Nakba.
Historiens et juristes ont affirmé la validité juridique du
droit au retour des réfugiés lors d’une conférence sur les
réfugiés de la Palestine tenue à l’Unesco.
Extraits
du débat hautement significatif.
Les réfugiés au cœur du problème
Lors
des allocutions et des diverses interventions de la séance
inaugurale, les intervenants ont estimé urgent de trouver
une issue à la question des réfugiés de Palestine, 60 ans
après leur exode. La réunion avait été ouverte par Angela
Kane, sous-secrétaire aux affaires politiques des
Nations-Unies, s’exprimant au nom du secrétaire général
de l’Onu, Ban Ki-moon. Elle a souligné que le Proche-Orient
ne connaîtrait pas de paix durable tant que la question des
réfugiés ne serait pas réglée. Elias Sanbar, observateur
permanent de la Palestine à l’Unesco, a rappelé au nom du
président palestinien Mahmoud Abbass que trois générations
vivent toujours dans l’attente du retour.
Parmi les six experts invités, Susan Akram, professeur à la
faculté de droit de l’Université de Boston, a examiné en
détail les arguments juridiques mis en avant par certains
Israéliens pour justifier l’absence de droit au retour des
Palestiniens, alors que les juifs du monde entier
bénéficient quant à eux d’un tel droit. Les opposants au
droit au retour des Palestiniens expliquent par exemple que
ceux-ci ont été déplacés au cours d’une guerre défensive et
qu’aucun droit de l’homme ne prévoit de droit au retour
automatique des réfugiés. Et si un tel droit existe, il ne
s’appliquerait qu’aux individus et pas à une population
entière. Mme Akram a souligné à l’inverse que le droit
humanitaire ne distinguait pas les déplacements forcés ou
volontaires de populations. Selon elle, les provisions
concernant le droit au retour concernent toutes les
catégories de personnes, qu’elles soient civiles ou
combattantes. Elle a dénoncé l’utilisation « hypocrite » du
droit pour justifier les droits des uns contre ceux des
autres.
Salman Abou-Sitta, chercheur et ancien membre du Conseil
national palestinien, a constaté que bien que le territoire
palestinien ait été conquis, sa population a été multipliée
par 15 en six décennies, 50 % vivant encore sur le
territoire de la Palestine historique. Il a dénoncé « une
mythologie fabriquée » selon laquelle le retour des réfugiés
serait impossible. Il s’est dit convaincu que ceux-ci ne
renonceraient jamais à leur droit de récupérer leurs biens.
Michael Fischbach, professeur d’histoire, au Randolph-Macon
College (Virginie) a brossé un tableau historique complet de
la période allant de 1948 à 1951, des années qui ont vu la
genèse du problème non résolu à ce jour des réfugiés
palestiniens. Après avoir rappelé l’immigration juive en
Palestine et l’acquisition de terres par le mouvement
sioniste avec l’appui de la puissance mandataire britannique
sur la région, Fischbach a souligné qu’en 1947, les juifs
constituaient le tiers de la population totale et qu’ils
possédaient 20 % des terres. Lors de l’armistice de 1949,
les forces israéliennes contrôlaient 77 % de la Palestine
mandataire, territoire qui est devenu le nouvel Etat hébreu.
Aucun Etat arabe palestinien comparable n’a été créé dans le
même temps et la guerre a été pleurée comme la plus terrible
des catastrophes (la Nakba) par les Palestiniens, a encore
rappelé l’orateur.
Les
Palestiniens ayant fui la guerre étaient majoritairement des
paysans, ils ont tout perdu, se trouvant totalement démunis
sur le plan économique pour refaire leur vie dans les camps.
A l’inverse, pour les dirigeants sionistes, cet exode massif
a permis de résoudre un problème a priori insurmontable qui
était de créer un Etat hébreu, alors que la majorité de la
population était arabe, a noté l’orateur. Le maintien de la
nouvelle composition ethnique d’Israël est rapidement devenu
l’un des principaux objectifs stratégiques du nouvel Etat,
a-t-il souligné, ce qui a été fait par la confiscation des
biens des réfugiés et par l’interdiction de leur retour.
Daud
Abdullah, chercheur au Palestine Return Center, a estimé
qu’il ne fallait pas confondre la question du droit au
retour des réfugiés chez eux et la souveraineté d’un
éventuel Etat de Palestine. La souveraineté est un acte
politique par lequel un Etat étend son autorité reconnue sur
un territoire, alors que le droit au retour est un droit
inaliénable applicable à l’homme et son domicile quel que
soit le lieu où celui-ci se situe. Ainsi, la résolution 3
236 est particulièrement explicite sur le plan géographique.
Lorsque celle-ci appelle à un retour, cela implique à la
fois des zones se trouvant aujourd’hui en Israël tel qu’il
est défini par la résolution sur la partition de 1947 et les
frontières de facto d’Israël obtenues par la guerre de 1967
ou par la suite.
Par
conséquent, la résolution 3 236 est considérée comme l’un
des textes les plus fondamentaux concernant le droit au
retour des réfugiés, a indiqué l’orateur. Pourtant, selon
lui, aucun des accords de paix signés à ce jour ne reconnaît
et ne garantit les droits des Palestiniens. Ainsi, l’accord
de Camp David, signé en 1978, généralement considéré comme
l’un des plus réussis, prévoit que le sort des réfugiés de
la guerre de 1967 sera réglé par consensus entre les Etats
concernés. Cela revient, selon l’orateur, à donner un droit
de veto à Israël. En raison de cette aberration, une
résolution de l’Assemblée générale de l’Onu du 29 novembre
1978 a invalidé les accords de Camp David. L’Onu a en effet
estimé qu’aucun Etat n’avait le droit de déterminer l’avenir
du peuple palestinien et de ses droits inaliénables.