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 Semaine du 9 au 15 avril 2008, numéro 709

 

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Evénement

Journée de Grève. L’Egypte a connu ces 12 derniers mois de nombreux mouvements de grève et de protestation qui ont inclus quasiment toutes les composantes de la société.

Une année d’effervescence

 

11 avril 2007 : grève des ouvriers de l’Entreprise arabe de brique

L’une des plus longues grèves ouvrières a été celle des ouvriers de l’Entreprise arabe de brique. « Avoir ses droits ou mourir sur place », tel a été le mot d’ordre de 150 ouvriers qui ont fait la grève à l’intérieur des murs de leur usine. Celle-ci avait fermé ses portes pour être proposée à la vente au secteur privé, tout simplement pour des raisons de profit. Quant aux ouvriers, ils se sont trouvés à la rue. Pendant plus de 5 mois successifs, ces travailleurs ont refusé de quitter les lieux. Ils ont exigé non seulement de récupérer leurs salaires qui leur ont été coupés sans aucune raison, mais aussi de recevoir une prime pour leurs longues années de travail. Ce long sit-in a pris fin avec des promesses de la part du gouvernement de les dédommager.

Jusqu’aujourd’hui, ces ouvriers n’ont toujours pas pu recevoir grand-chose.

 

7 octobre 2007 : grève de la presse égyptienne

La presse égyptienne n’a pas hésité à son tour à faire sa grève. Une grève pour défendre la liberté de la presse, obtenir la suppression des peines de prison à l’encontre des journalistes et dénoncer la difficulté rencontrée pour accéder à l’information. 18 journaux égyptiens indépendants et d’opposition ont décidé de ne pas paraître le dimanche 7 octobre 2007, pour protester contre des atteintes à la liberté de la presse. Ceci faisait suite à la condamnation à un an de prison et 20 000 livres d’amende des rédacteurs en chef des journaux indépendants Al-Dostour, Sawt Al-Omma, Al-Fagr et Al-Karama, pour diffusion « de fausses informations sur la santé du président de la République ». Une grève à laquelle le gouvernement a fait la sourde oreille. En effet, Ibrahim Eissa, rédacteur en chef d’Al-Dostour, vient d’être condamné à une peine d’un an de prison et 10 000 L.E. d’amende.

21 octobre 2007 : grève des employés des impôts fonciers

Devant le ministère des Finances, un peu plus de 3 000 fonctionnaires venant des quatre coins d’Egypte de l’Organisme des impôts fonciers ont procédé le 21 octobre 2007 à un sit-in ouvert réclamant une révision de leurs salaires et primes. Selon les employés, leur salaire moyen se situe entre 250 et 300 L.E.

Cela n’était pas le premier mouvement de protestation des employés de l’Organisme des impôts fonciers. Mais c’est le plus vaste et le mieux organisé de tous. Il a permis de rompre avec l’image du fonctionnaire égyptien soumis et passif. De plus, ce mouvement a eu des échos positifs. Leurs revendications ont été en grande partie satisfaites. Mais avec la hausse continuelle des prix, leur niveau de vie ne s’est pas tellement amélioré.

23 juillet 2007 : grève générale

« Restez à la maison ». Ce fut la première répétition pour une désobéissance civile. Ce mouvement de protestation populaire, dont le slogan a été « Restez à la maison », a été lancé par Hamdine Sabbahi, président du Parti nassérien non encore homologué, Al-Karama, avec des dirigeants du mouvement Kéfaya ainsi que d’autres mouvements populaires. Il s’agissait d’inviter le peuple égyptien à la désobéissance civile à travers un moyen de protestation pacifique. « Un terme nouveau auquel le peuple égyptien devrait s’habituer », comme l’a expliqué Georges Ishaq, membre de Kéfaya. Pour les commanditaires de ce mouvement public, les citoyens ne devaient pas descendre dans la rue mais plutôt mettre le drapeau de l’Egypte sur leur balcon ou sur les voitures. La date choisie coïncidant à un jour férié à l’occasion du 55e anniversaire de la Révolution visait à éviter que les fonctionnaires absents ne soient pas sanctionnés. Il s’agissait simplement comme le disaient les activistes d’un essai pour un jour attendu.

28 janvier 2008 : grève des employés des chemins de fer

Les employés des chemins de fer égyptiens ont décidé d’arrêter toute circulation de trains pour 10 longues heures successives à la gare du Caire. Plus de 500 contrôleurs ont commencé la grève à 11h appelant le gouvernement à annuler la nouvelle décision d’augmentation des amendes sur les passagers de 50 piastres à 10 L.E. Les contrôleurs craignant les réactions des passagers qui pourraient ne pas payer, ce qui réduirait une partie des revenus accordés aux contrôleurs. La grève n’a pris fin que vers 16h30 suite à l’annulation de la nouvelle décision. Une action même si ses mobiles semblent curieux.

23 mars 2008 : grève des professeurs des universités

Pour la première fois dans l’histoire des universités égyptiennes, les professeurs ont décidé d’observer une grève générale qui a eu lieu le 23 mars 2008 exigeant des hausses de salaires et de meilleures conditions de travail. Ils revendiquaient une augmentation de l’ordre de 100 %. Sachant que la moyenne du salaire ne dépasse pas les 2 000 L.E. par mois. Tous unis, les professeurs des 16 universités gouvernementales de tous les gouvernorats de l’Egypte ont cessé le travail de 10h jusqu’à 14h en guise de protestation. la participation à la grève fut d’un très haut niveau. A l’Université du Caire, 80 % des professeurs ont répondu à l’appel. Ils portaient des affiches sur lesquelles s’inscrivaient leurs demandes telles que « Nous voulons des hausses de salaires, nous voulons une vie honorable ».

Chaïmaa Abdel-Hamid

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Les ouvriers égyptiens, premiers grévistes de l’Histoire

La première grève relatée a eu lieu en Egypte en 1200 av. J.-C. (an 29 du règne de Ramsès III), à Deir Al-Médineh. Les ouvriers chargés de la décoration des monuments de la Vallée des rois protestaient contre le retard de ravitaillement. An 29, deuxième mois de l’hiver, jour 10. « Nous avons faim ! 18 jours sont déjà passés dans ce mois, et les hommes allèrent s’asseoir à l’arrière du temple funéraire de Menkheperrê [Thoutmosis III] ». La conciliation ayant échoué, les ouvriers continuent leur grève et en expliquent la raison. « Si nous en sommes arrivés à ce point, c’est à cause de la faim et de la soif ; il n’y a plus de vêtements, ni d’onguents, ni de poissons, ni de légumes ; écrivez au pharaon, notre bon seigneur, à ce propos, et écrivez au vizir, notre supérieur, pour que les provisions nous soient données ».

Ce papyrus (musée de Turin) est assez extraordinaire, il a été rédigé par le scribe Amennakhte qui rapporte les faits. D’habitude, ces grèves étant fréquentes, les fonctionnaires faisaient de belles promesses ou donnaient des demi-rations pour les faire patienter. Les grévistes nommaient d’ailleurs des représentants qui faisaient part de leurs griefs au vizir par l’intermédiaire des officiers de police.

Ahmed Loutfi

 




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