FMI.
La réforme de la répartition du droit de vote apporte un peu
plus de poids aux économies émergentes mais laisse les pays
du Sud marginalisés.
Légère redistribution des influences
Le
FMI vient de modifier le système de répartition des votes au
sein de son conseil d’administration mais l’avantage reste
largement en faveur des grandes puissances économiques. Lors
du vote pour la réforme, l’Egypte et l’Argentine se sont
abstenues, alors que 3 autres pays s’y sont opposés (la
Russie, l’Arabie saoudite et l’Iran).
Avec cette réforme, à laquelle l’Union européenne, seconde
puissance au sein du FMI, a apporté un fort soutien, il
s’agit d’augmenter la part des versements au Fonds de plus
de 54 pays membres, dont la majorité sont des pays
émergents. 1,6 % des droits de vote des pays industrialisés
seront de ce fait transférés au pays du Sud. Ainsi, les pays
du Nord détiendront-ils 57,9 % des voix (contre 59,5 %
aujourd’hui) et ceux du Sud 42,1 % (contre 40,5 %). Le
directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a qualifié
cette réforme d’« un pas important dans le processus de la
modernisation de l’institution ». Elle devait être approuvée
individuellement par 85 % des 185 Etats membres.
« Les grands pays émergents qui possèdent d’importants
excédents budgétaires seront les bénéficiaires d’une telle
réforme. Le Fonds voulait augmenter le quota des pays du
Golfe (à l’exception de l’Arabie saoudite qui possède
déjà environ 3 % des voix) ainsi que celui des pays
asiatiques à l’exemple de la Chine et de l’Inde. Et ce, pour
augmenter ensuite leur part dans le financement du Fonds »,
souligne Gouda Abdel-Khaleq, professeur d’économie à
l’Université du Caire. Et d’ajouter que la nouvelle
répartition du système de vote au sein du FMI n’aura aucune
incidence sur les pays pauvres qui souffrent déjà d’une
marginalisation au sein de l’institution. Pour Abdel-Khaleq,
« cette institution réagit comme une société anonyme qui ne
sert que les intérêts de ses grands actionnaires. Cette
modification ne changera pas cette situation »,
affirme-t-il.
En fait depuis plusieurs années, le FMI fait face à une
crise de crédibilité. « La mauvaise représentation des pays
pauvres est l’un des principaux mécontentements depuis 30
ans », explique Abdel-Khaleq. 4 critères déterminent le
système de vote d’un pays au sein du Fonds, à savoir : ses
réserves officielles, son PIB, le degré d’ouverture de son
économie et sa variabilité. Bien que ce système soit révisé
tous les 5 ans par le conseil d’administration, la
répartition des voix a toujours penché vers les grandes
puissances en maintenant un poids pour les Etats-Unis, qui
leur garantit un droit de veto. Ce qui pousse Elizabeth
Stuart, représentante de l’organisation non gouvernementale
de développement Oxfam International, à appeler à rejeter
cette réforme. « Nous n’appelons pas à la révolution, mais
nous demandons simplement que les membres du G7 tiennent
leur promesse d’une vraie réforme de la gouvernance du FMI,
et n’engagent pas de réforme qui favorise peut-être quelques
pays en développement mais qui en défavorise le plus grand
nombre », dénonce-t-elle.
Gilane Magdi