Ballet.
La chorégraphe cubaine Alicia
Alonso présente, au Caire et à Alexandrie, sa version
de Don Quichotte, attribuant une âme hispanique à la
chorégraphie originale du Français Marius Petipa.
Le chevalier mène la danse
Un
répertoire hispanisant vif et enjoué. C’est ce qu’on pourra
dire du ballet Don Quichotte qui sera présenté sur les
planches de l’Opéra du Caire et d’Alexandrie, par le Ballet
National de Cuba. La chorégraphe Alicia Alonso a choisi de
donner le ballet complet, après avoir longuement étudié le
roman du même titre signé Miguel Cervantès et la version
originale classique du chorégraphe français Marius Petipa
(1869-1871). Celui-ci mêle l’intrigue amoureuse de la jeune
Quitéria et du barbier Basile à l’Odyssée du « chevalier à
la triste figure ».
En 2006, se produisant toujours à l’opéra du Caire, Alonso
a par contre opté pour un spectacle renfermant six extraits
de ballets classiques. C’était The Magic of Dance (la magie
de la danse), lequel a eu beaucoup de succès notamment le «
pas de deux », du troisième acte de Don Quichotte, devenu le
chevalier de bataille pour les étoiles classiques.
La version qui sera présentée cette fois-ci par Alicia
Alonso se compose d’un prologue et de trois actes, ayant le
mérite d’accorder une plus grande place aux personnages de
Don Quichotte et de Sancho Pança. Or, ces derniers, dans
beaucoup d’autres versions, ne font que traverser les
diverses péripéties amoureuses contrariées du barbier Basile
et de Quitéria, la fille de l’aubergiste. Ici, le chevalier
et son valet, faisant le lien entre les différentes scènes,
sont véritablement les protagonistes du ballet. Resserrant
l’action et lui apportant un dynamisme théâtral, le
chevalier et son valet font de Don Quichotte, l’un des
ballets les plus enjoués du répertoire classique.
Irréprochables
sur le plan technique, les danseurs allient énergie,
jeunesse, spontanéité et appétit du jeu. La chorégraphie
très classique est marquée par une excellente cohésion du
corps et l’engagement total des solistes dans leur rôle
faisant bonne figure. Des solistes exceptionnels, tels les
premiers danseurs Viengsay Valdes (Kitri) Romel Frometa (Basilio)
Miguelangel Blanco (Espada), Sadaise Arencibia (Mercedes),
Yanela Pinera (la reine des Dryades) et Aymara Vasallo
(Cupidon). Ces derniers, mêlés aux autres membres du ballet
cubain, donnent à voir les plus beaux styles traditionnels
de la danse classique, incrustée d’une touche particulière
du folklore cubain. Cette touche cubaine est un élément
d’harmonie entre les gestes des danseurs et le déploiement
gracieux de leurs corps.
En quelque sorte, Alicia Alonso (née à la Havane en 1921)
opère un miracle. Car Cervantès au XVIIIe siècle a fait
mourir Don Quichotte, son chevalier rêveur et idéaliste,
pour qu’il ne soit jamais ressuscité par un autre.
Cependant, la chorégraphe cubaine est parvenue à faire
revivre le chevalier de Cervantès, à une époque plus
moderne. Elle a réussi à manipuler le roman classique, qui
s’impose, par ses techniques narratives et ses mouvements
internes, pour en faire un ballet original qui touche, émeut
et bouleverse à la fois. C’est en effet le pari d’Alonso,
qui a toujours voulu faire de la danse un vecteur de
développement et d’évolution sociale, apportant aux grands
ballets du répertoire classique une énergie et une vision
originale, extrêmement rythmée aux accents cubains. Du fait,
ses danseurs s’exportent dans le monde entier, depuis
qu’elle a fondé d’abord une compagnie qui porta son nom en
1948, laquelle fut rebaptisée le Ballet National du Cuba en
1959.
Névine Lameï