Al-Ahram Hebdo, Economie | Le trop-plein des caisses divise
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 9 au 15 avril 2008, numéro 709

 

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Economie

Réserves Internationales. Avec les chiffres records affichés par la Banque Centrale Egyptienne, une polémique se développe sur l’opportunité ou pas de poursuivre le cumul. Explications.

Le trop-plein des caisses divise

123,8 % . C’est le taux d’augmentation des réserves internationales de la Banque Centrale Egyptienne (BCE) au cours des 4 dernières années. Elles ont franchi les 32,9 milliards de dollars en février dernier, un record dans l’histoire de la BCE, alors qu’en juin 2004 elles atteignaient 14,7 milliards de dollars. Ainsi, l’Egypte se retrouve en tête des pays régionaux comme l’Arabie saoudite (31,3 milliards de dollars de réserves), les Emirats arabes unis (29,6) et le Maroc (25,6). Elle occupait en 2007 la 34e place mondiale, selon le classement du Fonds Monétaire Internationale (FMI). « L’accumulation des réserves est devenue un phénomène mondial. Depuis la crise asiatique de 1997, la majorité des pays émergents tendent à cumuler leurs réserves internationales, considérées comme un élément de défense contre les crises internationales et les fluctuations des flux des investissements étrangers. Les pays du Golfe n’ont pas la nécessité de prendre cette mesure, car ils possèdent des surplus dépassant des 9 000 milliards de dollars en raison de la hausse des prix du pétrole », explique Fakhri Al-Fiqi, professeur en finances internationales à l’Université canadienne Al-Ahram et ex-adjoint du directeur exécutif du FMI. Il ajoute que la détention d’un montant aussi important de réserves donne à un pays comme l’Egypte plus de crédibilité et de poids auprès des grandes institutions financières internationales telles que le FMI.

L’accumulation de ce montant de réserves par la BCE revient en grande partie à la politique monétaire adoptée par son gouverneur Farouq Al-Oqda, qui a réussi là où ont échoué ses prédécesseurs. Ce dernier a maintenu la stabilité du marché des changes et instauré le système d’échange interbancaire de liquidité en dollars, selon lequel les banques possédant des surplus en dollars s’engagent à les transférer quotidiennement à la BCE. Al-Oqda considère cette hausse des réserves internationales comme un important achèvement, lequel est à l’origine du prolongement de son mandat à la tête de la BCE.

Valeur réelle en chute

Mais cette réalisation n’est pas sans soulever une polémique sur la nécessité de conserver ces réserves ou pas, étant donné la quasi-stabilité actuelle du marché des changes et la disparition du marché noir. Partisans et opposants s’entendent néanmoins sur le fait que si ce montant se situe dans de bonnes limites, ils appellent quand même le gouvernement à l’augmenter pour plusieurs raisons, dont la valeur réelle des réserves estimée en chute comparée au volume total des importations et à la baisse des cours du dollar. « Aujourd’hui, les 32,9 milliards de dollars ne couvrent que 8,6 mois d’importations contre 9,7 mois en juin 2004. Cela, à cause de la hausse de la facture des importations qui a dépassé les 37,8 milliards de dollars en 2006/2007. Donc, le gouvernement devrait être prévoyant quant à la flambée des prix au niveau international des matières premières et des biens de consommation et détenir un montant des réserves équivalent à au moins 7 mois d’importations » explique à Al-Ahram Hebdo Hazem Al-Beblawi, économiste et conseiller du Fonds monétaire arabe. Une explication réfutée par Ahmad Qoura, ex-vice président de l’Union des banques égyptiennes et un des opposants à l’accumulation des réserves. Pour lui, « la couverture de 8,6 mois d’importations se situe au-dessus des normes internationales fixées par le FMI et selon lesquelles le pays devrait pouvoir couvrir au moins 6 mois d’importations sans dépasser les 12 mois. Donc, le gouvernement devrait conserver 20 milliards de dollars et investir le reste (soit 13 milliards de dollars) dans le remboursement des dettes extérieures et dans les projets d’infrastructures ». Il critique également le manque de transparence du gouvernement sur les coûts et les rendements des réserves : « La BCE considère les informations sur les réserves comme une sorte de secret défense. Elle ne dévoile jamais les composants exacts des réserves ni les rendements de l’investissement de ces sommes ». Ce n’est en effet que depuis novembre 2007 que la BCE commence à publier dans son rapport mensuel des détails sur la composition des réserves (voir tableau), sans dévoiler la répartition de son panier de devises. « Le dollar représente plus de 60 % du panier de devises, alors que le reste est partagé entre la livre sterling, le yen, l’euro et le franc suisse. Le gouvernement devrait redistribuer ces composants en minimisant la part du dollar puisqu’il est en chute continue. Cela réduirait la baisse de la valeur réelle des réserves », souligne Fakhri Al-Fiqi. Ce que le gouverneur de la BCE conteste. « La chute du dollar ne s’est pas répercutée sur la valeur réelle des réserves puisqu’il y a eu en même temps une hausse des autres devises. La diversification du panier de nos réserves nous a permis d’éviter des pertes de 3 à 4 milliards de dollars », annonce-t-il.

La chute de la valeur réelle des réserves n’est pas le seul argument des partisans à leur augmentation. Ces réserves sont aussi jugées instables par Faiqa Al-Réfai, ancien numéro deux de la BCE qui explique que « les réserves internationales proviennent des revenus des 4 ressources essentielles telles que le pétrole, le Canal de Suez, les transferts des Egyptiens à l’étranger et le tourisme. Le pays doit en garder un large montant pour faire face à toute fluctuation de ces revenus dans l’avenir », estime-t-elle, en ajoutant que les réserves peuvent de plus aider à affronter une pénurie du dollar sur le marché des changes. « Il est vrai que le gouvernement a réussi à conserver la stabilité du marché des changes depuis sa libéralisation en janvier 2003. Toutefois, les fluctuations des cours du dollar ces 6 derniers mois sont plus à la hausse qu’à la baisse », reconnaît-elle. Pour Faiqa Al-Réfai, d’importants montants en réserves pourraient aider l’Egypte à faire en sorte que sa monnaie devienne convertible en dollar. Un objectif encore loin d’être réalisé.

Gilane Magdi

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Une baisse significative

Les mois d’importations couverts par les réserves internationales ne cessent de chuter depuis 4 ans malgré la hausse des réserves de plus de 123 % au cours de la même période. Le chiffre est passé à 8,6 mois en janvier dernier contre 9,6 mois en 2004, principalement en raison de la hausse de la facture des importations.

 

 




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