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EDITO

Craintes

L’annonce de la décision du général Michel Sleimane de quitter le commandement de l’armée libanaise le 21 août prochain accroît les craintes d’une aggravation de la crise politique dans le pays du Cèdre, sur fond de vacance de la présidence et de paralysie du gouvernement et du Parlement.

Le général Sleimane, considéré comme neutre, fait figure de candidat de consensus à la présidence, mais son élection bute sur un conflit entre la majorité antisyrienne et l’opposition proche de Damas et Téhéran sur le partage du pouvoir. La présidence, qui revient à un maronite, est vacante depuis le 24 novembre. Les séances parlementaires pour l’élection d’un président ont été reportées dix-sept fois sans aboutir à un consensus. La majorité avait proposé le chef de l’armée comme candidat, mais son élection s’était heurtée à une série d’obstacles, notamment l’impossibilité d’un accord sur la formation du prochain gouvernement. Conformément à la Constitution, le gouvernement de Fouad Siniora a assumé les charges de la présidence. Mais l’opposition rejette ce gouvernement comme illégitime et non conforme à la Constitution en raison de la démission de six ministres en novembre 2006. Depuis cette date, le président du Parlement Nabih Berri, l’un des dirigeants de l’opposition, refuse de convoquer des séances parlementaires pour examiner les propositions et projets de lois, car il rejette la présence de représentants du gouvernement au Parlement.

Le risque est qu’après l’annonce du départ anticipé du chef de l’armée — il doit partir à la retraite le 21 novembre 2008 —, la paralysie n’atteint aussi l’institution militaire, le remplacement de Michel Sleimane pouvant s’avérer difficile en raison de la crise politique. En théorie, il ne devrait pas y avoir de problème, le ministre de la Défense pouvant nommer la personne qui suit directement dans le rang, le chef de l’armée, pour prendre en charge le commandement. Cependant, ceci pose un autre problème, car le chef d’état-major est druze et est considéré comme un partisan du député Walid Joumblatt, l’un des dirigeants de la majorité antisyrienne. Or, le chef de l’armée, qui est nommé par un décret signé au Conseil des ministres sur une proposition du ministre de la Défense, doit être maronite.

Dans les conditions actuelles du blocage de la médiation arabe entre majorité et opposition, tout porte à croire que la crise au Liban a de beaux jours devant elle.