Al-Ahram Hebdo, Evénement | Alerte à l’engrenage
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 Semaine du 14 au 20 mai 2008, numéro 714

 

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Evénement

Liban. La crise politique a pris de nouvelles dimensions avec les combats entre les partisans de la majorité et ceux de l’opposition. Les appels au calme se multiplient pour éviter un enlisement aux conséquences dangereuses. 

Alerte à l’engrenage 

La capitale libanaise, Beyrouth, ainsi que d’autres villes du pays ont vécu ces derniers jours un scénario qui rappelle les années de la guerre civile. Car la tension est extrême dans le pays du Cèdre. Et malgré les appels à la retenue et le retour au calme depuis lundi à Beyrouth, les risques d’un enlisement restent sérieux. Sans président depuis novembre dernier et avec une impossible entente entre la majorité gouvernementale et l’opposition, le Liban fait aujourd’hui face au pire des dangers depuis la fin de la guerre civile, en 1990.

Cette fois-ci, l’affrontement a opposé deux piliers de la vie politique libanaise : le Hezbollah de Hassan Nasrallah, soutenu par la Syrie et l’Iran, et le Rassemblement démocratique du druze Walid Joumblatt ; le premier rassemblant avec lui le reste de l’opposition, dont il est la principale figure, et le deuxième représentant la majorité gouvernementale soutenue par la communauté internationale.

Le bras de fer qui oppose les deux parties depuis 17 mois est en fait monté d’un cran depuis la semaine dernière, lorsque le gouvernement de Siniora a accusé le Hezbollah d’atteinte à la souveraineté du Liban en entretenant un réseau de télécommunications parallèle à celui de l’Etat et d’avoir installé des caméras d’espionnage à l’aéroport. Après quoi les affrontements ont éclaté à Beyrouth ainsi que dans le nord et l’Est du pays, à la suite de l’insurrection du Hezbollah, qui a jugé que le gouvernement pro-occidental de Siniora lui avait déclaré la guerre.

Après la prise de contrôle de Beyrouth-Ouest, fief de la majorité sunnite qui domine le gouvernement, par les miliciens chiites qui ont défait leurs adversaires moins bien armés et entraînés, Siniora a demandé à l’armée, religieusement composite mais jusque-là neutre, d’intervenir. Son entrée en scène a permis le retour au calme à Beyrouth. Elle a décidé de s’occuper elle-même de l’affaire du réseau de télécommunications parallèles du Hezbollah, promettant de concilier les intérêts de l’Etat et la sécurité du mouvement chiite de résistance et a décidé de revenir sur le limogeage de l’officier chiite chargé de la sécurité de l’aéroport de Beyrouth.

Mais le reste du pays est toujours sous haute tension. De nouveaux combats ont éclaté dimanche dans le nord et dans des régions druzes proches de Beyrouth.

 

Les Arabes tentent une nouvelle médiation

Face à cette escalade, la Ligue arabe, impuissante depuis le début de la crise malgré ses multiples tentatives de médiation, a décidé une nouvelle fois l’envoi d’une délégation ministérielle à Beyrouth pour des discussions avec les dirigeants libanais, lors d’une réunion extraordinaire au Caire consacrée à la situation au Liban. Dans une résolution rendue publique à l’issue de la réunion, les ministres ont appelé les dirigeants politiques libanais « à participer à une réunion avec une délégation ministérielle (de la Ligue arabe) ... afin de discuter de la situation dangereuse au Liban et élaborer une feuille de route urgente afin de mettre en œuvre l’initiative arabe ». La réunion à Beyrouth rassemblerait le premier ministre Fouad Siniora, le dirigeant sunnite Saad Hariri et l’ancien président chrétien Amine Gemayel (majorité antisyrienne), le président du Parlement Nabih Berri, le dirigeant chrétien Michel Aoun et le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah (opposition). La délégation arabe sera présidée par le Qatar. Elle ne comprendra pas l’Egypte et l’Arabie saoudite, qui soutiennent le gouvernement de Fouad Siniora, ni la Syrie, alliée du Hezbollah.

Ils ont réitéré leur soutien à l’initiative arabe sur le Liban présentée en janvier par la Ligue arabe. Cette initiative prévoit l’élection du candidat de consensus, le général Michel Sleimane, comme président, sans conditions préalables, un gouvernement d’union nationale pour le Liban et l’élaboration d’une loi électorale agréée par toutes les parties en vue des prochaines élections générales de 2009. Mais c’est justement à ce sujet que les différentes parties libanaises n’arrivent pas à s’entendre depuis des mois.

Pour éviter l’engrenage, Walid Joumblatt, comme son rival druze Talal Arslan, allié de l’opposition, ont appelé leurs partisans à déposer les armes. De son côté, le Hezbollah, même s’il a accepté de remettre à l’armée le front de mer et Beyrouth-Ouest, ses militants politiques maintiennent leur campagne de désobéissance civile lancée mercredi dernier à la faveur d’une grève générale pour obtenir satisfaction de leurs revendications politiques. Quant au premier ministre Fouad Siniora, il a annoncé que le gouvernement qu’il dirige — soutenu notamment par l’Arabie saoudite et les Etats-Unis — se réunirait sous peu pour débattre des initiatives prises par l’armée et des exigences politiques du Hezbollah. Celui-ci et ses alliés chiites d’Amal et chrétiens du Courant patriotique de l’ancien général Michel Aoun bloquent depuis des mois l’élection d’un nouveau président de la République faute d’obtenir l’engagement d’une minorité de blocage dans un futur gouvernement d’unité. L’on se retrouve donc à la case départ. Et si le consensus, sur lequel les différentes parties n’ont pas réussi à s’entendre jusque-là, reste introuvable, le pire est à envisager.

Abir Taleb

 




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