Journée de Grève.
L’Egypte a connu ces 12 derniers mois de nombreux mouvements
de grève et de protestation qui ont inclus quasiment toutes
les composantes de la société.
Une année d’effervescence
11 avril 2007 : grève des ouvriers de l’Entreprise arabe de
brique
L’une
des plus longues grèves ouvrières a été celle des ouvriers
de l’Entreprise arabe de brique. « Avoir ses droits ou
mourir sur place », tel a été le mot d’ordre de 150 ouvriers
qui ont fait la grève à l’intérieur des murs de leur usine.
Celle-ci avait fermé ses portes pour être proposée à la
vente au secteur privé, tout simplement pour des raisons de
profit. Quant aux ouvriers, ils se sont trouvés à la rue.
Pendant plus de 5 mois successifs, ces travailleurs ont
refusé de quitter les lieux. Ils ont exigé non seulement de
récupérer leurs salaires qui leur ont été coupés sans aucune
raison, mais aussi de recevoir une prime pour leurs longues
années de travail. Ce long sit-in a pris fin avec des
promesses de la part du gouvernement de les dédommager.
Jusqu’aujourd’hui, ces ouvriers n’ont toujours pas pu
recevoir grand-chose.
7 octobre 2007 : grève de la presse égyptienne
La
presse égyptienne n’a pas hésité à son tour à faire sa
grève. Une grève pour défendre la liberté de la presse,
obtenir la suppression des peines de prison à l’encontre des
journalistes et dénoncer la difficulté rencontrée pour
accéder à l’information. 18 journaux égyptiens indépendants
et d’opposition ont décidé de ne pas paraître le dimanche 7
octobre 2007, pour protester contre des atteintes à la
liberté de la presse. Ceci faisait suite à la condamnation à
un an de prison et 20 000 livres d’amende des rédacteurs en
chef des journaux indépendants Al-Dostour, Sawt Al-Omma,
Al-Fagr et Al-Karama, pour diffusion « de fausses
informations sur la santé du président de la République ».
Une grève à laquelle le gouvernement a fait la sourde
oreille. En effet, Ibrahim Eissa, rédacteur en chef d’Al-Dostour,
vient d’être condamné à une peine d’un an de prison et 10
000 L.E. d’amende.
21 octobre 2007 : grève des employés des impôts fonciers
Devant
le ministère des Finances, un peu plus de 3 000
fonctionnaires venant des quatre coins d’Egypte de
l’Organisme des impôts fonciers ont procédé le 21 octobre
2007 à un sit-in ouvert réclamant une révision de leurs
salaires et primes. Selon les employés, leur salaire moyen
se situe entre 250 et 300 L.E.
Cela n’était pas le premier mouvement de protestation des
employés de l’Organisme des impôts fonciers. Mais c’est le
plus vaste et le mieux organisé de tous. Il a permis de
rompre avec l’image du fonctionnaire égyptien soumis et
passif. De plus, ce mouvement a eu des échos positifs. Leurs
revendications ont été en grande partie satisfaites. Mais
avec la hausse continuelle des prix, leur niveau de vie ne
s’est pas tellement amélioré.
23 juillet 2007 : grève générale
«
Restez à la maison ». Ce fut la première répétition pour une
désobéissance civile. Ce mouvement de protestation
populaire, dont le slogan a été « Restez à la maison », a
été lancé par Hamdine Sabbahi, président du Parti nassérien
non encore homologué, Al-Karama, avec des dirigeants du
mouvement Kéfaya ainsi que d’autres mouvements populaires.
Il s’agissait d’inviter le peuple égyptien à la
désobéissance civile à travers un moyen de protestation
pacifique. « Un terme nouveau auquel le peuple égyptien
devrait s’habituer », comme l’a expliqué Georges Ishaq,
membre de Kéfaya. Pour les commanditaires de ce mouvement
public, les citoyens ne devaient pas descendre dans la rue
mais plutôt mettre le drapeau de l’Egypte sur leur balcon ou
sur les voitures. La date choisie coïncidant à un jour férié
à l’occasion du 55e anniversaire de la Révolution visait à
éviter que les fonctionnaires absents ne soient pas
sanctionnés. Il s’agissait simplement comme le disaient les
activistes d’un essai pour un jour attendu.
28 janvier 2008 : grève des employés des chemins de fer
Les
employés des chemins de fer égyptiens ont décidé d’arrêter
toute circulation de trains pour 10 longues heures
successives à la gare du Caire. Plus de 500 contrôleurs ont
commencé la grève à 11h appelant le gouvernement à annuler
la nouvelle décision d’augmentation des amendes sur les
passagers de 50 piastres à 10 L.E. Les contrôleurs craignant
les réactions des passagers qui pourraient ne pas payer, ce
qui réduirait une partie des revenus accordés aux
contrôleurs. La grève n’a pris fin que vers 16h30 suite à
l’annulation de la nouvelle décision. Une action même si ses
mobiles semblent curieux.
23 mars 2008 : grève des professeurs des universités
Pour
la première fois dans l’histoire des universités
égyptiennes, les professeurs ont décidé d’observer une grève
générale qui a eu lieu le 23 mars 2008 exigeant des hausses
de salaires et de meilleures conditions de travail. Ils
revendiquaient une augmentation de l’ordre de 100 %. Sachant
que la moyenne du salaire ne dépasse pas les 2 000 L.E. par
mois. Tous unis, les professeurs des 16 universités
gouvernementales de tous les gouvernorats de l’Egypte ont
cessé le travail de 10h jusqu’à 14h en guise de
protestation. la participation à la grève fut d’un très haut
niveau. A l’Université du Caire, 80 % des professeurs ont
répondu à l’appel. Ils portaient des affiches sur lesquelles
s’inscrivaient leurs demandes telles que « Nous voulons des
hausses de salaires, nous voulons une vie honorable ».
Chaïmaa Abdel-Hamid