Al-Ahram Hebdo,Monde |Olmert en mauvaise posture
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 14 au 20 mai 2008, numéro 714

 

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Monde

Israël. Le pays risque de faire face à une nouvelle crise politique à la suite d’un scandale de corruption qui implique le premier ministre Ehud Olmert et qui fait craindre un nouvel échec des négociations de paix.

Olmert en mauvaise posture

Les israéliens étaient bien loin de penser que le coup d’envoi des festivités en vue de commémorer l’anniversaire de la création de l’Etat d’Israël le 14 mai 1948 allait être une sorte de « Nakba » pour eux aussi. Le pays qui présentait en façade une ambiance de fête laissait entrevoir toutefois un climat tendu au sein de la population israélienne.

Alors qu’il s’exprimait jeudi pour ouvrir cette commémoration, le chef du gouvernement Ehud Olmert a dû simultanément s’expliquer sur un nouveau scandale de corruption dans lequel il serait directement impliqué. En effet, la police israélienne a divulgué une enquête sur des pots-de-vin présumés émanant d’un homme d’affaires juif américain, Morris Talansky. Le premier ministre, qui s’est exprimé dans une brève allocution à la télévision, a nié ces accusations à son encontre, tout en reconnaissant néanmoins avoir reçu des contributions financières. « Je le dis à chacun dans les yeux : je n’ai jamais pris de pots-de-vin, je n’ai jamais empoché un shekel pour moi-même », a-t-il déclaré. Selon un communiqué du ministère de la Justice, Ehud Olmert est soupçonné d’avoir perçu des centaines de milliers de dollars, alors qu’il était maire de Jérusalem et ministre du Commerce et de l’Industrie, des sommes considérées comme « importantes » et « non autorisées ». Le premier ministre s’est justifié en expliquant que les sommes perçues avaient servi à financer ses campagnes électorales pour la mairie de Jérusalem en 1993, 1998, 1999 et 2002, dans le cadre du parti de droite Likoud. Il s’est défendu de s’être enrichi personnellement : « M. Talansky m’a aidé à récolter des fonds pour la campagne électorale ». C’est sous le nom de code de « blanchisseur » que cet homme d’affaires et « fournisseur » Morris Talansky apparaîtrait dans les documents rédigés par le secrétaire personnel d’E. Olmert, et saisis par la police. Ce New-Yorkais de 75 ans a été le trésorier d’une Fondation du nouveau Jérusalem créée par Ehud Olmert alors qu’il était maire de la ville entre 1993 et 2003.

A l’annonce de ce nouveau scandale, la classe politique israélienne et les médias nationaux se sont empressés de réagir, appelant de manière quasi unanime à la démission du chef du gouvernement et à des élections anticipées alors que son mandat devrait s’achever en novembre 2010. Des députés de l’opposition de droite ont réclamé par la voix du chef du groupe parlementaire du Likoud, Gideon Saar « la démission du gouvernement et la tenue d’élections anticipées » et ajouté qu’au regard de la « gravité des soupçons qui pèsent sur Olmert, il n’est pas dans la capacité d’assumer ses fonctions ». Le secrétaire général du Parti travailliste, Eytan Cabel, a quant à lui aussi exhorté E. Olmert à démissionner, jugeant que « cette nouvelle enquête était la goutte d’eau qui fait déborder le vase, vu l’accumulation des affaires » dans lesquelles il est impliqué. Son parti, Kadima, n’a fait de son côté aucune déclaration, observant un silence face aux accusations. Le principal concerné a rétorqué face à ces propositions de démission qu’il ne démissionnerait que dans le cas où ces accusations s’avéreraient fondées : « Si la justice décide de m’inculper, je démissionnerai ».

L’opinion publique et la presse ont également montré leur désir de le voir partir du pouvoir, s’acharnant de part et d’autre contre lui au travers des médias.

 

Le processus de paix menacé

Pour beaucoup, l’inquiétude est grandissante face à la révélation de ce nouveau scandale en ce qui concerne la relance du processus de paix par l’Administration américaine qui avait pour objectif de parvenir à un accord de paix israélo-palestinien avant la fin de l’année.

Même si le président des Etats-Unis, George Bush, a déclaré que les accusations visant le chef du gouvernement relevaient du domaine des affaires intérieures et que sa visite la semaine prochaine en Israël ne serait pas remise en cause. L’Autorité palestinienne a pour sa part manifesté son inquiétude face à la crise politique en Israël. Elle craint que les négociations entreprises avec le gouvernement Olmert, sous l’égide des Etats-Unis en novembre dernier, à la conférence d’Annapolis, ne soient influencées par l’instabilité politique qui règne en Israël « et mettent le processus de paix entre parenthèses » entraînant « une escalade des opérations militaires contre les Palestiniens ». Les efforts entrepris pourraient effectivement se voir sérieusement menacés si Olmert en venait à quitter le gouvernement. Ainsi, la chance de parvenir à un accord de paix avant la fin du mandat de George Bush en 2009 serait minime.

Olmert a assuré lors d’une allocution que « la solution au conflit est à portée de main (…). Nous avons un dialogue avec ceux qui comprennent ce langage, mais l’axe de la haine et de la terreur dont nous connaissons la tête fait tout pour empêcher cela ». Si Ehud Olmert en venait à démissionner, il devrait être remplacé par son adjointe à la tête du parti centriste, Kadima, la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni. Cette dernière est très engagée dans le processus de paix avec les Etats-Unis et l’Autorité palestinienne. Mais beaucoup craignent que dans le cas où il y aurait des élections anticipées, la droite, fermement opposée à cet accord, n’en sorte vainqueur.

Depuis qu’il est au pouvoir, Ehud Olmert a fait l’objet de quatre enquêtes portant sur des accusations de corruption, des transactions immobilières frauduleuses et des nominations politiques abusives entre autres. Ses prédécesseurs à la tête du gouvernement, Ariel Sharon, Ehud Barak et Benyamin Nentanyahu avaient auparavant été la cible d’accusations similaires de corruption sans pour autant déboucher sur des inculpations formelles.

Lynda Kartout

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