Al-Ahram Hebdo, Voyages | Préserver la mémoire de l’Egypte
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 Semaine du 9 au 15 avril 2008, numéro 709

 

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Initiative. L’Organisme général des palais de la culture, que dirige l’artiste Ahmad Nawar, exécute un projet qui vise à mémoriser sur supports visuels différents aspects de l’histoire égyptienne depuis la moitié du XIXe siècle.

Préserver la mémoire de l’Egypte

Un Centre national de documentation visuelle permettant de répertorier et de numériser des images de l’histoire moderne de l’Egypte devient de plus en plus une véritable nécessité. C’est le moyen de protéger la mémoire de toute une nation. Figures historiques, mode de vie, art, architecture, urbanisme, transports, tous ces aspects doivent être à la portée des chercheurs, des historiens et du public en général de manière à ce que le lien entre le passé et le présent soit maintenu. Un objectif d’autant plus important que l’intérêt à l’égard d’un passé vu d’angles différents et même contradictoires suscitant des querelles idéologiques et historiques s’accroît. L’exemple le plus patent est celui du feuilleton sur le roi Farouq qui a eu un succès extraordinaire et relancé des querelles entre partisans et ennemis du règne qui a précédé la Révolution du 23 Juillet 1952. Au-delà des détails historiques et des querelles doctrinaires, ce qu’on a ressenti, c’était une sorte de nostalgie ou une soif de connaissance de pans de l’histoire qui avaient été mis au placard si l’on peut dire.

D’où l’intérêt que représente ce projet mis en œuvre par le ministère de la Culture et plus précisément l’Organisme général des palais de la culture que dirige l’artiste Ahmad Nawar.

Un registre photographique qui préserve la mémoire collective des Egyptiens et bénéficiera des immenses progrès techniques réalisés en matière de moyens de communication. C’est d’ailleurs un jeune cinéaste, Khaled Ezzat, qui est le directeur technique de cette entreprise, sa cheville ouvrière en quelque sorte. Il a obtenu en 1999 le Prix d’Etat pour la créativité en tant que réalisateur. Auparavant, il avait reçu le prix de la première œuvre « Epicurien de corps et d’esprit » projeté d’ailleurs au Centre Pompidou, à Paris en 1994. L’amour de l’image est sans doute à l’origine de cette nouvelle vocation qu’il se donne et qui constitue pour lui un vrai pari.

Pour Ezzat, il s’agit non seulement d’une œuvre de documentation mais de mise en exergue « des valeurs civiles et libérales et de la liberté des échanges de vues et aussi rendre accessibles les données de manière démocratique (...) de manière à mettre en exergue le rôle original de la personnalité égyptienne. En fait, la photo ou le film sont pour notre époque ce qu’étaient par exemple les bas-reliefs du temps des pharaons ».

Pour Ezzat, il y a aussi ce fait que l’image que l’on peut enregistrer permet aussi de démontrer le rapport entre le progrès dans le sens matériel du terme et celui qui caractérise les moyens d’enregistrement. Le Caire 1896, filmé par la caméra des Frères Lumière, inventeurs du cinéma, lors de leur mission en Egypte et qui a préservé les aspects de la vie cairote à la fin du XIXe siècle. Pour lui, ces documents visuels sont une base de données objective.

Le centre a un statut scientifique et culturel. Il doit regrouper des chercheurs qui opèrent dans différentes institutions dont le champ de recherche est la culture sous toutes ses formes en Egypte et à l’étranger. Il coopère par exemple avec les écoles et les universités afin d’assurer une prise de conscience de l’histoire de l’Egypte moderne à travers la photo. En plus des tâches historiques et sociologiques, il s’intéresse à la littérature, le décor des classiques du cinéma, les créateurs de mode et des accessoires. Il se réfère aux origines des grands textes littéraires dès la deuxième moitié du XIXe siècle.

C’est dans un local situé dans la Cité du 6 Octobre, que ce centre va s’installer. Un vrai palais de la culture qui comprendra une section de projection et d’archives avec photos, graphiques documentaires et un groupe d’actions spécialisé dans la production des documents visuels par divers procédés et leur conservation dans des archives.

Un projet qui ne manque pas de représenter des perspectives intéressantes dans ce domaine.

Il reste que tout se poursuit sans obstacles bureaucratiques. Et qu’aussi une sorte de réseau soit établi pour assurer une coopération avec les différents centres de données ? Ezzat propose de collaborer avec les autres centres du ministère de la Culture, de l’Organisme général de l’information, les différents musées, les centres culturels étrangers.

La priorité devrait être la suivante : documenter les aspects urbains des grandes villes et leur évolution, les événements comme la Révolution de 1952, l’histoire du cinéma, la gare du Caire à l’occasion de son centenaire.

Ahmed Loutfi

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