Partis.
Au lendemain de son élection à la tête du Front
démocratique, Ossama
Al-Ghazali veut resserrer les
rangs pour entamer une « nouvelle phase ».
La renaissance du dernier venu
Lors d’une première conférence de presse après son élection
la semaine dernière à la tête du parti de tendance libérale,
le « Front démocratique », Ossama
Al-Ghazali
Harb a appelé samedi tous les leaders démissionnaires
à tourner la page et rentrer au « bercail ».
Son grand souci dans ces trois prochains mois serait de
finaliser la charte du parti, afin de pouvoir procéder dans
un cadre légal. Sa première revendication, l’amendement de
l’article 76 de la Constitution sur l’élection du président
de la République, et sa première bataille, l’amélioration
des conditions économiques des citoyens.
« La période écoulée fut une phase d’expérimentation,
maintenant le bateau a atteint le port en toute sécurité »,
a annoncé le nouveau président.
Lors de cette première conférence de presse en tant que
président du parti, Al-Ghazali,
qui a été fortement critiqué pour avoir participé à une
réunion organisée au Caire par les coptes de la diaspora, a
tenu à prendre ses distances en soulignant que son parti,
bien qu’il souffre de problèmes financiers, n’accepterait
aucun financement de « sources suspectes, tels certains
coptes émigrés ».
Mais avec l’élection de deux coptes, Marguerite
Azer comme secrétaire général et
Sameh Antoine comme
vice-président, Al-Ghazali
pouvait se targuer du fait que le Front démocratique est le
premier parti politique égyptien à accorder de tels postes à
des citoyens chrétiens.
« Ce sont les valeurs de citoyenneté que défend notre parti
qui ont permis mon élection », a de son côté déclaré Mme
Azer, soulignant que le fait
qu’une femme copte occupe ce poste n’excluait pas la
possibilité d’une concertation avec les Frères musulmans, «
pourvu que la confrérie se trouve une légitimité sur
l’échiquier politique égyptien ».
Les tentatives de réintégrer les démissionnaires se sont
toutefois soldées par un échec, ces derniers, qui comptent
des anciens diplomates, des juristes et militants
politiques, ayant considéré que leur décision de quitter le
parti était irrévocable à cause notamment de l’atmosphère
clanique qui régnait dans le parti. En fait, les dirigeants
du parti se sont polarisés autour des deux adversaires,
Ossama
Al-Ghazali, d’un côté, et Anouar
Esmat
Al-Sadate, de l’autre. Ce dernier estimait qu’Al-Ghazali
dirigeait le parti avec la mentalité de « l’académicien »,
prétendant pouvoir combler lui-même, avec son expérience de
député, le côté manquant, à savoir le travail de terrain du
« politique engagé ». Finalement, c’est le clan d’Al-Ghazali
qui a raflé tous les postes-clés lors des élections du 28
mars. Al-Sadate, qui disputait
le secrétariat général du parti face à Marguerite
Azer, a nié toute intention de
contester les résultats des élections et affirmé qu’il
allait continuer à travailler dans le cadre du parti qui,
selon lui, « n’est la propriété privée de personne ».
Avant de participer à la création du Front démocratique,
Al-Ghazali faisait lui-même
partie du Comité des politiques du PND présidé par
Gamal Moubarak avant de s’en
retirer. « Les intellectuels n’y servent que de vitrine et
n’ont même pas le droit à la parole », avait-il alors
martelé. En participant à la création du Front démocratique
il y a moins d’un an, Al-Ghazali
et ses compagnons cherchaient en quelque sorte à se frayer
un chemin qui les distinguait à la fois du Parti National
Démocrate (PND, au pouvoir) et des Frères musulmans,
estimant que le premier n’est qu’un « groupe d’intérêts » et
que les deuxièmes se situent en dehors de la légalité.
« La coopération se maintient avec le Wafd, le Rassemblement
et le Parti nassérien, mais on n’y compte pas beaucoup »,
affirmait Al-Ghazali qui
considère son parti « différent » même des autres partis de
l’opposition laïque.
Mais à l’instar des autres partis dont il veut se démarquer,
les guerres intestines n’ont pas tardé à se manifester au
sein du Front démocratique posant des doutes sur sa vocation
« unique ».
Chérif
Albert