Edition.
La 39e Foire du livre de Londres (14-16 avril) a choisi le
monde arabe comme invité d’honneur de son Market Focus 2008.
Entretien avec Emma House,
directrice des expositions et responsable du développement
international, qui souligne l’importance de ce marché.
« Le monde arabe comme invité d’honneur
est un choix naturel
»
Al-ahram
hebdo : Comment évaluez-vous la dimension du « focus sur le
marché du monde arabe », par rapport aux cinq éditions
précédentes, par rapport à la Foire du livre de Londres
(LBF) dans son ensemble ?
Emma House :
Le Reed Exhibition organise la totalité de la foire qui est
complètement privée, et nous faisons partie du comité de
sélection des séminaires, événements et activités du
Marché-Focus ciblé cette année sur le monde arabe avec nos
partenaires le British Council et l’Alesco, qui dépend de la
Ligue arabe. Outre les locaux consacrés aux séminaires, la
partie des expositions consacrée au Arab World Market Focus
est d’environ 1 000 m2. C’est la plus grande surface que
nous avons jamais organisée en terme d’espace d’expositions,
non seulement parce qu’il s’agit des 22 pays arabes
représentés, mais aussi pour l’intérêt accordé à la langue
et la littérature arabes. Car aujourd’hui, le secteur
international y investit largement. De nombreux éditeurs de
Grande-Bretagne, des Etats-Unis et d’Espagne cherchent à
faire traduire leurs titres vers l’arabe, mais aussi à
traduire les auteurs arabes dans les différentes langues.
— Pourquoi avoir choisi le monde arabe ?
— Lors des cinq précédentes Market Focus, nous nous sommes
centrés sur différents groupes de langues. Les deux
dernières années, c’étaient l’Espagne et le Mexique, donc la
langue espagnole. Cette année, la langue arabe est un choix
naturel vu l’intérêt qui y est accordé internationalement et
le développement de la langue anglaise dans nombre de pays
arabes. Il existe un petit changement en faveur de
l’anglais, à titre d’exemple, certaines écoles au Liban
commencent à enseigner l’anglais plutôt que le français. De
même, le fait que le fameux Harry Potter soit vendu en
anglais dans les pays arabes beaucoup plus que dans la
langue maternelle est parmi les signes de la popularité de
l’anglais dans cette région. C’est pourquoi nous appelons
cet événement le Market Focus et non pas l’invité d’honneur,
puisqu’il ne s’agit pas d’une Foire publique, mais du
business de l’édition. Le client s’intéresse à un espace
géographique proprement dit pour des raisons de business.
Une seconde raison du choix du marché arabe est de publier
davantage les auteurs arabes et chercher les nouveaux
talents qui peuvent réussir dans l’édition en langue
anglaise et aussi dans d’autres langues. Depuis la réception
par Bahaa Taher du prix Booker, l’intérêt des éditeurs
anglais s’amplifie, et plusieurs cherchent maintenant à
négocier avec son éditeur arabe. De plus, depuis que le
monde arabe était l’invité d’honneur de la Foire de
Frankfort en 2004, il existe un besoin croissant des pays
arabes d’être exposés dans le marché anglophone.
— Quels sont les procédés du LBF pour promouvoir ce
marché arabe ? Et comment pouvez-vous embrasser la diversité
des cultures arabes afin de la représenter au monde
occidental ?
— Le magazine Banipal, pour la littérature arabe édité en
Grande-Bretagne, nous a été d’une grande aide puisqu’il nous
a permis de créer une liste de livres d’auteurs arabes
traduits en anglais ou écrivant en anglais. Ces livres
seront exposés au grand public et seront inclus dans un
catalogue distribué aux libraires et dans les écoles afin de
créer une connaissance plus large des auteurs arabes, et
surtout de pouvoir indiquer les éditeurs en Grande-Bretagne
et aux Etats Unis intéressés à la traduction et la
publication des auteurs arabes. Cela mis à part le programme
très diversifié des séminaires qui inclura des dédicaces de
Hicham Matar, Alaa Al-Aswani et Khaled Al-Khamissi. De plus,
nous menons un nouveau projet pour introduire et promouvoir
les écrits arabes, intitulé « The Book Crossing » où il
s’agit de présenter les livres arabes partout, dans des
espaces publics, cafés et en face des librairies, de les
exposer, et à partir d’un sticker collé dessus chercher sur
le website la présentation du livre et de l’auteur. Le
lecteur le déposera dans un autre endroit où il sera la
cible d’un autre éventuel lecteur, ce qui permettra de créer
une large conscience de la culture arabe.
— Comment évaluez-vous l’intérêt des maisons d’édition
anglaises pour le livre arabe ?
— Elles ne sont pas nombreuses, environ 15 à 20 maisons
d’édition, mais ce qui est intéressant, c’est que quelques
grands éditeurs commencent à publier des auteurs arabes
comme Penguin qui a publié Hicham Matar et Raja Al-Sanei ;
Bloomsburry a publié Ahdaf Soueif et Hanane Al-Cheikh ; une
autre maison d’édition a acheté les intérêts des presses de
l’AUC du Caire pour Yacobian Building de Alaa Al-Aswani ; de
même que Al-Saqi Books qui publie à Londres aussi bien en
arabe qu’en anglais.
— L’intérêt du London Book Fair semble très centré sur «
le marché ». Quelle serait la place du culturel et de la
promotion des nouveaux talents dans un programme dominé par
les Best-sellers ?
— Dans le but de promouvoir le monde de la culture, on a
inévitablement besoin du marché. L’effort déployé dans le
marché arabe aura pour objectif en fin de compte de
promouvoir la culture et la littérature arabes dans une fin
plus globale qui est une meilleure entente de l’un et de
l’autre. Quant à la participation des jeunes, nous disposons
d’un large éventail d’auteurs, comme Fayza Gouane, une
écrivaine adolescente des pays du Maghreb, Raja Al-Sanei de
l’Arabie saoudite. Mais le danger dans un événement de la
taille du London Book Fair est qu’on a besoin d’auteurs plus
ou moins connus afin d’attirer les gens. Par exemple, malgré
le boom de l’Immeuble Yacoubian en Grande-Bretagne, Alaa
Al-Aswani n’a que ce seul livre traduit en anglais puisque
même Chicago ne l’est pas encore.
Nous organisons également un prix international depuis cinq
ans, décerné aux jeunes éditeurs dans des pays en
développement, qui consiste à promouvoir les jeunes éditeurs
et entrepreneurs (International Young Publishing
Entrepreneur, IYPE). Il s’agit de sélectionner 10 finalistes
de 10 différents pays afin de dresser le profil d’un éditeur
entrepreneur créatif. Cinq des sélectionnés sont de pays
arabes comme Karim Elias d’Egypte, Nadine Touma du Liban,
Thuraya Batterjee d’Arabie saoudite, Mansour Abulhoul des
Emirats arabes unis et Nashwa Al-Maghafi du Yémen.
Ils sont pour la plupart soit dirigeant une maison d’édition
soit collaborant avec une de ces maisons. Ces lauréats
feront une tournée de deux semaines en Grande-Bretagne pour
visiter les maisons d’édition, les librairies, les
imprimeries, etc. De même que dans les deux dernières
années, nous avons organisé des ateliers de travail, en
collaborant avec le British Council, dans certaines villes
arabes comme Damas et Sharja afin de sensibiliser les
éditeurs à la question des droits.
Propos recueillis par Dina Kabil