Nakba.
Baptisé lors du 60e anniversaire de la Nakba, le centre
Karmel pour les médias numériques libres s’attache au triple
credo de l’information à travers l’image, la liberté de la
presse et la redéfinition de l’histoire du génocide
palestinien.
Sensibiliser par la solidarité
«
C’est un projet avant tout humain, puis arabe et puis
évidemment pour moi, c’est aussi un projet patriotique »,
explique Bissan Edwan, chercheuse palestinienne spécialiste
des affaires israéliennes et directrice exécutive du centre
Karmel pour les médias numériques libres, une jeune femme
dans la trentaine qui travaille depuis plus de deux ans sur
la vision qui dit être celle de ce centre. « Karmel est une
organisation à but lucratif reconnu selon les lois
égyptiennes et qui opère pour la liberté d’expression arabe
et la liberté des médias indépendants ».
L’organisation, dont l’idée est née en mars 2008 chez un
groupe de jeunes Palestiniens et Egyptiens, est un projet
reposant sur quatre volets principaux : créer une agence de
presse sur Internet libre et indépendante, produire une
documentation numérique complète sur les sujets les plus
importants au monde arabe, assurer des services médiatiques
et consultatifs notamment aux ONG et créer une documentation
en ligne sur la question palestinienne. La date du
commencement du travail est prévue pour le 15 mai 2008, date
de l’exil palestinien ou de la « Nakba ». « Il est évident
que notre intérêt pour la question palestinienne est un
grand motif pour le travail de l’organisation. Le nom Karmel,
le mont palestinien occupé, en est la plus grande preuve.
Mais notre travail va au-delà de la sensibilisation à la
question, nous voulons créer l’exemple à suivre de médias
numériques sur Internet qui fournissent non seulement
l’information, mais aussi l’idée derrière l’événement, les
raisons qui l’ont engendré et les gens qui en sont les
victimes et qu’on mentionne rarement. Cela ne concerne pas
uniquement la Palestine, mais tout le monde arabe », ajoute
Bissan.
A
travers un groupe de jeunes volontaires, Karmel veut
également fournir une documentation complète et objective,
reposant sur des lois et respectant les chartes
internationales, du génocide palestinien depuis 1948
jusqu’aujourd’hui. Le centre, soucieux de l’image par
laquelle est présentée la question palestinienne dans les
médias arabes, veut en donner un angle différent. « Le
problème aujourd’hui avec les chaînes satellites arabes,
c’est l’extrême sensibilisation, même pour celles qui
soutiennent la question palestinienne. A force de voir les
images de meurtre, on devient saturé, on ne devient plus
sensible, ça commence à faire partie de notre quotidien,
même pour une Palestinienne comme moi ! », s’exclame Bissan.
« Bien que l’image soit un élément essentiel dans
l’information de Karmel, notre but n’est pas de montrer
l’horreur du génocide, mais de montrer la vie qui existait
avant qu’il n’ait lieu, de montrer quels êtres humains
étaient ces victimes. Nous le faisons à travers des
graphiques, des animations et des entretiens avec des
témoins. Il ne faut pas sensibiliser en brisant le cœur,
mais en créant une solidarité », ajoute-t-elle. Le monde
arabe, mais aussi le monde entier sont sur l’agenda
médiatique de Karmel qui sera financé uniquement par les
abonnements de ces lecteurs et par les services de formation
de journalistes et de reporteurs. L’interaction est le
mot-clé du projet et l’avis des lecteurs compte beaucoup. «
Avec le peu de financement qu’on a et notre bonne volonté,
nous voulons créer un château fort médiatique qui puisse
servir à tout le monde et correspondre aux différents
besoins, aussi bien au simple internaute qu’au chercheur qui
recueillit l’information objective pour sa recherche »,
déclare Bissan.
Une vision claire, de la bonne volonté, mais surtout un
travail sérieux, Karmel est une tentative de réconciliation
avec une situation qui s’aggrave sans cesse en Palestine et
au monde entier. Diffusée en arabe pour l’instant, prévue en
anglais, chinois, espagnol et français dans une prochaine
phase, Karmel sera peut-être la voix arabe libre et
indépendante tel qu’elle se décrit.
Dina
Abdel-Hakim