Al-Ahram Hebdo, Arts | L’efficacité d’une qualité de regard
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 14 au 20 mai 2008, numéro 714

 

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Arts

Cinéma. L’ouverture de la salle Cinémania le 14 mai, à Golden Stars, avec la comédie La Graine et le mulet marque le commencement en Egypte d’une programmation libre et originale, au diapason de toutes les attentes.

L’efficacité d’une qualité de regard 

« Dès le début, le cinéma n’a pas été qu’une somme de films. Il a été aussi une attente, un espoir, une exigence, voire une agressivité toujours avec un horizon plus vaste », affirme la productrice Marianne Khoury, initiatrice du projet ( qui  est à l’honneur à cette édition de Cannes). Pour avancer un peu dans cette direction, elle pensait concevoir un endroit où l’objet cinéma ne se résumerait pas à une addition de films, mais qui concilierait un espace, une nouvelle façon de vivre le cinéma affranchie des pelotons standardisés. L’idée de la salle Cinémania a donc germé au fil des ans depuis qu’elle a lancé le Panorama du film européen en 2004. Dans cette prodigieuse aventure, Gaby Khoury est intervenu en termes d’efficacité. Membre député de la société Stars, il a obtenu de celle-ci l’affectation d’une salle de haute performance pour l’accueil de Cinémania, afin que le rêve se concrétise.

Chargée de la programmation, de la promotion et du marketing de la salle, Marianne prévoit plus de vingt titres pour l’année en cours, à raison de deux films par mois, bénéficiant chacun de deux semaines de projection. Elle commence par Asrar al-qamh (la graine et le mulet), de Abdellatif Kechiche, récompensé de plusieurs prix dont trois Césars et deux prix au Festival de Venise. « Je suis tombée sous le charme de ce film à sa vision en France, car c’est une leçon de cinéma qui associe le style documentaire à la fiction, comme c’est une leçon de contourner les épreuves par l’humour », souligne Marianne. Abdellatif Kechiche, fils d’ouvrier tunisien, élevé en France, enfant des cités qui s’est imposé dans le monde du spectacle et de la culture, acteur devenu cinéaste, suggère une sensibilité particulière à cette diversité. Dans son film, ouvriers immigrés, grands-parents, adolescents et enfants font entendre leur manière de s’exprimer. La trame porte un regard sur les personnages tentés de se libérer de la servitude du travail routinier chez les autres, en se concentrant sur le projet de convertir un bateau en restaurant flottant. Sollicités par l’ouverture sur un monde différent, ils demeurent attachés à leur identité sans tomber dans les stigmates d’un exotisme résigné.

Démarrer par les succès confirmés est certes une optique stratégique pour limiter les pertes. Le projet s’articule volontiers au champ culturel et économique. Présenter le subtil est inséparable du rentable. Marianne a promis aux distributeurs qui lui fourniront les copies d’amortir leurs frais de campagne et de sous-titrage sans toutefois escompter des gains les six premiers mois, le temps que le projet s’ancre solidement dans la société. « Je ne bénéficie d’aucune subvention, je prends donc le pari de concilier un cinéma de qualité avec la rentabilité », précise Marianne. Mais elle entend dépasser ce stade. Sur ce territoire que l’on construit, il est nécessaire de retrouver, à un moment donné, la trace d’une fidélité. Donner à voir, se fidéliser des milliers de spectateurs, l’expérience l’amènera à proposer d’autres choses, courir des risques, tenter des surprises, des séductions. « C’est une marge de liberté plus grande, il faut aller vers cela », proclame-t-elle. Elle envisage de constituer des sous-ensembles, comme le cinéma d’auteur et des entités géographiques (semaines du cinéma français, suisse voire néo-zélandais) par genres et tendances esthétiques.

Déjà le site de Cinémania reçoit des commentaires divers qui expriment des attentes, l’envie de voir un cinéma différent, ou pédagogique pour bien éduquer les nouvelles générations, ou historique pour ressusciter les valeurs et l’héritage du passé. « L’idée d’une discussion collective était dans l’air autour de ce que nous entendons montrer, comment et pourquoi, à la faveur de quelles transformations de notre culture et notre façon de voir l’image de notre temps. Cet exercice est important pour essayer d’évaluer où nous en sommes et nommer les titres à venir. C’est une manière de construire une relation du public aux œuvres », confirme Marianne. C’est une posture stratégique, politique et culturelle. Une posture totale.

Amina Hassan

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Cinémania@Godlen Stars-Heliopolis

City Stars, Phase II, niveau 0 (portes 6 et 7),

parking privé.

20 L.E. le billet :

10h- 13h — 40 L.E. : 15h30, 18h30, 21h30 et minuit.

Réservations : 02 24 80 25 80/1

 

 

 




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