Al-Ahram Hebdo, Dossier | Cadeau empoisonné
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 Semaine du 9 au 15 avril 2008, numéro 709

 

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Dossier

Consommation. Des centaines d’élèves de maternelle et du primaire ont été intoxiqués à la suite de la consommation du goûter offert par l’école. Les principaux concernés se renvoient la responsabilité d’un « incident » devenu saisonnier. 

Cadeau empoisonné 

Environ 500 élèves, âgés de 5 à 12 ans, dans six gouvernorats du pays ont été victimes la semaine dernière d’une intoxication à la suite de la consommation de leur goûter quotidien distribué par la cantine. La série d’intoxications a eu lieu dans des écoles et des garderies publiques dans les gouvernorats d’Alexandrie, de Qalioubiya, de Béheira, de Minya, du Nord-Sinaï, et de Gharbiya. Les élèves avaient consommé leur ration composée de biscuits, de fromage et de lait. Elle est offerte dans certaines écoles publiques. Des échantillons des aliments en question ont été envoyés aux laboratoires du ministère de la Santé. Se basant sur les premiers éléments de l’enquête, le ministère a affirmé que ces produits alimentaires étaient avariés, la date de péremption étant dépassée.

Le système d’approvisionnement dans les écoles publiques est appliqué dans l’objectif d’améliorer la qualité de nutrition des élèves, en incluant notamment dans les repas des produits laitiers que beaucoup d’élèves, issus de milieux défavorisés, n’ont pas la chance de consommer à la maison. Des analyses médicales avaient prouvé que la majorité des élèves de certaines écoles publiques souffrent de malnutrition. Dans le dernier budget, plus de 300 millions de L.E. ont été consacrées aux goûters dans ces écoles. Or, les cas d’intoxication se manifestent chaque année à des endroits différents, ce qui émet des doutes sur l’honnêteté des responsables et commerçants engagés dans ce projet, qui seraient tentés de faire un business lucratif. De leur côté, les responsables des écoles concernées rejettent toute responsabilité. Ils affirment que c’est le ministère de l’Education qui leur fournit ces produits alimentaires. « Depuis son application, le programme d’approvisionnement dans les écoles est géré par une administration générale chargée de surveiller les transactions et de s’assurer de la qualité des produits alimentaires », affirme un haut responsable au ministère de l’Education, sous le couvert de l’anonymat. Selon lui, ces produits alimentaires sont achetés à la suite d’un appel d’offres, toutes les entreprises qui y participent sont reconnues par les ministères de la Santé et de l’Approvisionnement. La responsabilité du ministère de l’Education s’arrête avec la distribution des aliments aux écoles, toujours d’après le même responsable qui estime que « la plupart des cas d’intoxication est causé par les mauvaises conditions de conservation ».

Les responsables du ministère de l’Education à Alexandrie se demandent pourquoi sur les 45 000 élèves ayant consommé les mêmes produits au niveau du gouvernorat, seuls 250 sont tombés malades. « Peut-être ont-ils consommé des produits vendus par les marchands ambulants devant les écoles », suggère-t-on.

« Nous avons constaté une négligence générale dans les cantines. Il n’existe même pas de frigos pour la conservation des produits distribués », affirme le député Hamdi Hassan, affilié aux Frères musulmans, qui s’est rendu dans les écoles concernées. Selon lui, le contrôle est quasi inexistant. « C’est au niveau de la direction des écoles qu’il faut chercher le problème », ajoute Hassan qui a présenté une interpellation à l’intention du premier ministre et des ministres de l’Education et de la Santé. « Je les accuse personnellement de négligence et de corruption. Les autorités ne se soucient pas des victimes, même les enfants ne sont pas épargnés par la négligence », lance-t-il encore.

Plusieurs députés d’opposition dans les gouvernorats touchés ont également présenté des interpellations. Certains sont allés jusqu’à réclamer la démission du gouvernement lors d’une séance exceptionnelle le 2 avril consacrée à cette affaire. Devant le Parlement, le ministre de l’Education, Yousri Al-Gamal, a refusé de reconnaître que les cas d’intoxication sont dus au repas scolaire. De son côté, le ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, s’est contenté de promettre de renforcer les mesures de contrôle. « Nous allons systématiquement analyser des échantillons de tous les produits avant leur distribution aux écoles », a promis Al-Gabali.

Des déclarations officielles incapables d’absorber la colère des parents. « A la suite de chaque intoxication collective, les responsables promettent de renforcer les mesures de contrôle. Mais ce contrôle promis ne dure que quelques mois, avant la prochaine catastrophe », lâche Mona, mère de deux enfants. Elle réclame une punition sévère des « criminels ... quel que soit leur poste ». « Qu’est-ce qu’on attend ? Pourquoi personne n’est encore inculpé ? », s’interroge-t-elle.

Héba Nasreddine

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