Syrie-Israël.
Damas voit avec inquiétude les manœuvres israéliennes,
interprétées comme une mise en garde au régime syrien et ses
alliés au Liban.
L’Etat hébreu fait monter les enchères
En lançant dimanche dernier le plus grand exercice de
défense passive pour tester les services de secours en cas
de guerre, Israël a assuré qu’il n’avait aucune intention
hostile envers ses voisins. Faut-il pour autant ne voir en
ces manœuvres aucune menace à la stabilité de la région ?
Certes, il serait exagéré d’imaginer le scénario d’une
guerre. Toutefois, le contexte et le timing de cette
opération israélienne ne sont pas dénués de sens. L’exercice,
qui dure cinq jours et qui est appelé « Instant critique »,
intervient quelques semaines après le sommet arabe de Damas,
un sommet qui n’a pas trouvé de solution à la crise
libanaise qui perdure depuis novembre dernier. Il semble
donc clair que ce sont la Syrie, ainsi que ses alliés au
Liban, qui sont visés par la démarche israélienne.
Officiellement, il a été dit que l’exercice a pour but de
préparer la population israélienne à des attaques d’armes
conventionnelles — comme les roquettes Katioucha tirées en
été 2006 par le Hezbollah libanais — ou des attaques de
missiles armés de têtes chimiques et bactériologiques. «
L’objectif de l’exercice est de vérifier les capacités des
autorités à agir en temps de crise et à préparer l’arrière à
différents scénarios », a affirmé dimanche le premier
ministre Ehud Olmert à l’ouverture de la réunion
hebdomadaire du cabinet à Jérusalem. Pour Israël, il s’agit
aussi de « tirer une des leçons » de sa guerre contre le
Liban de l’été 2006, comme l’a déclaré le ministre israélien
de la Défense, Ehud Barak.
Mais
c’est surtout dans un contexte de tension avec la Syrie
qu’intervient cet exercice. A Damas, la réponse ne s’est pas
fait attendre. La presse officielle, qui reflète la position
des autorités, a affirmé lundi que la Syrie était « prête »
à faire face à « toutes les options ». « Nous nous tenons
prêts à contrer une éventuelle agression israélienne ». «
C’est le seul langage approprié face à des informations dans
ce sens. La Syrie s’est toujours tenue prête pour faire la
guerre et aussi pour faire la paix », a écrit le quotidien
officiel As-Saoura. Le quotidien gouvernemental Techrine a
souligné pour sa part « la solidité de la Syrie
d’aujourd’hui face aux pressions des Etats-Unis » qui
cherchent à isoler la Syrie accusée de s’ingérer dans les
affaires intérieures du Liban et de soutenir le Hezbollah
libanais et les groupes armés palestiniens.
Pourtant,
l’Etat hébreu s’est efforcé de rassurer ses voisins, du
moins dans les paroles. « Ceci n’est qu’un exercice qui ne
dissimule rien. Tous les rapports sur la tension au nord
doivent être dédramatisés. Nous n’avons pas de plans secrets
», a dit M. Olmert. « Autant que je sache, les Syriens
savent cela et il n’y a aucune raison d’interpréter
autrement cet exercice (...). Israël ne cherche aucune
confrontation violente dans le nord. Nous souhaitons des
négociations de paix avec les Syriens », a-t-il poursuivi.
Cela dit, les déclarations de Barak détiennent aussi des
sous-entendus. Le ministre israélien de la Défense a tout de
même reconnu que le « front nord » était « particulièrement
sensible, mais nous n’avons aucune envie de provoquer une
dégradation (militaire) et l’autre côté le sait ». Tout en
insistant, « nous sommes prêts à faire face à tout
développement ».
Inquiétude libanaise
Côté
libanais, l’exercice israélien est également vu d’un mauvais
œil. Le premier ministre libanais Fouad Siniora a mis en
garde contre le risque qu’Israël exploite ces manœuvres pour
« lancer des opérations susceptibles d’accroître la tension
» à sa frontière avec le Liban. L’armée libanaise et la
Force des Nations-Unies au Liban (FINUL) ont affirmé être «
vigilantes » en vue de contrer toute « violation » à la
frontière entre les deux pays. « Lorsque l’ennemi est en
train d’effectuer des manœuvres à la frontière, il est
normal que l’armée soit vigilante », a déclaré à l’AFP un
porte-parole de l’armée. Tout en ajoutant : « De toute façon,
l’armée se tient prête depuis deux mois » pour faire face à
toute éventualité, en raison de la « tension » au Liban et
dans la région. La Finul a de son côté indiqué qu’elle
allait « intensifier ses activités » dans le sud du pays et
notamment à la frontière, sans toutefois être en état
d’alerte.
Quant au
Hezbollah, il a accusé Israël de se préparer à une nouvelle
offensive contre le Liban. « Derrière les manœuvres se
profile un projet contre le Liban, la Syrie et l’Iran et
contre la résistance », a affirmé un haut responsable du
mouvement, Mohammad Yazbek, cité par l’agence de presse
libanaise. « Ces manœuvres ne nous font pas peur car notre
peuple, la résistance et l’armée se tiennent prêts à faire
face à toute éventualité », a ajouté un député du Hezbollah,
Hussein Hajj Hassan.
Abir
Taleb