Réserves Internationales.
Avec les chiffres records affichés par la Banque Centrale
Egyptienne, une polémique se développe sur l’opportunité ou
pas de poursuivre le cumul. Explications.
Le trop-plein des caisses divise
123,8
% . C’est le taux d’augmentation des réserves
internationales de la Banque Centrale Egyptienne (BCE) au
cours des 4 dernières années. Elles ont franchi les 32,9
milliards de dollars en février dernier, un record dans
l’histoire de la BCE, alors qu’en juin 2004 elles
atteignaient 14,7 milliards de dollars. Ainsi, l’Egypte se
retrouve en tête des pays régionaux comme l’Arabie saoudite
(31,3 milliards de dollars de réserves), les Emirats arabes
unis (29,6) et le Maroc (25,6). Elle occupait en 2007 la 34e
place mondiale, selon le classement du Fonds Monétaire
Internationale (FMI). « L’accumulation des réserves est
devenue un phénomène mondial. Depuis la crise asiatique de
1997, la majorité des pays émergents tendent à cumuler leurs
réserves internationales, considérées comme un élément de
défense contre les crises internationales et les
fluctuations des flux des investissements étrangers. Les
pays du Golfe n’ont pas la nécessité de prendre cette
mesure, car ils possèdent des surplus dépassant des 9 000
milliards de dollars en raison de la hausse des prix du
pétrole », explique Fakhri Al-Fiqi, professeur en finances
internationales à l’Université canadienne Al-Ahram et
ex-adjoint du directeur exécutif du FMI. Il ajoute que la
détention d’un montant aussi important de réserves donne à
un pays comme l’Egypte plus de crédibilité et de poids
auprès des grandes institutions financières internationales
telles que le FMI.
L’accumulation de ce montant de réserves par la BCE revient
en grande partie à la politique monétaire adoptée par son
gouverneur Farouq Al-Oqda, qui a réussi là où ont échoué ses
prédécesseurs. Ce dernier a maintenu la stabilité du marché
des changes et instauré le système d’échange interbancaire
de liquidité en dollars, selon lequel les banques possédant
des surplus en dollars s’engagent à les transférer
quotidiennement à la BCE. Al-Oqda considère cette hausse des
réserves internationales comme un important achèvement,
lequel est à l’origine du prolongement de son mandat à la
tête de la BCE.
Valeur réelle en chute
Mais cette réalisation n’est pas sans soulever une polémique
sur la nécessité de conserver ces réserves ou pas, étant
donné la quasi-stabilité actuelle du marché des changes et
la disparition du marché noir. Partisans et opposants
s’entendent néanmoins sur le fait que si ce montant se situe
dans de bonnes limites, ils appellent quand même le
gouvernement à l’augmenter pour plusieurs raisons, dont la
valeur réelle des réserves estimée en chute comparée au
volume total des importations et à la baisse des cours du
dollar. « Aujourd’hui, les 32,9 milliards de dollars ne
couvrent que 8,6 mois d’importations contre 9,7 mois en juin
2004. Cela, à cause de la hausse de la facture des
importations qui a dépassé les 37,8 milliards de dollars en
2006/2007. Donc, le gouvernement devrait être prévoyant
quant à la flambée des prix au niveau international des
matières premières et des biens de consommation et détenir
un montant des réserves équivalent à au moins 7 mois
d’importations » explique à Al-Ahram Hebdo Hazem Al-Beblawi,
économiste et conseiller du Fonds monétaire arabe. Une
explication réfutée par Ahmad Qoura, ex-vice président de
l’Union des banques égyptiennes et un des opposants à
l’accumulation des réserves. Pour lui, « la couverture de
8,6 mois d’importations se situe au-dessus des normes
internationales fixées par le FMI et selon lesquelles le
pays devrait pouvoir couvrir au moins 6 mois d’importations
sans dépasser les 12 mois. Donc, le gouvernement devrait
conserver 20 milliards de dollars et investir le reste (soit
13 milliards de dollars) dans le remboursement des dettes
extérieures et dans les projets d’infrastructures ». Il
critique également le manque de transparence du gouvernement
sur les coûts et les rendements des réserves : « La BCE
considère les informations sur les réserves comme une sorte
de secret défense. Elle ne dévoile jamais les composants
exacts des réserves ni les rendements de l’investissement de
ces sommes ». Ce n’est en effet que depuis novembre 2007 que
la BCE commence à publier dans son rapport mensuel des
détails sur la composition des réserves (voir tableau), sans
dévoiler la répartition de son panier de devises. « Le
dollar représente plus de 60 % du panier de devises, alors
que le reste est partagé entre la livre sterling, le yen,
l’euro et le franc suisse. Le gouvernement devrait
redistribuer ces composants en minimisant la part du dollar
puisqu’il est en chute continue. Cela réduirait la baisse de
la valeur réelle des réserves », souligne Fakhri Al-Fiqi. Ce
que le gouverneur de la BCE conteste. « La chute du dollar
ne s’est pas répercutée sur la valeur réelle des réserves
puisqu’il y a eu en même temps une hausse des autres
devises. La diversification du panier de nos réserves nous a
permis d’éviter des pertes de 3 à 4 milliards de dollars »,
annonce-t-il.
La chute de la valeur réelle des réserves n’est pas le seul
argument des partisans à leur augmentation. Ces réserves
sont aussi jugées instables par Faiqa Al-Réfai, ancien
numéro deux de la BCE qui explique que « les réserves
internationales proviennent des revenus des 4 ressources
essentielles telles que le pétrole, le Canal de Suez, les
transferts des Egyptiens à l’étranger et le tourisme. Le
pays doit en garder un large montant pour faire face à toute
fluctuation de ces revenus dans l’avenir », estime-t-elle,
en ajoutant que les réserves peuvent de plus aider à
affronter une pénurie du dollar sur le marché des changes. «
Il est vrai que le gouvernement a réussi à conserver la
stabilité du marché des changes depuis sa libéralisation en
janvier 2003. Toutefois, les fluctuations des cours du
dollar ces 6 derniers mois sont plus à la hausse qu’à la
baisse », reconnaît-elle. Pour Faiqa Al-Réfai, d’importants
montants en réserves pourraient aider l’Egypte à faire en
sorte que sa monnaie devienne convertible en dollar.
Un
objectif encore loin d’être réalisé.
Gilane Magdi