Israël.
Le pays risque de faire face à une nouvelle crise politique
à la suite d’un scandale de corruption qui implique le
premier ministre Ehud Olmert et qui fait craindre un nouvel
échec des négociations de paix.
Olmert en mauvaise posture
Les
israéliens étaient bien loin de penser que le coup d’envoi
des festivités en vue de commémorer l’anniversaire de la
création de l’Etat d’Israël le 14 mai 1948 allait être une
sorte de « Nakba » pour eux aussi. Le pays qui présentait en
façade une ambiance de fête laissait entrevoir toutefois un
climat tendu au sein de la population israélienne.
Alors qu’il s’exprimait jeudi pour ouvrir cette
commémoration, le chef du gouvernement Ehud Olmert a dû
simultanément s’expliquer sur un nouveau scandale de
corruption dans lequel il serait directement impliqué. En
effet, la police israélienne a divulgué une enquête sur des
pots-de-vin présumés émanant d’un homme d’affaires juif
américain, Morris Talansky. Le premier ministre, qui s’est
exprimé dans une brève allocution à la télévision, a nié ces
accusations à son encontre, tout en reconnaissant néanmoins
avoir reçu des contributions financières. « Je le dis à
chacun dans les yeux : je n’ai jamais pris de pots-de-vin,
je n’ai jamais empoché un shekel pour moi-même », a-t-il
déclaré. Selon un communiqué du ministère de la Justice,
Ehud Olmert est soupçonné d’avoir perçu des centaines de
milliers de dollars, alors qu’il était maire de Jérusalem et
ministre du Commerce et de l’Industrie, des sommes
considérées comme « importantes » et « non autorisées ». Le
premier ministre s’est justifié en expliquant que les sommes
perçues avaient servi à financer ses campagnes électorales
pour la mairie de Jérusalem en 1993, 1998, 1999 et 2002,
dans le cadre du parti de droite Likoud. Il s’est défendu de
s’être enrichi personnellement : « M. Talansky m’a aidé à
récolter des fonds pour la campagne électorale ». C’est sous
le nom de code de « blanchisseur » que cet homme d’affaires
et « fournisseur » Morris Talansky apparaîtrait dans les
documents rédigés par le secrétaire personnel d’E. Olmert,
et saisis par la police. Ce New-Yorkais de 75 ans a été le
trésorier d’une Fondation du nouveau Jérusalem créée par
Ehud Olmert alors qu’il était maire de la ville entre 1993
et 2003.
A l’annonce de ce nouveau scandale, la classe politique
israélienne et les médias nationaux se sont empressés de
réagir, appelant de manière quasi unanime à la démission du
chef du gouvernement et à des élections anticipées alors que
son mandat devrait s’achever en novembre 2010. Des députés
de l’opposition de droite ont réclamé par la voix du chef du
groupe parlementaire du Likoud, Gideon Saar « la démission
du gouvernement et la tenue d’élections anticipées » et
ajouté qu’au regard de la « gravité des soupçons qui pèsent
sur Olmert, il n’est pas dans la capacité d’assumer ses
fonctions ». Le secrétaire général du Parti travailliste,
Eytan Cabel, a quant à lui aussi exhorté E. Olmert à
démissionner, jugeant que « cette nouvelle enquête était la
goutte d’eau qui fait déborder le vase, vu l’accumulation
des affaires » dans lesquelles il est impliqué. Son parti,
Kadima, n’a fait de son côté aucune déclaration, observant
un silence face aux accusations. Le principal concerné a
rétorqué face à ces propositions de démission qu’il ne
démissionnerait que dans le cas où ces accusations
s’avéreraient fondées : « Si la justice décide de
m’inculper, je démissionnerai ».
L’opinion publique et la presse ont également montré leur
désir de le voir partir du pouvoir, s’acharnant de part et
d’autre contre lui au travers des médias.
Le processus de paix menacé
Pour beaucoup, l’inquiétude est grandissante face à la
révélation de ce nouveau scandale en ce qui concerne la
relance du processus de paix par l’Administration américaine
qui avait pour objectif de parvenir à un accord de paix
israélo-palestinien avant la fin de l’année.
Même si le président des Etats-Unis, George Bush, a déclaré
que les accusations visant le chef du gouvernement
relevaient du domaine des affaires intérieures et que sa
visite la semaine prochaine en Israël ne serait pas remise
en cause. L’Autorité palestinienne a pour sa part manifesté
son inquiétude face à la crise politique en Israël. Elle
craint que les négociations entreprises avec le gouvernement
Olmert, sous l’égide des Etats-Unis en novembre dernier, à
la conférence d’Annapolis, ne soient influencées par
l’instabilité politique qui règne en Israël « et mettent le
processus de paix entre parenthèses » entraînant « une
escalade des opérations militaires contre les Palestiniens
». Les efforts entrepris pourraient effectivement se voir
sérieusement menacés si Olmert en venait à quitter le
gouvernement. Ainsi, la chance de parvenir à un accord de
paix avant la fin du mandat de George Bush en 2009 serait
minime.
Olmert a assuré lors d’une allocution que « la solution au
conflit est à portée de main (…). Nous avons un dialogue
avec ceux qui comprennent ce langage, mais l’axe de la haine
et de la terreur dont nous connaissons la tête fait tout
pour empêcher cela ». Si Ehud Olmert en venait à
démissionner, il devrait être remplacé par son adjointe à la
tête du parti centriste, Kadima, la ministre des Affaires
étrangères Tzipi Livni. Cette dernière est très engagée dans
le processus de paix avec les Etats-Unis et l’Autorité
palestinienne. Mais beaucoup craignent que dans le cas où il
y aurait des élections anticipées, la droite, fermement
opposée à cet accord, n’en sorte vainqueur.
Depuis qu’il est au pouvoir, Ehud Olmert a fait l’objet de
quatre enquêtes portant sur des accusations de corruption,
des transactions immobilières frauduleuses et des
nominations politiques abusives entre autres. Ses
prédécesseurs à la tête du gouvernement, Ariel Sharon, Ehud
Barak et Benyamin Nentanyahu avaient auparavant été la cible
d’accusations similaires de corruption sans pour autant
déboucher sur des inculpations formelles.
Lynda
Kartout