ÉVÉNEMENT .
L’inauguration du nouveau siège de l’Union des écrivains
égyptiens à la Citadelle a été l’occasion d’attribuer le
Prix Mahfouz au poète soudanais
Mohamad Al-Faytouri
et le Prix Ragaa Al-Naqqach pour la critique littéraire à Abdel-Hamid Ibrahim.
Festivités historiques
L’inauguration
du nouveau siège de l’Union des Ecrivains Egyptiens (UEE) a
pris le pas cette année sur le débat culturel et politique
entre intellectuels arabes. Ce nouveau siège, situé à la
Citadelle, a nécessité deux ans de restauration (voir
Al-Ahram Hebdo n°708). Ce siège sera exclusivement destiné à
accueillir conférences, colloques, et événements artistiques
dans un cadre historique, permettant à l’UEE de jouer son
rôle de présidente de l’Union des écrivains arabes. Le siège
administratif de l’UEE rue Hassan Sabri à Zamalek ne sera
donc pas déplacé.
Inauguré le 2 avril en présence de M. Farouk Hosny, ministre
de la Culture, le nouveau siège a été choisi entre autres
pour sa symbolique historique. Mohamed Salmawy, président de
l’UEE, a ainsi rappelé que Saladin était « l’unificateur des
Arabes qui les avait emmenés vers la victoire », et la
citadelle « une base pour la libération arabe de
l’occupation des croisés ». Il a également rappelé le rôle
joué récemment par les Unions d’écrivains arabes dans «
l’unification de l’opinion publique arabe autour de la
protestation » contre le choix d’Israël comme invité
d’honneur au Salon du livre à Paris en mars 2008. La
présence des représentants des Unions d’écrivains arabes
(Jordanie, Soudain, Maroc, Palestine, Bahreïn, Emirats,
Algérie, Oman, Tunisie, Yémen, Koweït), appelés à tour de
rôle à la tribune pour se voir discerner la médaille de l’UEE,
ne jouait cependant qu’un rôle strictement cérémonial. Un
rôle auquel s’est tenu Al-Motawakkil Taha, président de
l’Union des écrivains palestiniens, en déclamant des vers à
la gloire de l’Egypte.
Outre le Prix Naguib Mahfouz décerné cette fois-ci au poète
soudanais Mohamad Al-Faytouri (voir page Littérature), l’UEE
a également lancé, en coopération avec Dar Al-Chorouq, un
nouveau prix, au nom de Ragaa Al-Naqqach, en hommage au
critique qui nous a quittés cette année. D’une valeur de 10
000 L.E., ce prix est allé au critique littéraire
Abdel-Hamid Ibrahim, récompensant un homme, qui « à
soixante-dix ans passés a contribué à enrichir la critique
arabe », d’après M. Youssef Noufal, président du jury.
Même si l’heure était plutôt au festif qu’au débat, il était
possible de trouver un fil conducteur entre les trois
contributions faites tout au long de la journée du 3 avril.
Le romancier indien Amitav Ghosh a ainsi rappelé, dans son
intervention sur la genèse de In An Antique Land, (voir
Al-Ahram Hebdo n°707), « les menaces que faisait peser
l’Empire sur les dialogues », rejoint en cela par tous les
fondamentalistes. Dans sa conclusion, il revenait sur la
xénophilie, « l’amour de l’étranger », comme « l’un des
sentiments les plus beaux et les plus puissants que l’on
retrouve dans les chants mystiques indiens, où la bien-aimée
est souvent l’étranger », insistant sur le rôle de la
littérature face à toutes les xénophobies.
Une préoccupation dont l’intervention de Abdel-Wahab
Al-Mésseiri, à son habitude très virulente contre « la
modernité darwinienne dominant le monde », s’est malgré tout
faite l’écho, en insistant sur la nécessité de «
différencier entre le discours des impérialistes et celui de
ceux qui nous aiment ». Son intervention était une
présentation des Vers du vieux marin (The Rime of The
Ancient Mariner, Samuel Coleridge), qu’il a traduits et qui
ont été publiés chez Dar Al-Chourouq dans un beau livre
illustré par la peintre alexandrine Rabab Al-Nimr. Ces
dessins étaient exposés, avec des toiles de la peintre Nazli
Madkour inspirées de l’œuvre de Mahfouz Les Mille et une
nuits, dans l’une des salles du tout nouveau siège de l’UEE.
Enfin, l’écrivain mexicain Ruy-Sanchez (voir entretien) n’a
pas été en reste, en décrivant « l’héritage arabe de la
culture mexicaine ».
Dina
Heshmat