Al-Ahram Hebdo,Arts | Egalité et séduction
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 Semaine du 14 au 20 mai 2008, numéro 714

 

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Arts

Expositions. Que cherchent les femmes ? L’artiste Nadine Hammam tente d’y répondre à travers 18 peintures, exposées au Garage du Townhouse sous le titre de Akl eich (gagne-pain). 

Egalité et séduction 

« Aimeriez-vous partager mon concept sur le rapport homme-femme ? Accepteriez-vous de vous prendre en photo nues ? », demande la jeune artiste Nadine Hammam à une majorité de femmes qu’elle a rencontrées à Doubaï, pays de sa résidence. La question est audacieuse et aventureuse. Et il fallait à chaque fois que l’artiste explique son concept à son interlocuteur, disposant de la liberté d’accepter ou de refuser. Loin de tout soupçon d’érotisme à même d’agacer le récepteur, l’artiste — timide et défiante — traite dans ses 18 peintures de grand format du sujet social du gagne-pain (d’où le titre Akl eich).

Comment la femme perçoit l’homme et vice-versa est bien mis en relief. La femme, dit Hammam, est en quête de l’homme qui peut lui assurer son gagne-pain. Donc, une source de sécurité sociale. « Jadis l’homme partait à la chasse et revenait avec un gibier. C’est ce qui lui permettait de choisir la plus belle femme de la tribu. De nos jours, ce n’est plus le cas. Il est plutôt question de subvenir aux besoins de son épouse, c’est-à-dire fournir l’argent nécessaire pour la vie de tous les jours. A un même pied d’égalité, les femmes, chacune à sa façon, font leur choix grâce à leur bon sens », explique Nadine Hammam, pour qui la force féminine — en dépit d’une fragilité apparente — dépasse de loin celle de l’homme. D’ailleurs, la junte masculine n’est représentée que par le biais d’un seul homme, soit le matador de l’exposition.

Celle-ci, se déroulant dans l’immense espace du Garage annexé à la galerie Townhouse, ressemble à une ruche de femmes « au quotidien ». Des femmes « réelles et non fictives », spontanées et libres de choisir. « J’ai préféré recourir à des personnes du quotidien et non pas à des modèles professionnels, habitués à poser. D’où une certaine crédibilité », affirme l’artiste dont tous les modèles dénudés sont agencés au même niveau que le regard du récepteur. De quoi renforcer le concept d’égalité et d’intimité. « Il y a une dualité entre le récepteur et le personnage sur la toile. Chaque visiteur peut s’y retrouver ».

Ces personnages féminins issus du quotidien sont regroupés en duo, trio ou quartette … Voici la même femme dénudée reproduite identiquement, deux ou trois fois sur la même toile. Deux autres corps féminins s’entrecroisent, en position allongée ou dressée, de face ou de profil. Ces innombrables reproductions féminines réitèrent l’idée du choix. « Dans toutes mes peintures, mes femmes autonomes et dénudées sont égales, en dépit de leur religion, leur nationalité et leur couleur. Pour les mettre sur un même pied d’égalité, j’ai préféré les dénuder des apparences, ôter leur identité et effacer les traits de leurs visages », affirme Nadine Hammam. Anonymes, elles portent toutes « des masques », des bandes cachant leur identité. Seul, un petit plan géographique, comme une ombre noire sur le corps, permet au récepteur de les identifier. Ainsi, Hammam invite le récepteur à déchiffrer le code de ce plan « incorporé ». Ce code numéroté, représentant le pays natal de chaque personnage (+7, +02, etc.), est affiché sur un bout de papier, au-dessous de chaque toile.

En dépit de ses multiples jeux, l’artiste, qui n’aime pas laisser le récepteur tout le temps dans l’ambiguïté, peint une seule femme aux traits visibles. C’est sans doute la plus belle de toutes. Etendue dans une douce position féminine, elle a de beaux yeux et des paupières incrustés de diamants Swarovski. Elle est la seule à regarder le matador de l’exposition. Le regard brillant, elle aspire à la sécurité et à la richesse ! Pourrait-elle séduire l’homme, à la forte physionomie, qui se détourne de toutes les autres ? Cet homme, reproduit doublement à son tour, sur une même toile, partage avec cette belle femme, les mêmes diamants Swarovski. « Ces diamants assez chers, sillonnant quelques parties du corps masculin, ressemblent aux passages éclairés des aérodromes. Une piste d’atterrissage », indique l’artiste ayant réussi à agencer, sur une même toile, autant de couleurs dissonantes : du fuchsia au rouge, de l’azur au violet.

Névine Lameï

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Jusqu’au 28 mai,

de 9h à 14h et de 18h à 21h

(les vendredis de 18h à 21h, sauf le jeudi).

Au Garage du Townhouse,

10 rue Nabarawi, centre-ville.

 

 




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