Al-Ahram Hebdo, Livres | Emma House, « Le monde arabe comme invité d’honneur est un choix naturel »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 9 au 15 avril 2008, numéro 709

 

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Edition. La 39e Foire du livre de Londres (14-16 avril) a choisi le monde arabe comme invité d’honneur de son Market Focus 2008. Entretien avec Emma House, directrice des expositions et responsable du développement international, qui souligne l’importance de ce marché.  

« Le monde arabe comme invité d’honneur
 est un choix naturel »
 

Al-ahram hebdo : Comment évaluez-vous la dimension du « focus sur le marché du monde arabe », par rapport aux cinq éditions précédentes, par rapport à la Foire du livre de Londres (LBF) dans son ensemble ?

Emma House : Le Reed Exhibition organise la totalité de la foire qui est complètement privée, et nous faisons partie du comité de sélection des séminaires, événements et activités du Marché-Focus ciblé cette année sur le monde arabe avec nos partenaires le British Council et l’Alesco, qui dépend de la Ligue arabe. Outre les locaux consacrés aux séminaires, la partie des expositions consacrée au Arab World Market Focus est d’environ 1 000 m2. C’est la plus grande surface que nous avons jamais organisée en terme d’espace d’expositions, non seulement parce qu’il s’agit des 22 pays arabes représentés, mais aussi pour l’intérêt accordé à la langue et la littérature arabes. Car aujourd’hui, le secteur international y investit largement. De nombreux éditeurs de Grande-Bretagne, des Etats-Unis et d’Espagne cherchent à faire traduire leurs titres vers l’arabe, mais aussi à traduire les auteurs arabes dans les différentes langues.

Pourquoi avoir choisi le monde arabe ?

— Lors des cinq précédentes Market Focus, nous nous sommes centrés sur différents groupes de langues. Les deux dernières années, c’étaient l’Espagne et le Mexique, donc la langue espagnole. Cette année, la langue arabe est un choix naturel vu l’intérêt qui y est accordé internationalement et le développement de la langue anglaise dans nombre de pays arabes. Il existe un petit changement en faveur de l’anglais, à titre d’exemple, certaines écoles au Liban commencent à enseigner l’anglais plutôt que le français. De même, le fait que le fameux Harry Potter soit vendu en anglais dans les pays arabes beaucoup plus que dans la langue maternelle est parmi les signes de la popularité de l’anglais dans cette région. C’est pourquoi nous appelons cet événement le Market Focus et non pas l’invité d’honneur, puisqu’il ne s’agit pas d’une Foire publique, mais du business de l’édition. Le client s’intéresse à un espace géographique proprement dit pour des raisons de business. Une seconde raison du choix du marché arabe est de publier davantage les auteurs arabes et chercher les nouveaux talents qui peuvent réussir dans l’édition en langue anglaise et aussi dans d’autres langues. Depuis la réception par Bahaa Taher du prix Booker, l’intérêt des éditeurs anglais s’amplifie, et plusieurs cherchent maintenant à négocier avec son éditeur arabe. De plus, depuis que le monde arabe était l’invité d’honneur de la Foire de Frankfort en 2004, il existe un besoin croissant des pays arabes d’être exposés dans le marché anglophone.

Quels sont les procédés du LBF pour promouvoir ce marché arabe ? Et comment pouvez-vous embrasser la diversité des cultures arabes afin de la représenter au monde occidental ?

— Le magazine Banipal, pour la littérature arabe édité en Grande-Bretagne, nous a été d’une grande aide puisqu’il nous a permis de créer une liste de livres d’auteurs arabes traduits en anglais ou écrivant en anglais. Ces livres seront exposés au grand public et seront inclus dans un catalogue distribué aux libraires et dans les écoles afin de créer une connaissance plus large des auteurs arabes, et surtout de pouvoir indiquer les éditeurs en Grande-Bretagne et aux Etats Unis intéressés à la traduction et la publication des auteurs arabes. Cela mis à part le programme très diversifié des séminaires qui inclura des dédicaces de Hicham Matar, Alaa Al-Aswani et Khaled Al-Khamissi. De plus, nous menons un nouveau projet pour introduire et promouvoir les écrits arabes, intitulé « The Book Crossing » où il s’agit de présenter les livres arabes partout, dans des espaces publics, cafés et en face des librairies, de les exposer, et à partir d’un sticker collé dessus chercher sur le website la présentation du livre et de l’auteur. Le lecteur le déposera dans un autre endroit où il sera la cible d’un autre éventuel lecteur, ce qui permettra de créer une large conscience de la culture arabe.

Comment évaluez-vous l’intérêt des maisons d’édition anglaises pour le livre arabe ?

— Elles ne sont pas nombreuses, environ 15 à 20 maisons d’édition, mais ce qui est intéressant, c’est que quelques grands éditeurs commencent à publier des auteurs arabes comme Penguin qui a publié Hicham Matar et Raja Al-Sanei ; Bloomsburry a publié Ahdaf Soueif et Hanane Al-Cheikh ; une autre maison d’édition a acheté les intérêts des presses de l’AUC du Caire pour Yacobian Building de Alaa Al-Aswani ; de même que Al-Saqi Books qui publie à Londres aussi bien en arabe qu’en anglais.

L’intérêt du London Book Fair semble très centré sur « le marché ». Quelle serait la place du culturel et de la promotion des nouveaux talents dans un programme dominé par les Best-sellers ?

— Dans le but de promouvoir le monde de la culture, on a inévitablement besoin du marché. L’effort déployé dans le marché arabe aura pour objectif en fin de compte de promouvoir la culture et la littérature arabes dans une fin plus globale qui est une meilleure entente de l’un et de l’autre. Quant à la participation des jeunes, nous disposons d’un large éventail d’auteurs, comme Fayza Gouane, une écrivaine adolescente des pays du Maghreb, Raja Al-Sanei de l’Arabie saoudite. Mais le danger dans un événement de la taille du London Book Fair est qu’on a besoin d’auteurs plus ou moins connus afin d’attirer les gens. Par exemple, malgré le boom de l’Immeuble Yacoubian en Grande-Bretagne, Alaa Al-Aswani n’a que ce seul livre traduit en anglais puisque même Chicago ne l’est pas encore.

Nous organisons également un prix international depuis cinq ans, décerné aux jeunes éditeurs dans des pays en développement, qui consiste à promouvoir les jeunes éditeurs et entrepreneurs (International Young Publishing Entrepreneur, IYPE). Il s’agit de sélectionner 10 finalistes de 10 différents pays afin de dresser le profil d’un éditeur entrepreneur créatif. Cinq des sélectionnés sont de pays arabes comme Karim Elias d’Egypte, Nadine Touma du Liban, Thuraya Batterjee d’Arabie saoudite, Mansour Abulhoul des Emirats arabes unis et Nashwa Al-Maghafi du Yémen.

Ils sont pour la plupart soit dirigeant une maison d’édition soit collaborant avec une de ces maisons. Ces lauréats feront une tournée de deux semaines en Grande-Bretagne pour visiter les maisons d’édition, les librairies, les imprimeries, etc. De même que dans les deux dernières années, nous avons organisé des ateliers de travail, en collaborant avec le British Council, dans certaines villes arabes comme Damas et Sharja afin de sensibiliser les éditeurs à la question des droits.

Propos recueillis par Dina Kabil

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