit vraiment toute la vie, à laquelle l’on doit croire. On peut rallumer la torche éteinte de nos grandes civilisations, là où on pourrait alors éprouver le vrai sens du bonheur et du contentement.

Saleh Karam Saleh,
Zagazig.