Serbie.
Les formations pro-européennes ont remporté une nette
victoire aux législatives anticipées,
conséquence de l’éclatement de la coalition au pouvoir sur
la question du Kosovo.
Belgrade se tourne vers l’UE
Considérées comme les plus importantes depuis huit ans, les
forces pro-européennes serbes ont remporté les législatives
anticipées de dimanche dernier contre les ultranationalistes
eurosceptiques. Ces élections ont été considérées comme un
référendum pour ou contre l’intégration à l’Union Européenne
(UE). « Les citoyens de la Serbie ont confirmé qu’ils
souhaitent que la Serbie fasse partie de l’Union européenne
», a déclaré le président Boris Tadic, en appelant à la
formation rapide d’un nouveau gouvernement. Pour former le
gouvernement, il a annoncé qu’il est prêt à discuter «
d’éventuelles coalitions » avec tous ceux qui respecteront
les principes suivants : l’adhésion à l’UE, la sauvegarde de
l’intégrité et de la souveraineté (de la Serbie),
l’amélioration du niveau de vie des citoyens, la lutte
contre le crime organisé et la corruption, et la poursuite
de la coopération avec le Tribunal pénal international.
Toutefois, Tadic a souligné que la voie de la Serbie vers
l’UE ne détournerait pas la coalition pro-européenne de
l’autre but stratégique, la sauvegarde de la souveraineté
serbe sur le Kosovo.
Le résultat des législatives constitue une surprise, alors
que les sondages avaient pronostiqué une légère avance des
ultra-nationalistes. En effet, ces élections ont été
convoquées pour régler la crise politique que la Serbie
traverse depuis mars, en raison de profondes divergences
entre pro-européens et nationalistes sur les relations avec
l’UE après l’indépendance du Kosovo proclamée le 17 février.
Il y a deux mois, le premier ministre nationaliste, Vojislav
Kostunica, a rompu son alliance avec les pro-européens
restés favorables au rapprochement avec l’UE malgré le
soutien de Bruxelles à l’indépendance du Kosovo, même s’ils
y sont eux aussi opposés.
A cet égard, une vraie question plane sur la vie politique.
Les pro-européens n’ont pas réussi à obtenir la majorité
absolue et devront trouver des partenaires pour former une
coalition gouvernementale, ce qui donnera lieu à de
difficiles négociations. « Le Parti démocratique (DS, de M.
Tadic) jouera un rôle-clé dans le futur gouvernement serbe
», a dit M. Tadic, en annonçant la victoire de son camp pour
admettre toutefois que « les négociations pour former un
gouvernement seraient difficiles. De sa part, le leader des
ultranationalistes serbes, Tomislav Nikolic, a averti
dimanche le président Tadic de ne pas se précipiter à
revendiquer la victoire aux législatives alors que la
formation d’un gouvernement pourrait s’avérer difficile ». «
Il existe une possible coalition sans le Parti démocratique
et nous avertissons la Serbie de cette possibilité », a
déclaré M. Nikolic du Parti radical serbe (SRS). « M. Tadic
devrait attendre que les autres partis discutent entre eux,
il devrait explorer sa capacité à former une coalition »,
a-t-il dit. Aussi, il a mis le président en garde contre
tout triomphalisme, affirmant que son parti était en mesure
de former une coalition avec comme partenaire possible le
Parti démocratique de Serbie (DSS) du premier ministre
sortant Vojislav Kostunica.
L’amertume ressentie par de nombreux Serbes après
l’indépendance du Kosovo semblait devoir profiter
principalement aux ultranationalistes. Belgrade, qui
souhaite montrer que le Kosovo est toujours sa province,
avait appelé les Serbes de ce territoire à participer au
vote de dimanche, un appel qui a été largement entendu. Les
autorités kosovares et la mission de l’Onu, qui administre
le Kosovo depuis la fin du conflit de 1998-1999, ont
qualifié cette initiative d’« illégale » sans toutefois s’y
opposer.
Maha
Salem