Al-Ahram Hebdo, Arts | Le made in Egypt s’émancipe
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 Semaine du 9 au 15 avril 2008, numéro 709

 

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Arts

RAP. Loin des paroles à l’eau de rose de la pop arabe, de nouveaux jeunes Egyptiens répandent leur vision critique de la société, dans un style venu d’ailleurs, mais aux fortes imprégnations orientales. Cette potion aux accents unitaires trouve peu à peu son public.

Le made in Egypt s’émancipe

21h. Les rappeurs du groupe Arabian Knights, plus connu sous le nom d’A-K, sont presque au complet dans le studio. L’enregistrement de leur premier album va bientôt commencer. Pantalons baggys, chaînes en argent autour du cou, casquettes vissées sur la tête, les « yo man » et « peace man » fusent. L’usage de l’américain semble être beaucoup plus courant que l’arabe pour ces jeunes Egyptiens d’A-K. Normal : ils ont tous vécu ou beaucoup voyagé à l’étranger. C’est le cas de Hicham Sphinx, 26 ans, qui a vécu à Los Angeles (Etats-Unis) avant de s’installer au Caire avec sa femme il y a deux ans seulement. Hossam Al-Husseini, 28 ans, fils du musicien-compositeur, Magdi Al-Husseini et de l’actrice, Nihal Anbar, a vécu en Angleterre. Karim Adel, 27 ans, qui a vécu à Amman ou encore Ihab, le plus jeune du groupe, 22 ans, arrivé de Doubai. Et pourtant, les thèmes des chansons d’Arabian Knights prêchent l’unité des peuples arabes. « Nous voulons envoyer un message engagé à travers notre musique », explique Ihab sous sa casquette. « Nous avons choisi le rap parce qu’avec le hip-hop et le rap, vous pouvez vous exprimer librement. Nous pouvons parler des sujets très variés qui touchent à tous les domaines politique ou social », dit Karim Adel. « Nous avons des chansons qui parlent par exemple de la situation en Iraq. Nous voulons passer un message au public du monde entier », ajoute-t-il.

« La chanson Sister par exemple parle surtout des filles arabes qui vivent à l’étranger. Je pense que ça suffit avec les chansons Habibi (chéri). Y en a marre de la culture habibi. Nous espérons que notre musique et nos paroles arriveront non seulement aux Arabes mais au monde entier. C’est pour cela que dans notre groupe nous rappons dans les deux langues, arabe et anglaise », explique Hicham Sphinx d’une voix douce, confiante, préférant toujours parler en anglais. « Nous souhaitons inviter par les chansons, que nous écrivons nous-mêmes, le monde arabe et musulman à s’unir. L’unité est le thème principal de nos textes. Je rappe en anglais parce que je veux changer le concept négatif chez l’Occident vis-à-vis du monde arabo-musulman », ajoute-t-il.

Hossam Al-Husseini, à la fois réalisateur et rappeur à A-K, avait lui des doutes « religieux » vis-à-vis de l’art et de la musique. « Je pensais que c’était haram, et je voulais m’éloigner de cet environnement. Jusqu’au moment où j’ai rencontré et travaillé avec le prédicateur islamique Amr Khaled, qui m’a conseillé de continuer à suivre ma carrière artistique tant que c’est un travail engagé. L’art, la musique ne sont que des moyens que j’utilise pour passer un message au monde entier », dit-il. Aujourd’hui, Arabian Knights est en contrat pour quatre ans avec la maison de production « The Producers ». « L’avantage, c’est que les Producers acceptent notre style et nos chansons telles quelles. Ils ne nous obligent pas à changer le style ou les thèmes de nos chansons, ni à insérer des filles de façon inappropriée dans nos clips ! Choses souvent demandées par d’autres producteurs parce que ça rapporte de l’argent, mais ce sont des choses que nous refusons catégoriquement », précise Hossam Al-Husseini. D’ailleurs, leur premier album regroupera à travers la chanson Arab Uknighted, vingt quatre rappeurs chantant l’unité arabe. Des rappeurs venant de l’Iraq, du Liban, du Maroc, d’Algérie, de la Syrie et de l’Egypte.

Message engagé

Avec Arabian Knights, le message est clair. Cependant, ils ne sont pas les seuls à vouloir transmettre un message engagé. Les chansons d’Asfalt, un autre groupe de rap égyptien composé également de quatre jeunes talents, sont très critiques quant à la société égyptienne. Dans leurs chansons qu’ils écrivent eux-mêmes, ils abordent des thèmes très variés, touchant presque toutes à la société égyptienne et ses problèmes. Al-Abara fel abara (tout est dans la chanson) semble être le meilleur exemple d’une telle critique positive. Une chanson qui parle de la situation rétrograde des sociétés, commençant par l’Egypte et se terminant par une critique tout genre ciblant l’art et les chansons artificielles et marginales. « Nous espérons que nos chansons touchent non seulement les jeunes, mais aussi les différentes catégories d’âge. Nos paroles reflètent tout ce qui se passe dans la rue égyptienne », explique Ibrahim Farouq, jeune rappeur perfectionniste de 26 ans et fondateur du groupe Asfalt.

Mais écrire du rap en arabe semble être une tâche difficile et demande non seulement beaucoup d’observation et de méditation de la rue égyptienne mais aussi de la pratique quotidienne. « J’ai écrit ma première chanson rap en arabe quand j’étais adolescent. Je ne l’ai jamais chantée, car je sentais pouvoir toujours faire mieux. Aujourd’hui, pas un seul jour passe sans que je pratique l’écriture du rap en arabe, ou que j’écoute du rap américain, français ou arabe », explique Mohamad Yasser, 24 ans, étudiant en dernière année de droit, rappeur et membre du groupe Asfalt.

Malgré quelques avis souvent émis par des islamistes, prétendant que la musique est haram (illicite), Asfalt continue son chemin et surtout à animer des concerts ou à participer à des concours. « Cette année, nous avons eu la chance de participer, avec quatorze groupes du rap arabe venant de Palestine, d’Arabie saoudite, du Liban et des Emirats arabes unis, au concours MTV Arabia pour la musique rap arabe, tenu à Doubai en février 2008 », dit Mohamad Dib, 23 ans, membre du groupe Asfalt. Une compétition enflammée avec d’autres groupes de rappeurs arabes aussi talentueux et créatifs, qui n’a pas empêché le groupe d’Asfalt ni Omar Boflot, un autre jeune rappeur et compositeur, de décrocher respectivement les première et deuxième places de ce concours. « Nous voulons continuer notre message et rêvons d’enregistrer des chansons avec les rappeurs les plus connus au monde comme La Coca Nostra, ou Talib Kewali », ajoute Mohamad Gad, rappeur du groupe d’Asfalt, 24 ans.

Le rap égyptien, qui commence à toucher les cœurs, se trouve un public égyptien, arabe et mondial. Un public qui, pour la plupart, préfère écouter Amr Diab ou Mohamad Mounir, des stars confirmées de la chanson pop. « Je ne me sens pas à l’aise en écoutant de la musique rap même si les mots ont une signifiance, car ce n’est pas de la musique orientale, elle ne me touche pas ni moi ni ma culture », critique ce jeune réalisateur de 29 ans. Et pourtant, entre le pour et le contre, le rap vient s’installer timidement non seulement sur le marché musical égyptien, mais dans d’autres pays de la région comme le Liban avec notamment la rappeuse Malika, le Maroc, avec Salaheddine, l’Arabie saoudite avec D2M, la Palestine avec Dam ... .

Shérine Mounib

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