Importations.
Le gouvernement a annulé les tarifs douaniers sur les
denrées et produits alimentaires. Une mesure estimée
insuffisante pour contrer la hausse des prix.
L’alimentaire est libéré
Un
pas dans le bon sens. Le président de la République a annulé
jeudi dernier les tarifs douaniers sur les denrées et
produits alimentaires importés. Le message à l’opinion
publique bouillonnante est ainsi clair : le gouvernement ne
reste pas les bras croisés face à la cherté sans précédent
de la vie. Un communiqué de presse du ministère du Commerce
et de l’Industrie a après annoncé les effets de cette
décision en disant que le prix d’une vingtaine de produits
alimentaires de base avait baissé, alors que le taux
d’inflation sur l’alimentation atteignait un record de 36 %
en mars dernier.
Car l’Egypte, comme d’autres pays émergents, est victime
d’une hausse des prix mondiaux des denrées agricoles. Or,
elle importe 60 % de sa consommation de blé, 90 % de l’huile
végétale consommée ainsi que d’autres produits, comme la
viande et le lait, et impose des tarifs douaniers compris
entre 5 et 7 % sur l’ensemble de ces matières. Les pauvres
sont les plus nombreux à assumer une telle hausse puisque
dans leur budget, l’alimentation constitue la principale
dépense.
De nombreux experts estiment cependant que cette mesure
n’est pas suffisante, surtout dans un pays où le commerce
des denrées agricoles est dominé par des monopoles. Ainsi,
est-il fort probable que les commerçants soient les grands
bénéficiaires de cette annulation des tarifs douaniers. De
même, annuler 5 ou 7 % des tarifs ne peut pas constituer une
différence palpable, estiment les experts. Surtout quand
l’indice des prix mondiaux des denrées alimentaires, élaboré
par la FAO (Organisation mondiale pour l’alimentation et
l’agriculture), révèle une hausse de 47 % du prix des
céréales, de 63 % pour les huiles végétales, et plus de 80 %
pour la viande et produits laitiers, sur un an de février
2007 à 2008.
Annuler les tarifs douaniers est pour l’Egypte un moyen de
faire face aux pressions sur le budget de l’Etat et de
maintenir les subventions indispensables à une grande partie
de sa population. Deux Egyptiens sur cinq vivent en dessous
du seuil de pauvreté et quelque 7 millions d’entre eux sont
considérés « vulnérables » par la Banque mondiale. Ces
derniers jours, comme le note le premier ministre Ahmad
Nazif, ceux qui pouvaient acheter du pain au prix du marché
en sont aujourd’hui devenus incapables. Ils ont désormais
recours au pain subventionné, ce qui explique les très
longues files d’attente devant les boulangeries. Un
phénomène qui a récemment fait réagir Rachid Mohamad Rachid,
le ministre du Commerce, dans le quotidien britannique The
Financial Times : « L’inflation met en danger le programme
de libéralisation économique, entamé en 2004. La population
dit qu’elle ne trouve plus de quoi manger et cela menace
notre réforme. Nous ne pouvons faire les frais de cette
situation », a-t-il déclaré.
Salma
Hussein