Initiative.
L’Organisme général des palais de la culture, que dirige
l’artiste Ahmad Nawar, exécute un projet qui vise à
mémoriser sur supports visuels différents aspects de
l’histoire égyptienne depuis la moitié du XIXe siècle.
Préserver la mémoire de l’Egypte
Un
Centre national de documentation visuelle permettant de
répertorier et de numériser des images de l’histoire moderne
de l’Egypte devient de plus en plus une véritable nécessité.
C’est le moyen de protéger la mémoire de toute une nation.
Figures historiques, mode de vie, art, architecture,
urbanisme, transports, tous ces aspects doivent être à la
portée des chercheurs, des historiens et du public en
général de manière à ce que le lien entre le passé et le
présent soit maintenu. Un objectif d’autant plus important
que l’intérêt à l’égard d’un passé vu d’angles différents et
même contradictoires suscitant des querelles idéologiques et
historiques s’accroît. L’exemple le plus patent est celui du
feuilleton sur le roi Farouq qui a eu un succès
extraordinaire et relancé des querelles entre partisans et
ennemis du règne qui a précédé la Révolution du 23 Juillet
1952. Au-delà des détails historiques et des querelles
doctrinaires, ce qu’on a ressenti, c’était une sorte de
nostalgie ou une soif de connaissance de pans de l’histoire
qui avaient été mis au placard si l’on peut dire.
D’où l’intérêt que représente ce projet mis en œuvre
par le ministère de la Culture et plus précisément
l’Organisme général des palais de la culture que dirige
l’artiste Ahmad Nawar.
Un registre photographique qui préserve la mémoire
collective des Egyptiens et bénéficiera des immenses progrès
techniques réalisés en matière de moyens de communication.
C’est d’ailleurs un jeune cinéaste, Khaled Ezzat, qui est le
directeur technique de cette entreprise, sa cheville
ouvrière en quelque sorte. Il a obtenu en 1999 le Prix d’Etat
pour la créativité en tant que réalisateur. Auparavant, il
avait reçu le prix de la première œuvre « Epicurien de corps
et d’esprit » projeté d’ailleurs au Centre Pompidou, à Paris
en 1994. L’amour de l’image est sans doute à l’origine de
cette nouvelle vocation qu’il se donne et qui constitue pour
lui un vrai pari.
Pour Ezzat, il s’agit non seulement d’une œuvre de
documentation mais de mise en exergue « des valeurs civiles
et libérales et de la liberté des échanges de vues et aussi
rendre accessibles les données de manière démocratique (...)
de manière à mettre en exergue le rôle original de la
personnalité égyptienne. En fait, la photo ou le film sont
pour notre époque ce qu’étaient par exemple les bas-reliefs
du temps des pharaons ».
Pour Ezzat, il y a aussi ce fait que l’image que l’on
peut enregistrer permet aussi de démontrer le rapport entre
le progrès dans le sens matériel du terme et celui qui
caractérise les moyens d’enregistrement. Le Caire 1896,
filmé par la caméra des Frères Lumière, inventeurs du
cinéma, lors de leur mission en Egypte et qui a préservé les
aspects de la vie cairote à la fin du XIXe siècle. Pour lui,
ces documents visuels sont une base de données objective.
Le centre a un statut scientifique et culturel. Il
doit regrouper des chercheurs qui opèrent dans différentes
institutions dont le champ de recherche est la culture sous
toutes ses formes en Egypte et à l’étranger. Il coopère par
exemple avec les écoles et les universités afin d’assurer
une prise de conscience de l’histoire de l’Egypte moderne à
travers la photo. En plus des tâches historiques et
sociologiques, il s’intéresse à la littérature, le décor des
classiques du cinéma, les créateurs de mode et des
accessoires. Il se réfère aux origines des grands textes
littéraires dès la deuxième moitié du XIXe siècle.
C’est dans un local situé dans la Cité du 6 Octobre,
que ce centre va s’installer. Un vrai palais de la culture
qui comprendra une section de projection et d’archives avec
photos, graphiques documentaires et un groupe d’actions
spécialisé dans la production des documents visuels par
divers procédés et leur conservation dans des archives.
Un projet qui ne manque pas de représenter des
perspectives intéressantes dans ce domaine.
Il reste que tout se poursuit sans obstacles
bureaucratiques. Et qu’aussi une sorte de réseau soit établi
pour assurer une coopération avec les différents centres de
données ? Ezzat propose de collaborer avec les autres
centres du ministère de la Culture, de l’Organisme général
de l’information, les différents musées, les centres
culturels étrangers.
La priorité devrait être la suivante : documenter les
aspects urbains des grandes villes et leur évolution, les
événements comme la Révolution de 1952, l’histoire du
cinéma, la gare du Caire à l’occasion de son centenaire.
Ahmed
Loutfi