Iraq.
Les pressions se multiplient sur les Sadristes, mettant en
lumière la fragilité de toute accalmie et la difficulté de
parvenir à un consensus entre chiites.
Maliki veut en finir avec Sadr
La
violence ne connaît pas de répit en Iraq et les miliciens
chiites, notamment sadristes, sont plus que jamais dans le
collimateur du gouvernement et des forces de sécurité
iraqiennes aussi bien que des militaires américains. C’est
ainsi que le premier ministre Nouri Al-Maliki a lancé lundi
un ultimatum à l’imam chiite Moqtada Al-Sadr et ses
partisans en menaçant de les priver d’élections si la milice
de l’Armée du Mahdi n’est pas dissoute. « Une décision a été
prise (pour) qu’ils n’aient plus le droit de participer à la
vie politique ou d’être candidats aux élections à venir
s’ils ne démantèlent pas l’Armée du Mahdi », a déclaré
Maliki dans une interview à CNN. Un ultimatum qui n’a pas
trouvé d’écho chez les Sadristes. « Personne ne peut
intervenir dans l’Armée du Mahdi, en dehors de ceux qui
l’ont fondée et les dirigeants religieux », a répondu Salah
Al-Oubaidi, porte-parole de l’imam Al-Sadr.
Des élections pour renouveler les puissants conseils
provinciaux sont prévues d’ici octobre et les Sadristes
comptent pour la première fois y participer, avec de bonnes
chances de battre les formations chiites moins populaires
qui soutiennent Maliki dans le sud. Bien avant cet
ultimatum, le Conseil politique de sécurité nationale, qui a
réuni le président Jalal Talabani, M. Maliki et les chefs
des partis représentés au Parlement, a appelé les milices «
à remettre leurs armes au gouvernement et à retourner à des
activités civiles pacifiques ». Ces responsables, qui
entretiennent pourtant de nombreuses milices, ont fait de ce
« démantèlement » « la condition pour participer au
processus politique et aux élections à venir », en allusion
aux importantes provinciales d’octobre. Le Conseil politique
de sécurité nationale a affirmé soutenir fortement le
gouvernement dans la lutte contre les milices et les
hors-la-loi, a ajouté le communiqué.
M. Maliki s’était dit prêt à lancer de nouveaux « assauts »
contre l’Armée du Mahdi, tout en ordonnant la fin des
opérations « contre ceux qui veulent déposer les armes ».
Une condition quasiment irréalisable. Selon les
observateurs, Sadr croit qu’il est le mieux placé pour
représenter les chiites et combattre l’occupation, il tente
de mobiliser une armée de volontaires pour se poser en fer
de lance de l’opposition anti-américaine. Outre la question
du démantèlement, les troupes gouvernementales ont poursuivi
leurs opérations contre la milice sadriste. C’est dans ce
contexte que les combats ont éclaté en début de semaine,
tuant une vingtaine de personnes et blessant plusieurs
autres. En effet, après une accalmie relative qui n’a duré
qu’une semaine, des affrontements impliquant la milice de
Moqtada Sadr ont éclaté à Sadr City, banlieue chiite du
nord-est de Bagdad. Selon le commandement américain, des «
soldats iraqiens en mouvement dans le secteur sud de Sadr
City ont été pris à partie par des criminels armés de
lance-roquettes RPG et d’armes légères ». Des hélicoptères
Apache et des troupes américaines au sol, appuyées par des
véhicules blindés et des chars, « sont intervenus pour les
soutenir ». De son côté, la police a précisé qu’une
opération conjointe de l’US Army et des forces
gouvernementales iraqiennes avait été lancée dans les
premières heures de la journée et que les combats s’étaient
en partie étendus aux quartiers voisins.
Le quartier de Sadr City, où la circulation automobile est
interdite, est toujours coupé du reste de Bagdad, ceinturé
par les cordons de sécurité des forces iraqiennes qui
participent aux combats.
Les partisans de Sadr au Parlement, par la voix du député
Hassan Hachem, ont dénoncé « l’intervention horrible et
injustifiée des forces américaines ». « Nous exigeons que le
gouvernement intervienne pour mettre fin à la grave
détérioration des conditions de sécurité à Sadr City et
stopper l’incursion militaire », a dit Hachem. Les partisans
de Moqtada Al-Sadr devraient lancer ce mercredi une
manifestation de masse à l’appel du chef radical. « La
grande manifestation prévue le 9 avril dans la ville sainte
chiite de Najaf aura lieu finalement à Bagdad », a annoncé
Salah Al-Obaidi, le porte-parole du mouvement Sadr à Najaf,
au sud de Bagdad.
Les violences entre troupes gouvernementales et Sadristes
surviennent à deux jours d’auditions très attendues au Sénat
de l’ambassadeur américain à Bagdad, Ryan Crocker, et du
commandant en chef des forces américaines en Iraq, le
général David Petraeus, qui doivent fournir une évaluation
de la situation dans le pays, et sans doute annoncer une
pause dans le retrait des troupes américaines annoncé en
septembre dernier.
Mais au-delà des affrontements entre les forces de l’ordre
et l’Armée du Mahdi, la violence bat son plein partout en
Iraq. Près de Mossoul, dans le nord de l’Iraq, une
quarantaine d’étudiants ont été retenus quelques heures en
otages par des hommes armés avant d’être libérés par les
forces de sécurité. Alors que près de Samarra, au nord de
Bagdad, sept membres d’une « patrouille de voisinage »
iraqienne ont été tués samedi dans un accrochage avec des
combattants d’Al-Qaëda.
Rania
Adel