Al-Ahram Hebdo, Dossier | A en couper l’appétit
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 Semaine du 9 au 15 avril 2008, numéro 709

 

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Dossier

Consommation. L’arrestation de 2 bouchers qui vendaient de la viande d’âne ouvre une énième fois le dossier du contrôle des produits alimentaires. 

A en couper l’appétit 

L’histoire a commencé lorsqu’un habitant a aperçu dans le quartier populaire de Boulaq Al-Dakrour à Guiza, un homme en train de dépecer un âne mort en pleine rue. Cet homme a avoué qu’il collectait les cadavres d’animaux, en particulier des ânes, gisant le long des routes aux abords du Caire. Après avoir mélangé la viande des cadavres à des viandes d’autre provenance, à savoir chats et chiens, il la vendait à 5 L.E le kilo comme viande de bœuf. Dans le même quartier, la police a arrêté un autre boucher qui s’est adonné à la même pratique, celui-ci ajoutait moult épices pour que le stratagème passe inaperçu, avant de vendre sa viande hachée aux restaurants des quartiers populaires voisins. 1 700 kg de viande avariée ont été trouvés dans son commerce.

Une affaire qui a remis sur le tapis le contrôle de la vente de la viande qui déjà plusieurs fois auparavant a fait défaut. Cela a poussé le ministère de l’Agriculture à envisager, suite à ces dernières arrestations, un amendement de la loi relative au contrôle sur les boucheries. Le retrait de licence, une peine de prison de 6 mois et une sanction de 5 à 20 000 L.E., sont les sanctions proposées contre les bouchers pratiquant l’abattage hors des abattoirs officiels, ainsi qu’à ceux qui vendent ou mettent sur le marché des viandes avariées.

En fait, les tricheries commises par certains commerçants ne se limitent pas à la viande. Selon les chiffres officiels du secteur général d’inspection sur les marchandises, 19 707 tonnes de produits alimentaires avariés ont été saisis dans 506 petites et grandes usines, et depuis le début de l’année, 7 685 procès ont été intentés contre des auteurs de contraventions relatives à la qualité de la nourriture.

« Malgré les 6 000 inspecteurs présents quotidiennement sur le marché, dont 1 000 sont uniquement concernés par les produits alimentaires, la situation reste dangereuse », reconnaît Nasr Al-Sayed, responsable au ministère de la Santé. Il ajoute que les mauvaises conditions de stockage des aliments dans beaucoup de supermarchés représentent également un autre danger. Al-Sayed décline les noms de 17 institutions et organismes chargés de contrôler les marchandises, notamment les ministères de la Santé, de l’Agriculture, du Commerce, la police de l’approvisionnement, l’Organisme de la protection du consommateur, entre autres. Mais le système de contrôle n’a cependant pas l’air d’être efficace.

Le manque de sensibilisation des consommateurs est également identifié par les ONG travaillant dans le domaine comme une autre cause du problème. Les consommateurs ne sont souvent pas conscients de leurs droits, ce qui facilite leur exploitation par les commerçants qui ne risquent aucune poursuite judiciaire, tant qu’il n’y a aucune plainte. « Il faut durcir les peines, car les sanctions financières que risquent les contrevenants ne sont pas du tout proportionnelles à la gravité de leurs crimes. En plus, il existe plusieurs lacunes dans la loi en vigueur qui permettent aux commerçants d’échapper à la sanction qu’assume la personne qui dirige l’usine ou le supermarché », explique Dr Annan, directrice exécutive de l’Association égyptienne pour la protection du consommateur. Elle se plaint du manque des ressources qui entrave le travail de son ONG. Mais c’est aussi le fonctionnement de tout le système qui est remis en cause. « Pour faire des analyses sur des échantillons suspects, on doit attendre des semaines, car les capacités des laboratoires officiels sont trop limitées », ajoute-t-elle. « D’ailleurs, tout procès doit se baser sur les rapports issus d’un laboratoire officiel, sinon le commerçant accusé peut toujours mettre en doute les résultats des analyses », fait-elle encore remarquer.

En fait, certains trouvent que la diversité des instances de contrôle des produits alimentaires et le manque de coordination entre elles n’est pas au profit des consommateurs. Une nouvelle proposition du ministre du Commerce consiste à regrouper tous ces organismes sous la direction de l’Organisme général du contrôle. En attendant, les consommateurs devront compter sur leur « self-contrôle » !

Sabah Sabet

 

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