Consommation.
Des centaines d’élèves de maternelle et du primaire ont été
intoxiqués à la suite de la consommation du goûter offert
par l’école. Les principaux concernés se renvoient la
responsabilité d’un « incident » devenu saisonnier.
Cadeau empoisonné
Environ
500 élèves, âgés de 5 à 12 ans, dans six gouvernorats du
pays ont été victimes la semaine dernière d’une intoxication
à la suite de la consommation de leur goûter quotidien
distribué par la cantine. La série d’intoxications a eu lieu
dans des écoles et des garderies publiques dans les
gouvernorats d’Alexandrie, de Qalioubiya, de Béheira, de
Minya, du Nord-Sinaï, et de Gharbiya. Les élèves avaient
consommé leur ration composée de biscuits, de fromage et de
lait. Elle est offerte dans certaines écoles publiques. Des
échantillons des aliments en question ont été envoyés aux
laboratoires du ministère de la Santé. Se basant sur les
premiers éléments de l’enquête, le ministère a affirmé que
ces produits alimentaires étaient avariés, la date de
péremption étant dépassée.
Le système d’approvisionnement dans les écoles publiques est
appliqué dans l’objectif d’améliorer la qualité de nutrition
des élèves, en incluant notamment dans les repas des
produits laitiers que beaucoup d’élèves, issus de milieux
défavorisés, n’ont pas la chance de consommer à la maison.
Des analyses médicales avaient prouvé que la majorité des
élèves de certaines écoles publiques souffrent de
malnutrition. Dans le dernier budget, plus de 300 millions
de L.E. ont été consacrées aux goûters dans ces écoles. Or,
les cas d’intoxication se manifestent chaque année à des
endroits différents, ce qui émet des doutes sur l’honnêteté
des responsables et commerçants engagés dans ce projet, qui
seraient tentés de faire un business lucratif. De leur côté,
les responsables des écoles concernées rejettent toute
responsabilité. Ils affirment que c’est le ministère de l’Education
qui leur fournit ces produits alimentaires. « Depuis son
application, le programme d’approvisionnement dans les
écoles est géré par une administration générale chargée de
surveiller les transactions et de s’assurer de la qualité
des produits alimentaires », affirme un haut responsable au
ministère de l’Education, sous le couvert de l’anonymat.
Selon lui, ces produits alimentaires sont achetés à la suite
d’un appel d’offres, toutes les entreprises qui y
participent sont reconnues par les ministères de la Santé et
de l’Approvisionnement. La responsabilité du ministère de l’Education
s’arrête avec la distribution des aliments aux écoles,
toujours d’après le même responsable qui estime que « la
plupart des cas d’intoxication est causé par les mauvaises
conditions de conservation ».
Les responsables du ministère de l’Education à Alexandrie se
demandent pourquoi sur les 45 000 élèves ayant consommé les
mêmes produits au niveau du gouvernorat, seuls 250 sont
tombés malades. « Peut-être ont-ils consommé des produits
vendus par les marchands ambulants devant les écoles »,
suggère-t-on.
« Nous avons constaté une négligence générale dans les
cantines. Il n’existe même pas de frigos pour la
conservation des produits distribués », affirme le député
Hamdi Hassan, affilié aux Frères musulmans, qui s’est rendu
dans les écoles concernées. Selon lui, le contrôle est quasi
inexistant. « C’est au niveau de la direction des écoles
qu’il faut chercher le problème », ajoute Hassan qui a
présenté une interpellation à l’intention du premier
ministre et des ministres de l’Education et de la Santé. «
Je les accuse personnellement de négligence et de
corruption. Les autorités ne se soucient pas des victimes,
même les enfants ne sont pas épargnés par la négligence »,
lance-t-il encore.
Plusieurs députés d’opposition dans les gouvernorats touchés
ont également présenté des interpellations. Certains sont
allés jusqu’à réclamer la démission du gouvernement lors
d’une séance exceptionnelle le 2 avril consacrée à cette
affaire. Devant le Parlement, le ministre de l’Education,
Yousri Al-Gamal, a refusé de reconnaître que les cas
d’intoxication sont dus au repas scolaire. De son côté, le
ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, s’est contenté de
promettre de renforcer les mesures de contrôle. « Nous
allons systématiquement analyser des échantillons de tous
les produits avant leur distribution aux écoles », a promis
Al-Gabali.
Des déclarations officielles incapables d’absorber la colère
des parents. « A la suite de chaque intoxication collective,
les responsables promettent de renforcer les mesures de
contrôle. Mais ce contrôle promis ne dure que quelques mois,
avant la prochaine catastrophe », lâche Mona, mère de deux
enfants. Elle réclame une punition sévère des « criminels
... quel que soit leur poste ». « Qu’est-ce qu’on attend ?
Pourquoi personne n’est encore inculpé ? »,
s’interroge-t-elle.
Héba
Nasreddine