OTAN .
Elargissement, renforts en Afghanistan, retour de la France
dans les structures militaires alliées : le sommet de
l’Alliance, qui s’est tenu le week-end dernier à Bucarest, a
été l’un des plus importants de son histoire.
Le sommet des compromis
De notre envoyée spéciale
Aïcha
Abdel-Ghaffar
Le
sommet de Bucarest a clôturé ses travaux vendredi dernier
après de vives délibérations et discussions. Une déclaration
des chefs d’Etat et de gouvernements des pays contribuant à
la Force internationale d’assistance à la sécurité « FIAS »,
dirigée par l’Otan sous mandat de l’Onu en Afghanistan, a
dégagé l’intention de l’Alliance de rester en Afghanistan à
long terme. Le document intitulé Vision stratégique de l’Isaf,
qui compte 47 000 soldats, a réaffirmé la détermination de
l’Otan à aider la population et le gouvernement
d’Afghanistan à construire un Etat durablement stable et
démocratique. La vision stratégique de l’Isaf juge la
sécurité internationale liée à l’avenir et à la stabilité de
l’Afghanistan et démontre que l’Otan ne va pas permettre aux
Talibans et à Al-Qaëda de reprendre le contrôle de
l’Afghanistan. Quatre principes se dégagent de cette vision
: un engagement mutuel et à long terme à rester dans le
pays, un soutien à une prise de responsabilité et de
leadership des Afghans dans les opérations militaires, une
approche globale de la communauté internationale réunissant
les efforts civils et militaires, une coopération accrue
avec Kaboul et des contacts renforcés avec les voisins de
l’Afghanistan et essentiellement le Pakistan. La déclaration
finale indique que ces engagements sont précisés par un plan
politico-militaire à moyen terme sur 5 ans, lequel restera
secret. Les alliés vont aussi fournir à l’armée afghane des
équipes afin que ses effectifs atteignent 80 000 hommes
d’ici 2010.
Outre la vision stratégique de la FIAS, le communiqué final
a été plus loin que celui du sommet de Riga, dernier sommet
de l’Otan, en 2006 puisqu’il est apparu en 15 pages
comportant 50 points et de nouveaux éléments et décisions
prises par l’Otan, qui a redoré son blason lors de la
conférence. Les chefs d’Etat ont expliqué leur réunion par
la motivation d’élargir l’Alliance et de faire face aux
menaces existantes et émergentes pour la sécurité au XXIe
siècle et ont déclaré que l’adhésion de l’Albanie et de la
Croatie renforcera la sécurité pour tous dans la zone
euro-atlantique. Les chefs d’Etat ont exprimé que l’Otan ne
peut à elle seule vaincre les défis de sécurité. Le meilleur
moyen d’y arriver est d’établir un vaste partenariat avec la
communauté internationale du sommet.
Stabilité des Balkans
Autre sujet important discuté lors de ce sommet : le Kosovo.
L’Alliance a affirmé son engagement en faveur de la
stabilité de toute la région des Balkans. Au Kosovo, l’Otan
et la KFOR continueront à travailler avec les autorités et
dans le cadre de leur mandat opérationnel. Pour ce qui est
du processus d’élargissement, la déclaration du sommet a
précisé qu’une invitation serait faite à l’ex-République
yougoslave de Macédoine dès qu’une solution mutuellement
acceptable aura été trouvée à la question du nom de la
République. La Grèce, qui est membre de l’Otan, ne veut pas
que la Macédoine adhère sans avoir changé de nom, «
Macédoine » étant aussi le nom d’une de sa province la plus
septentrionale. Les autorités macédoniennes ont exprimé leur
déception en claquant la porte du sommet mais la Grèce a
émis l’espoir qu’un compromis pourrait être rapidement
trouvé, ce qui permettrait à Skopje de monter immédiatement
à bord. En ce qui concerne la non adhésion de la Macédoine à
l’Otan, M. Claudio Bisognero, député du secrétaire général
de l’Otan a déclaré que l’Onu a un rôle de médiation et
qu’il n’y pas eu à Bucarest de consensus, élément
fondamental à l’Otan.
Quant à l’Ukraine et la Géorgie, elles devront encore
attendre. En effet, l’élargissement de l’Otan a suscité les
débats les plus difficiles et a obligé les Vingt-Six à
d’âpres négociations. L’élargissement vers ces deux pays est
notamment critiqué par Moscou, dont le président, Vladimir
Poutine, a assisté au sommet. Les dirigeants ukrainien et
géorgien sont donc repartis de Bucarest sans avoir obtenu ce
qu’ils désiraient, un « plan d’action pour l’adhésion » (MAP),
première étape vers l’intégration. La France, l’Allemagne et
de nombreux pays européens estimaient qu’ils n’étaient pas
prêts. Mais Paris et Berlin ont dû accepter, sous la
pression américaine, que ces pays avaient vocation à adhérer
et les ministres des Affaires étrangères de l’Otan ont été
chargés de réexaminer leur situation en décembre, ce que
Kiev et Tbilissi ont aussitôt interprété comme une « percée
historique ».
Présence de Poutine
Les inquiétudes de la Russie n’ont cependant pas bloqué
jusqu’à présent la coopération engagée depuis la chute du
communisme au début des années 1990. A preuve, la Russie a
conclu avec l’Otan vendredi un accord facilitant le transit
via le territoire russe par voie terrestre d’équipements non
militaires vers l’Afghanistan. La déclaration finale a
rappelé que le partenariat Otan-Russie a été conçu comme un
élément stratégique de promotion de la sécurité dans la
région euro-atlantique. Les commentateurs ont même salué la
présence du président Poutine pour la première fois dans un
sommet de l’Alliance. A ce sujet, M. Claudio Bisognero a
estimé que le sommet était très important et a loué la
réunion du Conseil de partenariat euro-atlantique qui compte
50 pays ainsi que les travaux du Conseil Otan-Russie avec la
présence du président Poutine qui a été très remarqué
puisqu’il a défini à Bucarest la vision de la sécurité. Tout
en ajoutant que l’Otan souhaitait une coopération sans
limite avec la Russie. Le député a aussi insisté sur le vif
souhait de l’Otan de collaborer avec la Russie dans la
défense au niveau des missiles et insista sur la
participation spécifique importante de l’Otan en Iraq, où
les pays membres entraînent des forces militaires de
sécurité iraqienne. Cette mission sera prolongée jusqu’en
2009.
Le président français n’est pas passé inaperçu à Bucarest.
M. Sarkozy a confirmé que la France pourrait rejoindre le
commandement militaire intégré de l’Alliance, dont le
général De Gaulle avait claqué la porte en 1966. Il entend
profiter de l’occasion du prochain sommet de l’Otan
programmé l’an prochain. Mais à condition que des progrès
interviennent d’ici là sur l’Europe de la défense. Le sommet
prochain en 2009, qui verra donc le retour de la France,
sera symboliquement organisé conjointement par la France et
l’Allemagne à Strasbourg et à Kiel pour le 60e anniversaire
de l’Otan.Bucarest,