Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Salmawy, Le match de l’Unesco à la télévision
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 Semaine du 9 au 15 avril 2008, numéro 709

 

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Opinion

Le match de l’Unesco à la télévision

Mohamed Salmawy 

Malgré les progrès quasi quotidiens réalisés par l’artiste Farouk Hosni, ministre de la Culture, dans sa campagne pour obtenir le poste de directeur de l’Unesco et bien que sa candidature soit déposée, par l’Egypte, il semble qu’elle-même reste encore loin de la bataille et se contente du rôle de spectateur. Comme si l’on était dans l’attente du résultat d’un match, ne sachant qui serait le gagnant.

 La réalité que nous devons mettre en évidence est que la bataille n’est pas celle de Farouk Hosni, mais plutôt celle de l’Egypte en entier, pays de civilisation et de culture qui figure parmi les 20 pays membres fondateurs de l’Unesco en 1946 sans jamais en assumer la direction. Pourtant, sa riche histoire a fait de l’Egypte l’un des plus importants pays culturellement parlant, malgré son appartenance au monde en voie de développement économiquement ou politiquement.

Plusieurs pays, moins importants que l’Egypte, se sont trouvés plusieurs fois à la tête de l’Unesco. Au moment même où notre pays a laissé passer plusieurs occasions de proposer sa candidature au poste pour lequel il est qualifié, vu sa civilisation ancienne et son histoire culturelle contemporaine. C’est ce riche arrière-plan culturel qui a fait qu’en Egypte, le nombre d’écrivains, d’intellectuels, et d’artistes dépasse le nombre d’habitants de certains pays qui disposent d’un membership complet aux Nations-Unies.

Federico Mayor, ex-directeur de l’Unesco, a été le premier à appeler à la candidature de Farouk Hosni à ce poste. Alors que Jack Lang, le grand homme politique français et l’un des plus importants ministres français de la Culture à l’époque qui a suivi Malraux, m’a dit personnellement, au cours d’une de ses visites effectuées au Caire avant la déposition de la candidature de Farouk Hosni, que l’unique chance qui s’offrait aux Arabes d’emporter ce poste ne serait qu’en proposant la candidature d’une personne comme Farouk Hosni. Une personne aux empreintes culturelles indéniables et reconnues à l’échelle mondiale.

Ceci voudrait dire que la candidature de Hosni en tant que telle était un choix réussi et reposait sur des fondements corrects. Cependant, pour remporter les batailles que ce soit politiquement, militairement ou culturellement, il ne suffit pas de prendre de bonnes décisions, mais d’être performant au cours du combat.

Sans doute Farouk Hosni est-il à la hauteur du choix. Une fois qu’il en a été informé, il a mis en place immédiatement une nouvelle vision de l’Organisation internationale qui repose en grande partie sur les constats qui ont régi l’activité de l’Unesco voilà un demi-siècle, mais en leur conférant de nouvelles dimensions qui permettraient à l’Unesco de progresser à pas rapides en conformité aux nouvelles données, qui ont été négligées par l’Organisation et qui lui ont valu des reproches.

Par ailleurs, l’action du candidat égyptien a été dynamique et efficace au niveau des contacts avec les pays qui détiennent le droit de vote au conseil exécutif de l’Unesco, l’année prochaine. Sur ce point, il est nécessaire de saluer les efforts du ministère égyptien des Affaires étrangères qui a mené une initiative rapide au niveau des ambassadeurs et dans les forums internationaux. Ceci a contribué, parallèlement à l’action du candidat même, à mettre au point une carte déterminée révélant exactement les positions que prendraient les membres du conseil exécutif de l’Unesco. C’est comme s’il s’agissait d’une carte d’état-major déterminant le plan d’action d’une armée sur le champ de bataille, censée dévoiler les points de force et de faiblesse. Ainsi, cette carte est variable évoluant avec chaque nouveau pas. Cependant, ce genre d’initiative n’aurait pu voir le jour sans l’intervention des Affaires étrangères avec son large réseau de relations diplomatiques et la compétence reconnue des diplomates égyptiens, tout ceci orchestré par l’intérêt porté personnellement par le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmad Aboul-Gheit.

De plus, en deuxième lieu, il ne nous faut pas négliger l’action du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique qui prend en charge, dans le système égyptien, les affaires de l’Unesco. La personne en charge actuellement est un ministre qui n’est pas étranger à l’Unesco, car il a travaillé à Paris et connaît bien les coulisses de cette vieille organisation et ceci durant plusieurs années. Lui en personne ainsi qu’une équipe de travail de son ministère ont cristallisé plusieurs aspects de la campagne électorale du candidat égyptien.

Mais si nous mettons de côté les Affaires étrangères et l’Enseignement supérieur, nous remarquerons que la quasi-totalité des appareils de l’Etat ne sont pas intéressés par le sujet. Nous verrons également que la société civile n’est pas vraiment agissante dans cette action, si ce n’est par sa curiosité à savoir en fin de compte si l’Egypte l’emportera dans cette course ou non.

A mon avis, les obstacles qui s’érigent face à la candidature égyptienne à l’Unesco se résument en trois points. D’abord, l’existence d’un autre candidat arabe menaçant ainsi l’unité du bloc arabe et entraînant la dispersion de ses voix. Ensuite, Israël qui ne cache pas son désagrément à ce que ce poste soit du ressort d’un candidat arabe. D’ailleurs, Israël avait de grands différends avec l’Unesco qui ont entraîné à une époque donnée son retrait de l’Organisation. Et enfin, il s’agit des problèmes de financement. Pour qu’une campagne soit efficace et bénéfique et qu’elle puisse garantir la réussite du candidat égyptien, il faut qu’elle s’appuie sur un budget solide. Je me rappelle à cet égard les grandes aides présentées par le Japon à l’Unesco pour soutenir son candidat qui l’a emporté dans les dernières élections. Je me souviens également que Gareth Evans, ex-ministre des Affaires étrangères australien, qui était candidat aux dernières élections de l’Unesco, m’avait dit que son gouvernement avait consacré un budget de 250 000 dollars pour ses déplacements uniquement entre les pays durant sa campagne électorale.

Ces trois obstacles ne seront pas dépassés sans l’intervention de l’Etat et de la société civile. Le problème de l’unanimité au niveau d’un candidat arabe ne sera résolu que sur le plan politique. Il est nécessaire également de confronter Israël et de lui dire qu’il ne pourra pas ressasser, jour et nuit, le traité de paix signé avec l’Egypte, alors qu’il combat en même temps la candidature égyptienne à l’un des plus hauts postes internationaux en incitant le monde à ne pas voter pour le candidat.

Alors qu’il est impossible de liquider ces deux contraintes sans l’intervention de l’Etat, il n’en demeure pas moins que le troisième obstacle qu’est le financement est considéré comme un dénominateur commun entre l’Etat et la société civile représentée par le secteur privé. Ceci, si nous considérons la candidature à l’Unesco comme une cause d’ordre public et non pas un match de football international que l’on suivra à travers les écrans de télévision dans l’attente de savoir si notre sélection égyptienne sera la partie gagnante ou non !

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