Le match de l’Unesco à la télévision
Mohamed Salmawy
Malgré
les progrès quasi quotidiens réalisés par l’artiste Farouk
Hosni, ministre de la Culture, dans sa campagne pour obtenir
le poste de directeur de l’Unesco et bien que sa candidature
soit déposée, par l’Egypte, il semble qu’elle-même reste
encore loin de la bataille et se contente du rôle de
spectateur. Comme si l’on était dans l’attente du résultat
d’un match, ne sachant qui serait le gagnant.
La réalité que nous devons mettre en évidence est que la
bataille n’est pas celle de Farouk Hosni, mais plutôt celle
de l’Egypte en entier, pays de civilisation et de culture
qui figure parmi les 20 pays membres fondateurs de l’Unesco
en 1946 sans jamais en assumer la direction. Pourtant, sa
riche histoire a fait de l’Egypte l’un des plus importants
pays culturellement parlant, malgré son appartenance au
monde en voie de développement économiquement ou
politiquement.
Plusieurs pays, moins importants que l’Egypte, se sont
trouvés plusieurs fois à la tête de l’Unesco. Au moment même
où notre pays a laissé passer plusieurs occasions de
proposer sa candidature au poste pour lequel il est
qualifié, vu sa civilisation ancienne et son histoire
culturelle contemporaine. C’est ce riche arrière-plan
culturel qui a fait qu’en Egypte, le nombre d’écrivains,
d’intellectuels, et d’artistes dépasse le nombre d’habitants
de certains pays qui disposent d’un membership complet aux
Nations-Unies.
Federico
Mayor, ex-directeur de l’Unesco, a été le premier à appeler
à la candidature de Farouk Hosni à ce poste. Alors que Jack
Lang, le grand homme politique français et l’un des plus
importants ministres français de la Culture à l’époque qui a
suivi Malraux, m’a dit personnellement, au cours d’une de
ses visites effectuées au Caire avant la déposition de la
candidature de Farouk Hosni, que l’unique chance qui
s’offrait aux Arabes d’emporter ce poste ne serait qu’en
proposant la candidature d’une personne comme Farouk Hosni.
Une personne aux empreintes culturelles indéniables et
reconnues à l’échelle mondiale.
Ceci voudrait dire que la candidature de Hosni en tant que
telle était un choix réussi et reposait sur des fondements
corrects. Cependant, pour remporter les batailles que ce
soit politiquement, militairement ou culturellement, il ne
suffit pas de prendre de bonnes décisions, mais d’être
performant au cours du combat.
Sans doute Farouk Hosni est-il à la hauteur du choix. Une
fois qu’il en a été informé, il a mis en place immédiatement
une nouvelle vision de l’Organisation internationale qui
repose en grande partie sur les constats qui ont régi
l’activité de l’Unesco voilà un demi-siècle, mais en leur
conférant de nouvelles dimensions qui permettraient à
l’Unesco de progresser à pas rapides en conformité aux
nouvelles données, qui ont été négligées par l’Organisation
et qui lui ont valu des reproches.
Par ailleurs, l’action du candidat égyptien a été dynamique
et efficace au niveau des contacts avec les pays qui
détiennent le droit de vote au conseil exécutif de l’Unesco,
l’année prochaine. Sur ce point, il est nécessaire de saluer
les efforts du ministère égyptien des Affaires étrangères
qui a mené une initiative rapide au niveau des ambassadeurs
et dans les forums internationaux. Ceci a contribué,
parallèlement à l’action du candidat même, à mettre au point
une carte déterminée révélant exactement les positions que
prendraient les membres du conseil exécutif de l’Unesco.
C’est comme s’il s’agissait d’une carte d’état-major
déterminant le plan d’action d’une armée sur le champ de
bataille, censée dévoiler les points de force et de
faiblesse. Ainsi, cette carte est variable évoluant avec
chaque nouveau pas. Cependant, ce genre d’initiative
n’aurait pu voir le jour sans l’intervention des Affaires
étrangères avec son large réseau de relations diplomatiques
et la compétence reconnue des diplomates égyptiens, tout
ceci orchestré par l’intérêt porté personnellement par le
ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmad Aboul-Gheit.
De plus, en deuxième lieu, il ne nous faut pas négliger
l’action du ministère de l’Enseignement supérieur et de la
Recherche scientifique qui prend en charge, dans le système
égyptien, les affaires de l’Unesco. La personne en charge
actuellement est un ministre qui n’est pas étranger à
l’Unesco, car il a travaillé à Paris et connaît bien les
coulisses de cette vieille organisation et ceci durant
plusieurs années. Lui en personne ainsi qu’une équipe de
travail de son ministère ont cristallisé plusieurs aspects
de la campagne électorale du candidat égyptien.
Mais si nous mettons de côté les Affaires étrangères et
l’Enseignement supérieur, nous remarquerons que la
quasi-totalité des appareils de l’Etat ne sont pas
intéressés par le sujet. Nous verrons également que la
société civile n’est pas vraiment agissante dans cette
action, si ce n’est par sa curiosité à savoir en fin de
compte si l’Egypte l’emportera dans cette course ou non.
A mon avis, les obstacles qui s’érigent face à la
candidature égyptienne à l’Unesco se résument en trois
points. D’abord, l’existence d’un autre candidat arabe
menaçant ainsi l’unité du bloc arabe et entraînant la
dispersion de ses voix. Ensuite, Israël qui ne cache pas son
désagrément à ce que ce poste soit du ressort d’un candidat
arabe. D’ailleurs, Israël avait de grands différends avec
l’Unesco qui ont entraîné à une époque donnée son retrait de
l’Organisation. Et enfin, il s’agit des problèmes de
financement. Pour qu’une campagne soit efficace et bénéfique
et qu’elle puisse garantir la réussite du candidat égyptien,
il faut qu’elle s’appuie sur un budget solide. Je me
rappelle à cet égard les grandes aides présentées par le
Japon à l’Unesco pour soutenir son candidat qui l’a emporté
dans les dernières élections. Je me souviens également que
Gareth Evans, ex-ministre des Affaires étrangères
australien, qui était candidat aux dernières élections de
l’Unesco, m’avait dit que son gouvernement avait consacré un
budget de 250 000 dollars pour ses déplacements uniquement
entre les pays durant sa campagne électorale.
Ces trois obstacles ne seront pas dépassés sans
l’intervention de l’Etat et de la société civile. Le
problème de l’unanimité au niveau d’un candidat arabe ne
sera résolu que sur le plan politique. Il est nécessaire
également de confronter Israël et de lui dire qu’il ne
pourra pas ressasser, jour et nuit, le traité de paix signé
avec l’Egypte, alors qu’il combat en même temps la
candidature égyptienne à l’un des plus hauts postes
internationaux en incitant le monde à ne pas voter pour le
candidat.
Alors qu’il est impossible de liquider ces deux contraintes
sans l’intervention de l’Etat, il n’en demeure pas moins que
le troisième obstacle qu’est le financement est considéré
comme un dénominateur commun entre l’Etat et la société
civile représentée par le secteur privé. Ceci, si nous
considérons la candidature à l’Unesco comme une cause
d’ordre public et non pas un match de football international
que l’on suivra à travers les écrans de télévision dans
l’attente de savoir si notre sélection égyptienne sera la
partie gagnante ou non !