Al-Ahram Hebdo, Littérature | Mohamad Al-Faytouri , Les choses
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 Semaine du 9 au 15 avril 2008, numéro 709

 

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Littérature

Le poète soudanais Mohamad Al-Faytouri vient d’obtenir le Prix Naguib Mahfouz. Extraits de différents recueils, ces poèmes expriment merveilleusement les influences arabo-africaines à la base de son œuvre.

Les choses 

Il se peut que ce ne soit rien

Ce que tu vois maintenant dans ton miroir

Tel que tu le vois à travers les talismans des lignes

N’importe quelle chose

Collé à la terre ou précipité dans les nuages

Ou adonné aux aspirations de l’âme.

Voyageant vers l’Occident ou vers l’Orient … ou rêvant à l’infini

Ou nu et vêtu, et proche et lointain

Ou créant et presque créé et riant et presque leurré

Ou une nuée de feu, ou une herbette des roches

Ou les supplications d’un prophète d’un pôle passé à l’autre pôle

Jusqu’aux limites de l’orbite

Puis il a désavoué ses péchés et il s’est dissipé dans les vicissitudes

De la nuit et du jour

 

 

toi, est-ce toi la vérité ?

Retourne maintenant à ton être !

Ce que tu vois n’est pas ce que tu vois est

autre chose que ce que tu vois

N’importe quelle chose, toute chose, autre chose

L’icône du moine est entre les dents du dragon

Et la danseuse aveugle dans sa cadence nègre

Et les pluies à verse sur la place de Bouddha

Le gardien des morts, et Confucius

S’agenouille durant la prière du feu

Et les dieux spectres, arc des ténèbres …

Aux couleurs sombres

Aucune différence, et quelle différence ?

La carte des religions est devenue tolérante

Est mort l’artisan éternel

La création est morte dans le créé

Toute chose sur cette terre est devenue

Semblable à toute chose

Sur la divagation de la terre

Dieu est mort — Dieu a révélé sa majesté — dans la justice, dans l’amour et en l’être humain

 

Le Caire, 1999

(Extrait Du Feu dans les cendres des choses, Nar fi ramad Al-Achyae, Organisme Egyptien du livre, 2001)

 

 

Retouches sur un tableau somalien

 

 

Mogadiscio qui s’est vêtu de son sang

Mogadiscio des visages tristes

Ne sera pas et n’était pas auparavant

Le premier vaisseau en enfer

Et le dernier ballottement dans la pluie

Mogadiscio qui a bu son calice

Mogadiscio des vents prisonniers

La semence de la mort a fleuri dans sa terre

Et la faim et la répression se sont entortillées autour des troncs des arbres

Est-ce là la révolte des hommes

Ou y vois-tu la revanche du destin ?

Mogadiscio sur le tombeau de son histoire

Est une nation qui se suicide !

 

1993

(Extrait de : Arc de la nuit, arc du jour, Qaws Al-leil, qaws al-nahar, Dar Al-Chorouq, 1994)

 

 

Une certaine mort, gloire de la terre

 

Quand se referme l’arc, Rome échange son visage dérobé

La Rome des villes polies dévastées

Au siège de sable

Il n’y a pas plus magnifique qu’un balai d’argent

Qui répand sa fulgurance au carrefour de l’été et de l’hiver

 

Là, un bouffon est prisonnier des morceaux de craie

Abattu, il couvre sa tête de glace avec le soleil

Et sur la colline se traîne le temps polaire

Se réchauffant dans son manteau mouillé,

Combien sont cruels les yeux de la patrie occupée

Des chevaux et des faucons dans les galeries

Et des spectres de moulins à l’horizon

C’est la désolation que ne réchauffe pas la désolation

Qui s’étend dans le devenir de l’autre

— Est mort le sixième roi

A dit le sanglot de la religieuse vierge

— Est mort le sixième roi

Et elle s’est effondrée sur l’autel

Et les rois muraux qui ont attendu depuis des années ont protesté

Ont brandi leurs épées au-dessus des cercueils

Ils ont illuminé la sphère céleste des prophéties

Leurs pluies se sont déversées sur les chemins des villes érodées

Le roi jaune a dit :

Voici qu’est parti le porteur de la grande croix d’or sur terre

Le roi noir a dit :

Un diadème de fleurs, et l’étreinte du vent

Le roi bleu a dit :

Une certaine mort, gloire de la terre

Une certaine mort est la gloire de Dieu

L’homme muet a dit :

Cet immense carnaval papal

Est digne des rois des fantasmagories et dans mon époque

Où l’anneau sublime est au doigt et le doigt dans l’anneau

Les fleurs de mes jardins sont sur leurs corps

Au-dessus des coursiers noirs

Rien n’est plus beau que leurs cols au-dessus des coursiers noirs des chars

Et il s’est étendu sur son rire, puis l’homme muet a repris conscience

— Le sixième roi est mort

 

-2-

 

Ni l’olivier de Dieu, ni le narcisse de Satan

Ceci c’est toi !

L’oiseau et le serpent se sont réfléchis dans ton âme

Cela c’est toi !

 

Rome, 1980

(Extrait de : A L’Est du soleil, à l’ouest de la lune (Charq al-chams, gharb al-qamar, Dar Al-Chorouq, 1992):

Traduction de Suzanne Lackany

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Mohamad
Al-Faytouri
 

Né en 1930 à Alexandrie, Mohamad Al-Faytouri a longtemps vécu en exil dans différents pays arabes, tout en restant très marqué par le Soudan, son pays d’origine. La langue prend chez lui une importance primordiale en tant que véhicule de la culture arabo-musulmane. Arabe, il se revendique également Africain, célébrant dans ses poèmes son identité soudanaise. Il paraît être donc au confluent de plusieurs cultures se rejoignant, faisant une unité entre elles, défiant ainsi un particularisme outré sans sombrer dans une vision nivelée et faussement unitaire.

Il est l’auteur de plusieurs recueils de poèmes, dont A L’Est du soleil, à l’ouest de la lune (Charq Al-Chams, gharb al-qamar, Dar Al-Chorouq, 1992), Arc de la nuit, arc du jour, Qaws Al-leil, qaws al-nahar, Dar Al-Chorouq, 1994), Du Feu dans les cendres des choses, Nar fi ramad al-achyae, Organisme égyptien du livre, 2001.

Président du jury, Ahmed Darwich a décrit Al-Faytouri comme le poète qui “par ses mots réussit à faire vivre la poésie, et par sa poésie à faire vivre l’être humain.” D’une valeur de 10000 dollars, le Prix Naguib Mahfouz avait été attribué auparavant au romancier syrien Hanna Mena (2005) et au poète palestinien Samih Al-Qassem (2006). 

 

 




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