Consommation.
L’arrestation de 2 bouchers qui vendaient de la viande d’âne
ouvre une énième fois le dossier du contrôle des produits
alimentaires.
A en couper l’appétit
L’histoire
a commencé lorsqu’un habitant a aperçu dans le quartier
populaire de Boulaq Al-Dakrour à Guiza, un homme en train de
dépecer un âne mort en pleine rue. Cet homme a avoué qu’il
collectait les cadavres d’animaux, en particulier des ânes,
gisant le long des routes aux abords du Caire. Après avoir
mélangé la viande des cadavres à des viandes d’autre
provenance, à savoir chats et chiens, il la vendait à 5 L.E
le kilo comme viande de bœuf. Dans le même quartier, la
police a arrêté un autre boucher qui s’est adonné à la même
pratique, celui-ci ajoutait moult épices pour que le
stratagème passe inaperçu, avant de vendre sa viande hachée
aux restaurants des quartiers populaires voisins. 1 700 kg
de viande avariée ont été trouvés dans son commerce.
Une affaire qui a remis sur le tapis le contrôle de la vente
de la viande qui déjà plusieurs fois auparavant a fait
défaut. Cela a poussé le ministère de l’Agriculture à
envisager, suite à ces dernières arrestations, un amendement
de la loi relative au contrôle sur les boucheries. Le
retrait de licence, une peine de prison de 6 mois et une
sanction de 5 à 20 000 L.E., sont les sanctions proposées
contre les bouchers pratiquant l’abattage hors des abattoirs
officiels, ainsi qu’à ceux qui vendent ou mettent sur le
marché des viandes avariées.
En fait, les tricheries commises par certains commerçants ne
se limitent pas à la viande. Selon les chiffres officiels du
secteur général d’inspection sur les marchandises, 19 707
tonnes de produits alimentaires avariés ont été saisis dans
506 petites et grandes usines, et depuis le début de
l’année, 7 685 procès ont été intentés contre des auteurs de
contraventions relatives à la qualité de la nourriture.
« Malgré les 6 000 inspecteurs présents quotidiennement sur
le marché, dont 1 000 sont uniquement concernés par les
produits alimentaires, la situation reste dangereuse »,
reconnaît Nasr Al-Sayed, responsable au ministère de la
Santé. Il ajoute que les mauvaises conditions de stockage
des aliments dans beaucoup de supermarchés représentent
également un autre danger. Al-Sayed décline les noms de 17
institutions et organismes chargés de contrôler les
marchandises, notamment les ministères de la Santé, de
l’Agriculture, du Commerce, la police de
l’approvisionnement, l’Organisme de la protection du
consommateur, entre autres. Mais le système de contrôle n’a
cependant pas l’air d’être efficace.
Le manque de sensibilisation des consommateurs est également
identifié par les ONG travaillant dans le domaine comme une
autre cause du problème. Les consommateurs ne sont souvent
pas conscients de leurs droits, ce qui facilite leur
exploitation par les commerçants qui ne risquent aucune
poursuite judiciaire, tant qu’il n’y a aucune plainte. « Il
faut durcir les peines, car les sanctions financières que
risquent les contrevenants ne sont pas du tout
proportionnelles à la gravité de leurs crimes. En plus, il
existe plusieurs lacunes dans la loi en vigueur qui
permettent aux commerçants d’échapper à la sanction
qu’assume la personne qui dirige l’usine ou le supermarché
», explique Dr Annan, directrice exécutive de l’Association
égyptienne pour la protection du consommateur. Elle se
plaint du manque des ressources qui entrave le travail de
son ONG. Mais c’est aussi le fonctionnement de tout le
système qui est remis en cause. « Pour faire des analyses
sur des échantillons suspects, on doit attendre des
semaines, car les capacités des laboratoires officiels sont
trop limitées », ajoute-t-elle. « D’ailleurs, tout procès
doit se baser sur les rapports issus d’un laboratoire
officiel, sinon le commerçant accusé peut toujours mettre en
doute les résultats des analyses », fait-elle encore
remarquer.
En fait, certains trouvent que la diversité des instances de
contrôle des produits alimentaires et le manque de
coordination entre elles n’est pas au profit des
consommateurs. Une nouvelle proposition du ministre du
Commerce consiste à regrouper tous ces organismes sous la
direction de l’Organisme général du contrôle. En attendant,
les consommateurs devront compter sur leur « self-contrôle »
!
Sabah
Sabet