Centrafrique.
En attendant de formaliser un accord de paix qui regroupera
les trois factions rebelles dans le pays, le
gouvernement
centrafricain et la principale rébellion ont signé un accord
de paix.
Vers une pacification globale de la crise
Le gouvernement centrafricain et la rébellion encore active
en Centrafrique sous la dénomination de l’Armée Populaire
pour la Restauration de la Démocratie (APRD) ont signé
vendredi dernier un accord de paix à Libreville, au Gabon,
sous l’égide du chef de l’Etat du Gabon, Omar Bongo Ondimba,
et du représentant spécial des Nations-Unies pour la
Centrafrique, François Lonseny Fall : « Le gouvernement
centrafricain (...) et l’APRD viennent de procéder à un
accord de cessez-le-feu et de paix (...) en présence du
président gabonais Omar Bongo Ondimba », a déclaré le
ministre centrafricain de la Communication Cyriaque Gonda,
lors d’une conférence de presse peu après la signature. «
L’accord entre en vigueur immédiatement », a-t-il ajouté.
Cet accord pourrait être l’accord ultime censé marquer la
fin totale des hostilités entre le gouvernement et les
mouvements rebelles en Centrafrique.
L’Union des Forces Démocratiques pour le Rassemblement
(UFDR) de Damane Zakaria, située dans le nord-est, et le
Front Démocratique du Peuple Centrafricain (FDPC)
d’Abdoulaye Miskine, autres groupes armés, ont ratifié des
accords semblables avec le gouvernement de Bangui en 2007.
D’après Cyriaque Gonda, « un accord global » qui devrait
rassembler ces trois mouvements est sur le point d’être
négocié afin de parvenir à une signature très prochainement.
Celui-ci aura pour tâche de mettre en place les modalités
précises d’application des différents textes. Ainsi, le
gouvernement, l’opposition non armée, la société civile et
les trois ex-rébellions devraient ouvrir la voie à un «
dialogue politique inclusif ».
Le texte prévoit entre autres l’« adoption d’une loi
d’amnistie générale » et « l’abandon de toutes les
poursuites judiciaires en cours ». Ce point est non
négligeable parce qu’il concerne directement deux membres
importants de la rébellion, à savoir le président de l’APRD,
l’ex-ministre de la Défense Jean-Jacques Demafouth, inculpé
pour assassinat par la justice centrafricaine et un des
chefs militaires de l’APRD, Jean-Jacques Larmassoum,
condamné en 2006 à la réclusion criminelle à perpétuité.
L’ex-président Ange-Félix Patassé, renversé par la force en
mars 2003 par l’actuel président François Bozizé, est en
revanche un cas qui pourrait faire exception à cette mesure
d’immunité. Condamné en 2006 par contumace à 20 ans de
travaux forcés pour « faux et usage de faux », il est
considéré par les autorités comme le fondateur de l’APRD.
Son cas a d’ailleurs été saisi par la Cour Pénale
Internationale (CPI) pour des exactions commises en octobre
2002, ce qui rend très difficile une possible grâce sachant
que « les infractions qui relèvent de la CPI sont
imprescriptibles et il n’y a pas d’immunité pour ces crimes
», a déclaré vendredi François Lonseny Fall, un des
médiateurs de l’accord. Cyriaque Gonda a quant à lui estimé
que « les députés fixeront le champ d’application de la loi
d’amnistie » et ajouté : « Je ne peux pas vous dire si elle
comprendra cette condamnation ».
L’accord prévoit également « le cantonnement » des
combattants de l’APRD, situés dans le nord-ouest de la
Centrafrique « dans l’attente de leur désarmement,
démobilisation ou intégration dans l’armée ». Un plan
d’urgence visant « la réhabilitation des zones affectées par
le conflit devrait être engagé », a souligné Jean-Jacques
Demafouth. Le calendrier et les modalités de ces mesures
restent toutefois encore à définir.
L’Organisation internationale Human Rights Watch a accusé en
septembre dernier l’armée centrafricaine d’avoir tué depuis
2005 des centaines de civils, incendié plus de 10 000
maisons, entraînant ainsi un exode massif dans le nord du
pays où les rebelles sont très présents.
Lynda
Kartout