Expositions.
Des peintures de Farouk Hosni, de Mohamad Taha Hussein, des
collages de Mounir Canaan et des sculptures d’Adam Hénein
inaugurent la nouvelle galerie Massar.
Le mouvement dans tous ses états
C’est avec ces artistes appartenant tous à la troisième
génération d’art contemporain égyptien que la galerie Massar
(trajectoire) a choisi de donner son coup d’envoi. Ici,
abstraction et originalité sont de mise, à travers des
œuvres signées Adam Hénein, Farouk Hosni, Mohamad Taha
Hussein et Mounir Canaan. « La faculté des beaux-arts en
Egypte a formé plusieurs générations. La première est celle
des années 1910 regroupant Ahmad Sabri, Mokhtar,
Ragheb Ayad et autres. La deuxième génération se situe entre
1935 et 1960, avec des noms comme Sabri Ragheb, Adham et
Seif Wanly, Ingy Eflaton, Abdel-Hadi Al-Gazar … Ensuite, la
troisième génération, arrivée dans les années 1960, a marqué
la scène artistique de par ses aventures. Dans cette
exposition, il s’agit d’artistes confirmés, âgés entre 60 et
80 ans », souligne Walid Abdel-Kahleq, propriétaire de la
galerie. Ensuite, c’est à l’artiste Mohamad Taha Hussein de
prendre le relais de la conversation : « Malgré les
différentes expositions privées ou collectives tenues par
chacun d’entre nous, nous nous rencontrons pour la première
fois à travers cette exposition ».
Les tableaux de Taha Hussein, Farouk Hosni, Canaan et les
sculptures d’Adam Hénein partagent un même esprit du
mouvement. Ce sont des œuvres qui parlent, bougent et
dialoguent avec le public. A l’origine dessinateur et
peintre, Mounir Canaan (1919-1999) est un maître
incontesté de l’art du collage et de l’abstrait. Dans ses
œuvres exposées qui datent des années 1970 à 1990, on
remarque un sens du rythme. A l’aide d’anciens papiers
journaux, des débris brûlés et de quelques lignes rouges, il
exprime un monde en perte. Sur un autre tableau, la peinture
à l’huile est associée au collage. Les petites taches jaunes
et noires se trouvent cadrées par des pièces géométriques en
carton. Les formes utilisées, les couleurs traduisent la
densité du mouvement. Parfois, il superposait les formes
géométriques, plusieurs cadres ou plutôt plusieurs fenêtres
donnent au tableau un rythme accéléré et suggèrent un
passage rapide vers un autre monde.
Farouk Hosni propose un autre voyage dans l’abstraction à
travers le langage des couleurs. Quelques lignes suffisent
pour donner au tableau le sens nécessaire du mouvement. Des
acryliques sur canevas constituent les récentes créations de
l’artiste. Le rouge, une couleur violente, chaude et
criarde, domine la toile. La présence des deux flèches
parallèles en gris verdâtre insinue l’idée du voyage ou
plutôt de la fuite. Le mouvement de la mer, son agitation et
ses contradictions sont évoqués à travers une autre peinture
où le bleu est dominant, avec deux formes simples en noir :
un cercle et un rectangle.
Le mouvement existe toujours à plusieurs niveaux dans les
peintures de Taha Hussein. Dans certains tableaux, il
utilise la calligraphie arabe. Les lettres s’éloignent de
toute connotation linguistique. Elles gagnent plutôt des
formes abstraites et s’attachent les unes aux autres. Leur
disposition, inversée, inclinée anime le tableau. En outre,
Hussein joue avec la contradiction du noir et du blanc.
S’ajoute à cela son style caractéristique reposant sur les
petits éléments triangulaires. Ceux-ci rythment la peinture.
« Il y a à la fois le côté aléatoire et le structuré. Mes
petits triangles constituent toujours mon point de départ.
Sous l’accumulation de ces triangles, la toile prend forme
», explique Taha Hussein qui présente des créations du passé
et d’autres plus récentes.
Les sculptures d’Adam Hénein gardent en elles un mouvement
latent. Il s’agit en fait de sculptures en bronze mêlant le
figuratif et l’abstrait. Hénein résume dans sa création un
geste naturel, ordinaire mais qui prend un autre aspect plus
esthétique à travers sa sculpture toujours sobre et
consistante … Un âne ayant la tête penchée, une femme qui
tient une bobine de fil, un oiseau qui se prépare à voler,
un homme en train de boire, etc. Hénein simplifie ses
créatures et concentre le mouvement.
En dépit des années, les œuvres de ces artistes explorent
une agitation propre à l’art et à la vie.
May
Sélim