Kenya.
Pour mettre un terme à la crise politique déclenchée par la
réélection controversée de Kibaki le 27 décembre, pouvoir et
opposition sont en voie d’annoncer la formation d’un nouveau
gouvernement, malgré quelques différends.
Plan de sortie de crise
Afin de sortir le pays de l’impasse, le président Mwai
Kibaki et le futur premier ministre Raila Odinga, chef de
l’opposition, ont annoncé qu’un accord sur la formation d’un
gouvernement d’union nationale est sur le point d’être
signé. En faisant état de progrès substantiels, « nous
engageons tous les Kenyans à rester patients et leur
assurons que nous nous attendons à conclure les
consultations avec succès », a déclaré les deux leaders dans
un communiqué conjoint. Peu après la publication de ce
communiqué, les négociations entre les Kenyans ont été
suspendues mardi pour deux jours. La répartition des postes
ministériels est toujours le point de discorde entre les
deux camps qui s’accusent mutuellement des blocages. Mais le
président Kibaki a appelé à la formation « sans plus de
délai » de ce gouvernement de coalition « afin que nous
puissions nous concentrer sur les problèmes urgents auxquels
notre population fait face », a-t-il déclaré. De sa part,
Odinga a affirmé que le camp présidentiel s’était retiré «
des accords auxquels nous étions parvenus » sur la
composition du gouvernement. Il a estimé que les dernières
propositions de l’opposition sur la répartition des postes
ministériels étaient un « minimum » non négociable.
En effet, les deux parties avaient envisagé d’annoncer la
composition du cabinet depuis dimanche 6 avril, mais le
désaccord sur la répartition des ministères a retardé les
choses en obligeant les deux dirigeants à reprendre leurs
discussions. De fortes pressions sont exercées sur les deux
rivaux, Kibaki et Odinga, dans le pays et de l’étranger,
pour qu’ils sortent de l’impasse concernant la formation du
cabinet. Ils avaient dit être d’accord pour se partager 40
postes ministériels à égalité et s’étaient engagés à en
indiquer la composition au cours de cette semaine. L’ODM
avait dans un premier temps accusé le camp présidentiel de
proposer une liste de gouvernement différente de celle
acceptée par MM. Kibaki et Odinga. Ensuite, le porte-parole
du gouvernement avait rejeté la responsabilité de l’impasse
politique sur le parti de M. Odinga.
Ce
dernier plaidait pour un gouvernement de 34 membres, tandis
que le camp de M. Kibaki évoquait un gouvernement de 44
ministres et insistait pour conserver des postes-clés tels
que les ministères des Finances, de l’Intérieur, de la
Défense, des Affaires étrangères et de la Justice. Le
nouveau cabinet, qui compte huit postes de plus que le
précédent, est le plus important sur le plan numérique
depuis l’indépendance de ce pays.
En effet,
Kibaki et Odinga étaient parvenus, sous la médiation de
l’ancien secrétaire général des Nations-Unies Kofi Annan, à
un accord le 28 février pour former un tel gouvernement —
accord entériné à l’unanimité par le Parlement le 18 mars —
pour régler la crise kenyane. Cet accord prévoit la création
d’un poste de premier ministre, inexistant jusque-là au
Kenya. La contestation de la réélection de M. Kibaki a
plongé le Kenya dans une crise politique majeure qui a fait
1 500 morts et plus de 300 000 déplacés. Par ailleurs, la
crise post-électorale a jeté une lumière crue sur une
répartition inégale des richesses, des conflits fonciers
récurrents et meurtriers, des relations entre communautés
ethniques souvent tendues et une vie politique en grande
partie déterminée par ces appartenances ethniques. Depuis le
début des consultations entre les deux camps, la formation
de la coalition gouvernementale donne lieu à d’âpres
négociations sur la répartition des postes et la taille du
gouvernement. Selon les analystes, cette crise politique a
touché aussi la vie économique dans ce pays. Ainsi, le chaos
engendré par la contestation des résultats électoraux a-t-il
terni l’image du Kenya, pays réputé jusque-là stable et
prospère, en portant atteinte à son économie, à sa monnaie
et à son marché boursier.
Il
semble que les divergences entre les deux leaders remontent
jusqu’à l’année 2005. Les deux anciens alliés avaient rompu
en cette année après qu’Odinga, alors membre du gouvernement,
avait pris la tête d’un mouvement qui avait tenu en échec un
projet de Constitution soutenu par Kibaki. Ils auront pour
tâche d’en élaborer une nouvelle dans l’année qui vient afin
de répondre aux problèmes fonciers, tribaux et autres mis en
évidence par la crise électorale.
Maha
Salem