Droits de l’Homme.
Le quatrième rapport annuel du Conseil national des droits
de l’homme vient d’être publié. Il fait état de nombreuses
violations.
Bilan encore négatif
Le
dernier rapport du Conseil national des droits de l’homme,
publié cette semaine, tire la sonnette d’alarme. D’abord, la
torture et les mauvais traitements dans les commissariats
n’ont pas reculé. « Les cas de torture ont continué à être
signalés dans certains commissariats de police », souligne
le document qui qualifie le phénomène d’« inquiétant ». Le
rapport appelle à la nécessité d’améliorer les conditions de
vie dans les prisons. Malgré la décision du ministre de
l’Intérieur d’augmenter le nombre de visites pour les
familles des prisonniers, « certains prisonniers sont
interdits de visite », souligne le rapport. Le document
souligne en outre un grand nombre d’arrestations pour
appartenance politique ou idéologique. Le rapport évoque
également les questions de liberté et des droits des
citoyens de même que la traduction de civils devant les
tribunaux militaires. « Certains cadres des Frères musulmans
ont été déférés devant des tribunaux militaires en
contradiction avec la Constitution et les chartes
internationales relatives aux droits de l’accusé », souligne
le document qui appelle le gouvernement à garantir la
liberté de création des partis politiques et des
associations civiles. Le conseil exige l’adoption d’une
nouvelle loi sur l’exercice des droits politiques et un
système électoral à la proportionnelle qui garantit une
représentativité à toutes les forces politiques.
Le conseil affirme avoir reçu au cours de la dernière
année écoulée 6 676 plaintes. 2 825 plaintes ont trait aux
droits économiques et sociaux et 2 156 ont trait aux droits
politiques et civils. En matière de liberté d’expression, le
rapport note un recul inquiétant. « La liberté d’expression
est la garantie de tout développement démocratique »,
souligne le document. Il déplore cependant que malgré la
suppression des peines d’emprisonnement dans les délits de
publication, il existe encore de nombreux actes qui sont
toujours passibles de peines de prison dans l’exercice de la
liberté d’opinion et d’expression. Le rapport fait ainsi
référence à la condamnation à un an de prison de quatre
rédacteurs en chef de journaux indépendants pour avoir
propagé « des rumeurs infondées sur la santé du président
Hosni Moubarak » de même que l’arrestation et
l’emprisonnement d’un bloggeur accusé d’atteinte à la
religion. Le rapport évoque également la récente charte de
déontologie approuvée par les ministres arabes de
l’Information et qui, officiellement, vise à faire face aux
« abus » des chaînes satellites. Le document estime qu’il
s’agit d’une entrave à une restriction à la liberté de
circulation de l’information. Enfin, le rapport fait
remarquer que la protection des droits économiques et
sociaux constitue un besoin urgent après l’augmentation des
prix. Il appelle le gouvernement à mettre fin au phénomène
des enfants travailleurs dont le nombre a atteint un 1,7
million et à poursuivre le processus de réforme politique et
juridique. Le document appelle enfin le gouvernement à lui
soumettre le nouveau projet de loi sur le terrorisme censée
remplacer la loi sur l’état d’urgence en vigueur depuis 1981
en Egypte et à œuvrer pour un équilibre entre la sécurité de
l’Etat et celle de la société.
Ce document vient s’ajouter à d’autres rapports
critiques sur la situation des droits de l’homme en Egypte.
Il intervient ainsi quelques semaines après un projet de
résolution au Parlement européen dénonçant le climat
défavorable des droits de l’homme en Egypte. Bien que les
questions relatives aux droits de l’homme soient plus
fréquemment abordées par les médias, beaucoup d’analystes
s’accordent à dire qu’aucun progrès véritable n’a été opéré
dans ce domaine au cours des dernières années en Egypte. «
Les rares choses qui ont été accomplies au cours des
dernières années comme, par exemple, la création d’un
conseil des droits de l’homme sont insignifiantes et visent
seulement à embellir l’image du régime. En revanche, les
violations des droits de l’homme se poursuivent. Nous
l’avons vu dans l’attitude des services de sécurité avec les
bédouins du Sinaï après les attentats de Taba, Dahab et
Charm Al-Cheikh. Des milliers de bédouins ont été arrêtés
arbitrairement et ont subi des tortures. La même chose se
produit avec certains détenus islamistes. D’autre part, les
conditions dans les prisons sont lamentables », note
Bahieddine Hassan, directeur du Centre du Caire pour les
droits de l’homme. Pour lui, la torture en Egypte est un
héritage politique. « C’était la méthode employée par le
régime nassérien pour éliminer ses opposants. Cette méthode
est enracinée dans les services de sécurité égyptiens »,
analyse Bahieddine Hassan, affirmant que l’Etat se sert de
la pression pour combattre les islamistes ou pour opérer des
rééquilibrages sur la scène politique. Si aujourd’hui, il
existe plusieurs organisations œuvrant dans le domaine des
droits de l’homme, leur rôle se limite à recenser les abus
et elles n’exercent aucune pression sur l’Etat. Quant aux
pressions externes exercées sur l’Egypte en matière des
droits de l’homme, bien que d’apparence importantes, elles
ne sont pas effectives. « Ceci est dû au fait que l’Egypte
rend des services sur le plan diplomatique et sécuritaire
aux Etats-Unis et à l’Europe (facilitations pour la guerre
en Iraq, rôle modérateur du Caire dans le dossier de la
paix, etc.). Cette situation fait que la position de ces
pays est toujours sujette à des calculs », analyse
Bahieddine Hassan. Ces propos de Bahieddine Hassan tranchent
avec ceux des responsables gouvernementaux. Pour ces
derniers, les organismes des droits de l’homme ne voient que
le mauvais côté des choses. « Il y a eu des progrès
accomplis au niveau des droits de l’homme au cours des
récentes années. Nous avons par exemple amélioré les
conditions de vie dans les prisons », note un responsable de
la sécurité ayant requis l’anonymat. Et de souligner que
plusieurs officiers de police coupables de tortures ou de
mauvais traitements ont été déférés devant la justice et
condamnés et que des stages de droits de l’homme sont
organisés pour les officiers. « Certainement, il y a des
abus mais il faudra du temps pour que les choses
s’améliorent », souligne le responsable.
Les rapports émis par le Conseil national des droits
de l’homme sont envoyés au gouvernement qui est censé
répondre aux plaintes qu’ils renferment.
Or, ceci ne
se produit que rarement.
Ola
Hamdi