Journée de Grève.
Cette journée de protestation, qui a eu lieu notamment à la
demande de bloggueurs avec un écho retentissant sur le net,
a dévoilé la naissance d’un nouvel acteur social et
politique.
Le parti Internet en action
6 avril ... Grève générale du peuple égyptien ... Le groupe
attire en une semaine plus de 67 000 membres sur le Facebook.
A l’origine, des jeunes bloggueurs dont Israa, membre du
parti d’Al-Ghad et qui finit par être arrêtée, en militant
pour son idée. L’appel à la grève générale contre la flambée
des prix se répand vite sur Internet, du Facebook à Twitter,
de blog en blog, de mail en mail ...
On mobilise, on propose des idées, on donne des instructions
pour cette journée de désobéissance civile. Aucun mouvement
social en Egypte n’avait trouvé tant d’écho sur Internet.
Les internautes semblent s’inspirer de leur expérience lors
des législatives et sont encouragés par une activité de
bloggueurs en expansion dans un pays, où les médias
principaux sont contrôlés par l’Etat. Désormais, on parle
d’un nouveau parti égyptien, le parti Internet qui remplace
d’autres aussi archaïques et incapables de mobiliser les
Egyptiens, en particulier les jeunes. « Afficher le drapeau
égyptien partout, s’habiller en noir, distribuer le slogan
et n’oublier surtout pas d’offrir une fleur à chaque
policier », indique le groupe à ses membres. Harakamasreya —
site de Kéfaya —, les blogs de Alaa et Manal, de Waël Abbass,
et d’autres ... Tous affichent le même message et les mêmes
slogans appelant à rester à la maison, ou à prendre part aux
manifestations « dans les principales places », mais surtout
« n’allez pas au travail, n’allez pas à l’université,
n’ouvrez pas vos commerces, n’ouvrez pas vos pharmacies ...
Nous voulons des salaires dignes, nous voulons du travail,
de l’éducation pour nos enfants, des transports humains, des
hôpitaux ... », la liste s’allonge entre ce qu’espèrent les
Egyptiens et ce qu’ils veulent changer.
L’initiative prend une autre dimension le jour même de la
grève ... Les Egyptiens peuvent suivre presque en direct ce
qui se passe dans la rue, au Caire et dans les autres
provinces du pays. Une Hotline est créée, téléphone, mail et
blog (0119423496, 6april08@gmail.com,
6april08.blogspot.com), Nora Younès les propose pour
permettre à la population de rapporter comment se déroule la
journée, de partager les infos sur la grève. « A 13h, pas de
cours à l’Université du Caire, le campus principal, une
centaine d’étudiants (non Frères musulmans) manifestent »,
lit-on sur twitter.com/alaa.
Les flashs se succèdent ... Chacun rapporte ce qui se passe
dans son quartier. « Les policiers sont partout », « Peu de
gens circulent à Masr Al-Qadima », « Mohamad Charqawi (le
bloggueur) est apparemment arrêté ». Le phénomène est
impressionnant : twitter.com/waelabbas précise que « Les
nouvelles initiales venant de Mahalla ne sont pas bonnes »
... « La police tire des grenades lacrymogènes à Mahalla
(...), tous les accès et routes menant à la ville sont
fermés ». Dans la nuit, alors que les médias officiels ne
rapportent rien sur les heurts entre policiers et habitants
de la ville et que les chaînes satellitaires, y compris
Al-Jazeera, sont en panne apparemment d’images, la seule
information disponible vient d’Internet ? Les premières
images des affrontements sont d’abord diffusées par les
bloggueurs. La blogosphère rayonne, même si beaucoup tentent
d’en atténuer l’ampleur surtout qu’on estime uniquement à 10
% de la population, les connectés sur la toile. Plus de 7
millions pourtant, un chiffre à ne pas négliger et qui, en
dépit de tout, a réussi à mobiliser mêmes les autorités. Sur
« Generalstrike_6 April », un groupe de Yahoo, le message
est clair : « N’oubliez pas le 6 avril.
C’est
juste le début ».
Samar
Al-Gamal