Al-Ahram Hebdo, Monde | Le sommet des compromis
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 Semaine du 9 au 15 avril 2008, numéro 709

 

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Monde

OTAN . Elargissement, renforts en Afghanistan, retour de la France dans les structures militaires alliées : le sommet de l’Alliance, qui s’est tenu le week-end dernier à Bucarest, a été l’un des plus importants de son histoire. 

Le sommet des compromis 

 

De notre envoyée spéciale
Aïcha Abdel-Ghaffar

Le sommet de Bucarest a clôturé ses travaux vendredi dernier après de vives délibérations et discussions. Une déclaration des chefs d’Etat et de gouvernements des pays contribuant à la Force internationale d’assistance à la sécurité « FIAS », dirigée par l’Otan sous mandat de l’Onu en Afghanistan, a dégagé l’intention de l’Alliance de rester en Afghanistan à long terme. Le document intitulé Vision stratégique de l’Isaf, qui compte 47 000 soldats, a réaffirmé la détermination de l’Otan à aider la population et le gouvernement d’Afghanistan à construire un Etat durablement stable et démocratique. La vision stratégique de l’Isaf juge la sécurité internationale liée à l’avenir et à la stabilité de l’Afghanistan et démontre que l’Otan ne va pas permettre aux Talibans et à Al-Qaëda de reprendre le contrôle de l’Afghanistan. Quatre principes se dégagent de cette vision : un engagement mutuel et à long terme à rester dans le pays, un soutien à une prise de responsabilité et de leadership des Afghans dans les opérations militaires, une approche globale de la communauté internationale réunissant les efforts civils et militaires, une coopération accrue avec Kaboul et des contacts renforcés avec les voisins de l’Afghanistan et essentiellement le Pakistan. La déclaration finale indique que ces engagements sont précisés par un plan politico-militaire à moyen terme sur 5 ans, lequel restera secret. Les alliés vont aussi fournir à l’armée afghane des équipes afin que ses effectifs atteignent 80 000 hommes d’ici 2010.

Outre la vision stratégique de la FIAS, le communiqué final a été plus loin que celui du sommet de Riga, dernier sommet de l’Otan, en 2006 puisqu’il est apparu en 15 pages comportant 50 points et de nouveaux éléments et décisions prises par l’Otan, qui a redoré son blason lors de la conférence. Les chefs d’Etat ont expliqué leur réunion par la motivation d’élargir l’Alliance et de faire face aux menaces existantes et émergentes pour la sécurité au XXIe siècle et ont déclaré que l’adhésion de l’Albanie et de la Croatie renforcera la sécurité pour tous dans la zone euro-atlantique. Les chefs d’Etat ont exprimé que l’Otan ne peut à elle seule vaincre les défis de sécurité. Le meilleur moyen d’y arriver est d’établir un vaste partenariat avec la communauté internationale du sommet.

 

Stabilité des Balkans

Autre sujet important discuté lors de ce sommet : le Kosovo. L’Alliance a affirmé son engagement en faveur de la stabilité de toute la région des Balkans. Au Kosovo, l’Otan et la KFOR continueront à travailler avec les autorités et dans le cadre de leur mandat opérationnel. Pour ce qui est du processus d’élargissement, la déclaration du sommet a précisé qu’une invitation serait faite à l’ex-République yougoslave de Macédoine dès qu’une solution mutuellement acceptable aura été trouvée à la question du nom de la République. La Grèce, qui est membre de l’Otan, ne veut pas que la Macédoine adhère sans avoir changé de nom, « Macédoine » étant aussi le nom d’une de sa province la plus septentrionale. Les autorités macédoniennes ont exprimé leur déception en claquant la porte du sommet mais la Grèce a émis l’espoir qu’un compromis pourrait être rapidement trouvé, ce qui permettrait à Skopje de monter immédiatement à bord. En ce qui concerne la non adhésion de la Macédoine à l’Otan, M. Claudio Bisognero, député du secrétaire général de l’Otan a déclaré que l’Onu a un rôle de médiation et qu’il n’y pas eu à Bucarest de consensus, élément fondamental à l’Otan.

Quant à l’Ukraine et la Géorgie, elles devront encore attendre. En effet, l’élargissement de l’Otan a suscité les débats les plus difficiles et a obligé les Vingt-Six à d’âpres négociations. L’élargissement vers ces deux pays est notamment critiqué par Moscou, dont le président, Vladimir Poutine, a assisté au sommet. Les dirigeants ukrainien et géorgien sont donc repartis de Bucarest sans avoir obtenu ce qu’ils désiraient, un « plan d’action pour l’adhésion » (MAP), première étape vers l’intégration. La France, l’Allemagne et de nombreux pays européens estimaient qu’ils n’étaient pas prêts. Mais Paris et Berlin ont dû accepter, sous la pression américaine, que ces pays avaient vocation à adhérer et les ministres des Affaires étrangères de l’Otan ont été chargés de réexaminer leur situation en décembre, ce que Kiev et Tbilissi ont aussitôt interprété comme une « percée historique ».

Présence de Poutine

Les inquiétudes de la Russie n’ont cependant pas bloqué jusqu’à présent la coopération engagée depuis la chute du communisme au début des années 1990. A preuve, la Russie a conclu avec l’Otan vendredi un accord facilitant le transit via le territoire russe par voie terrestre d’équipements non militaires vers l’Afghanistan. La déclaration finale a rappelé que le partenariat Otan-Russie a été conçu comme un élément stratégique de promotion de la sécurité dans la région euro-atlantique. Les commentateurs ont même salué la présence du président Poutine pour la première fois dans un sommet de l’Alliance. A ce sujet, M. Claudio Bisognero a estimé que le sommet était très important et a loué la réunion du Conseil de partenariat euro-atlantique qui compte 50 pays ainsi que les travaux du Conseil Otan-Russie avec la présence du président Poutine qui a été très remarqué puisqu’il a défini à Bucarest la vision de la sécurité. Tout en ajoutant que l’Otan souhaitait une coopération sans limite avec la Russie. Le député a aussi insisté sur le vif souhait de l’Otan de collaborer avec la Russie dans la défense au niveau des missiles et insista sur la participation spécifique importante de l’Otan en Iraq, où les pays membres entraînent des forces militaires de sécurité iraqienne. Cette mission sera prolongée jusqu’en 2009.

Le président français n’est pas passé inaperçu à Bucarest. M. Sarkozy a confirmé que la France pourrait rejoindre le commandement militaire intégré de l’Alliance, dont le général De Gaulle avait claqué la porte en 1966. Il entend profiter de l’occasion du prochain sommet de l’Otan programmé l’an prochain. Mais à condition que des progrès interviennent d’ici là sur l’Europe de la défense. Le sommet prochain en 2009, qui verra donc le retour de la France, sera symboliquement organisé conjointement par la France et l’Allemagne à Strasbourg et à Kiel pour le 60e anniversaire de l’Otan.Bucarest,

 




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